"Le présent recueil est formé de trois corpus poétiques : les oeuvres des deux femmes-poètes qui illustrent la poésie d'amour à un moment privilégié de la Renaissance lyonnaise (les années 1545-1555), et, en contrepoint, un choix de Blasons du Corps féminin. Le centre de ce livre devrait être, à nos yeux, les Poésies de Louise Labé, le plus court de ces trois corpus ; nous souhaitons montrer comment cette oeuvre brève et fulgurante tranche, par son originalité et son ton, sur cet ensemble, dont l'unité profonde reste pourtant celle d'un discours de l'amour, ou, plus exactement, de la relation des sexes. Nous faisons précéder l'oeuvre de Louise Labé des Rymes de Pernette du Guillet, publiées dix ans auparavant. Ces deux recueils sont donnés dans leur intégralité. Des Blasons du Corps, on ne donnera qu'un choix, sous forme de dossier." Françoise Charpentier.
The precise date of Louise Labé's birth is unknown. She is born somewhere between 1516 (her parents marriage) and 1523 (her mother's death). Both her father and her stepmother Antoinette Taillard (whom Pierre Charly married following Etiennette Roybet's death in 1523) were illiterate, but Labé received an education in Latin, Italian and music, perhaps in a convent school. At the siege of Perpignan, or in a tournament there, she is said to have dressed in male clothing and fought on horseback in the ranks of the Dauphin, afterwards Henry II. Between 1543 and 1545 she married Ennemond Perrin, a ropemaker. She became active in a circle of Lyonnais poets and humanists grouped around the figure of Maurice Scève. Her Œuvres were printed in 1555, by the renowned Lyonnais printer Jean de Tournes. In addition to her own writings, the volume contained twenty-four poems in her honor, authored by her male contemporaries and entitled Escriz de divers poetes, a la louenge de Louize Labe Lionnoize. The authors of these praise poems (not all of whom can be reliably identified) include Maurice Scève, Pontus de Tyard, Claude de Taillemont, Clement Marot, Olivier de Magny, Jean-Antoine de Baif, Mellin de Saint-Gelais, Antoine du Moulin, and Antoine Fumee. The poet Olivier de Magny, in his Odes of 1559, praised Labé (along with several other women) as his beloved; and from the nineteenth century onward, literary critics speculated that Magny was in fact Labé's lover. However, the male beloved in Labé's poetry is never identified by name, and may well represent a poetic fiction rather than a historical person. Magny's Odes also contained a poem (A Sire Aymon) that mocked and belittled Labé's husband (who had died by 1557), and by extension Labé herself. In 1564, the plague broke out in Lyon, taking the lives of some of Labé's friends. In 1565, suffering herself from bad health, she retired to the home of her friend Thomas Fortin, a banker from Florence, who witnessed her will (a document that is extant). She died in 1566, and was buried on her country property close to Parcieux-en-Dombes, outside Lyon. [edit:]Debated connection with "la Belle Cordière" From 1584, the name of Louise Labé became associated with a courtesan called "la Belle Cordière" (first described by Philibert de Vienne in 1547; the association with Labé was solidified by Antoine Du Verdier in 1585). This courtesan was a colorful and controversial figure during her own lifetime. In 1557 a popular song on the scandalous behavior of La Cordière was published in Lyon, and 1560 Jean Calvin referred to her cross-dressing and called her a plebeia meretrix or common whore. Debate on whether or not Labé was or was not a courtesan began in the sixteenth century, and has continued up to the present day. However, in recent decades, critics have focused increasing attention on her literary works. Her Œuvres include two prose works: a feminist preface, urging women to write, that is dedicated to a young noblewoman of Lyon, Clemence de Bourges; and a dramatic allegory in prose entitled Debat de Folie et d'Amour, which draws on Erasmus' Praise of Folly. Her poetry consists of three elegies in the style of the Heroides of Ovid, and twenty-four sonnets that draw on the traditions of Neoplatonism and Petrarchism. The Debat, the most popular of her works in the sixteenth century, inspired one of the fables of Jean de la Fontaine and was translated into English by Robert Greene in 1584. The sonnets, remarkable for their frank eroticism, have been her most famous works following the early modern period, and were translated into German by Rainer Maria Rilke.
4/5 aux poèmes de Pernette du Guillet 5/5 a ceux de Louise Labé
Ces meufs du Moyen Âge n’avaient pas froid aux yeux 😏 C’est bien écrit, subtil, et à la fois brûlant de désir… elles ont ouvert la voie à tant de femmes… mon histoire avec vous Mesdames ne fait que commencer !
Louise Labé, sonnet VIII
« Je vis, je meurs; je me brûle et me noie; J'ai chaud extrême en endurant froidure ; La vie m'est et trop molle et trop dure; J'ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à un coup je ris et je larmoie, Et en plaisir maint grief tourment j'endure ; Mon bien s'en va, et à jamais il dure; Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène; Et quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis quand je crois ma joie être certaine Et être au haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur. »
Juste le débat de Folie et Amour : va être un enfer à commenter, mais un peu ce débat allégorique dont Lyon avait besoin donc je sais pas trop si je peux haïr jusqu'au bout le moyen français qui me force à checker les notes toutes les deux minutes. Mercure a très clairement dévoré le débat
En ce qui concerne les Élégies, Louise Labé s’inspire largement d’Ovide et d'Homère, s'inscrivant ainsi dans la lignée de ses influences humanistes et antiques. Cette forme, traditionnellement dévolue aux thématiques amoureuses, aux explorations lyriques ou aux plaintes liées à la mort et à l’absence, est pleinement réinvestie par la poétesse. Elle livre ici une performance remarquable, tant sur le plan stylistique que thématique. La première élégie conte le désespoir d’un amour impossible, mais célèbre aussi la sororité créée par la poésie : la poétesse et ses lectrices s'apitoient ensemble sur la nature de l’engagement amoureux. À travers l'évocation de la figure de Sémiramis, elle souligne la complexité de l'amour : qu'il soit maternel, politique ou conjugal, il exige souvent le sacrifice d’une part de soi et révèle une asymétrie entre les sexes. Louise Labé finit par affirmer que l’amour d’une femme surpasse tout, en dépit de la « vaine espérance » sur laquelle il repose. La deuxième élégie reprend l’idée d’un amour déçu par un homme, provoquant un ressentiment tel que la femme le maudit, souhaitant qu’il souffre à son tour. Labé insiste sur le caractère impitoyable de la femme blessée, figure dont le courant moderne de la « female rage » pourrait se revendiquer. De plus, la poétesse questionne le statut et la renommée de l’homme, trop peu souvent entachée par ses multiples conquêtes. L’idéal proposé par Labé rejoint celui de l’amour courtois, cher à Chrétien de Troyes, où l’honneur de l’homme dépend de la qualité de la relation avec sa dame : une dame honorable fait un homme honorable, permettant à tous deux de jouir de leurs faveurs mutuelles. Enfin, l’absence de l’amant décevant demeure toutefois douloureuse, au point de faire périr la poétesse qui lui dédie d'avance son épitaphe. La troisième et dernière élégie s’adresse directement aux Dames Lyonnaises. Labé y adopte la posture de la poétesse éprise, servant d’exemple à ses lectrices pour les avertir des tactiques ingénieuses des hommes dans l’art de la séduction et de la tromperie. Elle multiplie les exemples de figures littéraires féminines éperdues, montrant combien l’amour peut troubler la « sainteté » de leur esprit. Pourtant, Labé défend également le caractère unique de l’expérience amoureuse : en dépit de la douleur, il demeure essentiel de l'avoir vécue.
Les vingt-quatre sonnets nous proposent une exploration variée d’un cri du corps et d’un désir tourmenté. Chez Louise Labé, l’amour est avant tout une expérience charnelle mais aussi contradictoire. Les vers sont éminemment marqués par l’Eros, toutefois perçu dans une tension permanente, constamment alimenté par l’absence et le manque, jamais apaisé par le couple. Ce qui fait la nouveauté principale de cette poésie, notamment pour le XVIème siècle, c’est par l’inversion de la tradition pétrarquiste : ici, c’est la poétesse qui voit, désire et souffre physiquement et qui fait de la matérialité du désir (baisers, soupirs, et peau) tout en revendiquant le droit des femmes à ressentir cette attraction (on peut sûrement noter l’influence de Sappho à cet effet). Pourtant, les sonnets sont marqués par l’amour solitaire puisque l’amant auquel la poétesse s’adresse est un “autre” (tu, lui) qui cause la douleur et ouvre alors à une poésie du déséquilibre. La femme peut toutefois enfin questionner l’homme (voir notamment le sonnet XXI) et le reconsidérer dans sa propre condition.
Il faut comprendre chez Labé que le désir consume, mais qu’il est légitime dans la condition féminine. La force de cette poésie est son côté tellurique, brûlant. Cette œuvre poétique proto-féministe nous annonce une Sexton des années 50, avec l’élégance et le raffinement français. Les influences grecques sont importantes et poussent l’inconscient à visualiser les courtes scènes dans une imagerie de classicisme et de galanterie qui sera au cœur des tendances au XVIIIème siècle (faisant alors des poèmes de Labé un précurseur du genre, devançant André Chénier). Les ruines, la nature et la presque sacralité des éléments amplifient le caractère grandiose du désir, lui redonnant sa place de droit. Pour finir sur une touche un peu plus personnelle, je suis particulièrement marquée par le sonnet XIV, qui évoque le besoin d’entendre le chant poétique réciproque de l’autre avant de mourir, tout en impliquant la propre faiblesse de la poétesse à ne pouvoir être l’amante. Il s'agit sûrement du poème le moins audacieux de Louise Labé, mais pourtant, demeure fort en une pudicité mise de côté durant les autres sonnets, et qui ouvre sur une profonde vulnérabilité. En ce qui concerne l’éclat d’une tournure de l’esprit presque caustique, je mentionnerai le sonnet XVI qui se construit sur l’opposition des éléments du feu et de l’eau.
J'ai eu par moment de profondes connexions avec certains des sonnets de Labé. C'est un très bon recueil pétrarquiste, qui personnellement m'a beaucoup inspiré. Le style de Labé est beaucoup plus simple que Guillet, mais j'ai tout de même eu du mal à comprendre certaines formulations de langue. C'est un recueil difficile mais qui je pense une fois éclaircit peut se révéler être une poésie admirable.
Recueil de poésie sur le désir féminin au XVIe siècle. C'est intéressant d'avoir une œuvre qui présente deux poétesses lyonnaises (sans compter le collectif d'hommes à la fin) de la Renaissance, pour changer un peu de Paris.
Bon honnêtement, je suis malade ces jours-ci et ça a affecté ma lecture; j'en avais un peu marre, c'est un peu répétitif. Et le lexique à la fin du livre c'est pénible de s'amuser à faire des allers-retours. 2,75/5.
La lecture en solitaire de ce reccueil fut agréable mais clairement j'aurais préféré l'étudier en cours ou en groupe car j'ai le sentiment d'être passée totalement à côté.
The poems in this book were interesting to read because they show how poetry was treated in the French Renaissance: its main themes, its codes and its inspirations. This book contains the works of Pernette de Guillet, whose poetry is simple and sometimes a bit childish, and Louise Labé, whose poetry is more mature and more refined. The last part of the book contains the works of male writers, contemporaries of de Guillet and Labé, and their writings on female body parts. The two views of the Renaissance woman are presented in those poems, from a female and almost feminist point of view, and from a masculine, sometimes patriarcal point of view.