C'est à l'île Maurice où il est né, en 1915, que Loys Masson a situé l'action de son roman, et tout au long de son livre, l'île est étonnamment présente, non comme un décor, mais comme une réalité bien vivante, avec sa végétation, son climat, ses habitants blancs et noirs, et, en toile de fond, la révolte qui couve dans l'ombre. Un vieil homme devenu à la fin de sa vie "le notaire des Noirs", c'est-à-dire le réprouvé des Blancs, découvre l'InJustice par le souvenir d'un enfant, André, qui mourut après que l'égoïsme, ou plutôt l'ignorance des adultes, eut détruit l'un après l'autre les rêves qu'il faisait pour vivre dans un pays singulier. Le Notaire des Noirs est un des rares romans qui ait pour thème principal le sentiment paternel. C'est un beau poème sur ce rapport d'amour qu'il devrait créer et qu'une dramatique fatalité annule. Qu'elle est puissante ici cette fatalité toute mêlée à la violence de la nature : cyclones, famines, haines, bonnes volontés inutiles, rêves bafoués et, toujours, la victoire silencieuse de la mort...
Je mets 5 étoiles parce que j'ai vraiment apprécié ce livre. Je me suis lancé dans une lecture d'auteurs mauriciens et Loys Masson m'a conquis. Comme chez Marie Thérèse Humbert, on retrouve grâce à la plume de Masson dans le Notaire des Noirs, une île Maurice occultée, connue seulement des habitants très loin du cadre paradisiaque.
Dans ce livre j'ai retrouvé beaucoup d'aspects qu'on ne voit jamais dans l'oeuvre d'autres artistes, qu'ils soient musiciens, peintres, chanteurs (hormis quelques exceptions comme Kaya..)
Je fais référence au mal qui habite Maurice et les Mauriciens. Ce mal prend la forme d'alcoolisme, d'adultère, de violence domestique, de cupidité entre autres que Masson met en avant. Ce sont des sujets tabou à Maurice.
André, un petit garçon est victime de violences qui prennent plusieurs formes (verbales, physiques) de la part d'adultes qui se livrent à des actes de moeurs légères. La raison de cet acharnement n'a pas lieu d'être. Pour eux, il est "un peu demeuré" (p.114), "ce petit salaud", ou encore c'est "un détraqué", à qui "une bonne raclée de temps en temps lui ferait du bien" (p.115). On ne comprend pas la raison de cet acharnement contre un enfant mais pourtant de nombreux personnages se rejoignent dans cette persécution gratuite.
J'ai été pris de sympathie pour Marthe Galanti, une femme aigri et froide et qui reconnaît être devenue "méchante" car "la vie a fait d['elle] un cercueil" (p.101). Elle arbore ce masque qui lui donne un peu de dignité, et sans celui-ci "que trouverait-on devant soi ?". Elle se refuse à être seulement "une pauvre femme". (p.101)
Le notaire des noirs parle de Sodome et Gomorrhe dans l'Océan Indien où pullulent des croyants hypocrites qui chantent des louanges le coeur noirci et que Dieu tolère en silence.