Cette fiction philosophique platonicienne relate le procès, l’emprisonnement et les derniers moments de Socrate. Ces évènements, certainement marquant pour Platon, se situent à la source de toute la tradition philosophique occidentale. Pour le lecteur ordinaire, c’est une occasion pour réfléchir sur les valeurs sans lesquelles, sa vie ne mérite pas d’être vécue, sur ses devoirs envers autrui et son affrontement fatal avec la mort.
Plus que toute œuvre de Platon, le Socrate de l’Apologie peut être considéré comme le plus proche du Socrate historique. Accusé d’impiété, de corrompre les jeunes et de croire en des affaires de démons, il répond qu’il est au service des dieux, pour le bien de sa cité, ne détenant aucun savoir sauf la certitude de ne rien savoir, et c’est ce savoir qu’il transmettait à ces concitoyens, non sans semer le malaise et le désarroi dans leur esprit. Socrate n’a pas attendu le jour de son procès pour se défendre, il se défendait par sa conduite depuis toujours. Ni les opinions de la multitude ni le risque de la mort ne le changeront ou le feront abandonner son devoir.
Quand la condamnation à mort tombera, la discussion développée dans le Criton portera sur la question de s’exécuter à ce jugement quoiqu’injuste et démesuré. Doit-on obéir à la loi même quand elle est déviée sur sa vocation première qui est de rendre justice. Socrate expose sa conception de la loi, et ses raisons pour la respecter même dans ce cas problématique, et comment l’atteinte à la loi est un crime d’une immense gravité, qui menace l’ordre publique.
Le Phédon est de loin le dialogue le plus long et le plus sophistiqué. Il aborde un sujet crucial de la pensée platonicienne : l’âme. Si l’existence de l’âme est de l’ordre de postulat chez Platon, son immortalité reste à démontrer. Ainsi, c’est la discussion parfaite à mener pour Socrate vivant ses derniers moments. Face aux lamentations de ses disciples, à leur désespoir et crainte de voir leur ami disparaitre à jamais, Socrate montre une tranquillité et une assurance peu communes chez les humains dans sa position. Il essaie de persuader ses compagnons que la mort n’est pas un mal, et ne peut l’être, qu’une fois mort l’âme est délivrée de son fardeau terrestre, source de toute ses calamités : le corps, elle admirera les Formes avec lesquelles elle est assimilée, et laissera derrière elle le monde du changement, du devenir et du composé. Si le raisonnement trouve ses limites çà et là, c’est chose admise par Platon, mais ce n’est pas une excuse pour abandonner la recherche, ceci n’est pas l’attitude de l’homme virile et courageux qui exerce son âme à la vertu et à la justice. Au-delà de la raison, Platon introduit le mythe, en invitant ses auditeurs à l’entendre, il insiste sur la distinction entre lui et tout discours raisonné, et sur leur droit de ne pas l’accepter.
Les derniers instants de Socrate sont un tableau magnifiquement orné par Platon, la mort très paisible d’un homme qui a vécu une vie exemplaire, pleine de tempérance et de mesure, de suffisance à soi et de magnanimité aux autres, de courage et de justice et de piété.