As the Nazis begin their conquest of France, a group of young adolescents rally around their idealistic leader, Bertrand, who is determined to defend their island against the invaders
Jean Raspail was a French author, traveler and explorer. He was best known for his controversial 1973 novel, The Camp of the Saints, which is about mass third world immigration to Europe.
Livre étrange que celui-ci. Les tournures de phrases, le rythme, l’extension des chapitres, c’est l’œuvre d’un écrivain qui s’y connaît. Ça se lit vite, ça coule comme la Mulsanne et on se prend au jeu (de Bertrand et du narrateur), on redevient ces enfants qui jouent à la guerre avant que La Guerre, la vraie, ne vienne les secouer.
Pourtant, il y a quelque chose qui sonne faux. Le portrait de la France sous l’occupation, lapidaire, a des nuances d’édito satyrique qui desservent le réalisme du roman. Les personnages deviennent des caricatures, pathétiques ou superbes, mais tous insupportables. On s’en détache avant même de s’en être vraiment attaché.
Le plus sympathique à priori est celui qui tient le rôle antagonique, un officier allemand plus français que le peuple français, plus brave que le ‘héros’, mais qui n’en résulte pas moins désagréable, voire abject vers la fin. Narquois, hautain et luxurieux, il perd son humanité à mesure qu’il gagne en influence et conquêtes.
Quant au protagoniste, l’histoire est à peine différente. Issé au rang presque mythologique, il est loin de ce portrait magnifique que nous dresse le narrateur au long de l’histoire – du moins jusqu’aux toutes dernières pages. Tout aussi dédaigneux et insolent que son rival, c’est sans sympathie qu’on suit ses fantaisies, toujours plusieurs pas derrière lui.
Il y a néanmoins quelque chose qui fascine dans ce roman, Une clé de mystère qui demeure, aussi énigmatique que peut sembler l'entrée à l'âge adulte à un troupeau de gamins, ou une guerre perdue sans combat au peuple français. Ces sentiments de confusion et d’égarement son réussis. L’époque et son esprit arrivent à nous toucher.
Alors, même s’il est difficile de plonger émotionnellement dans ce récit quand le sort de ses personnages nous laisse indifférent, un changement de perspective donne une autre valeur à l’œuvre, surtout si on la traite plutôt comme une dissertation de caractère possiblement autobiographique.
La dédicace, le tout début et certaines clés vers la fin effacent d’ailleurs les frontières entre fiction et réalité. Bertrand, Maïté et Frantz auraient-ils existé ? Leur fatidique rencontre s’est-elle vraiment produite dans une île bleue qui traumatisa, à vie, un jeune Jean Raspail ? Ce roman serait-il, en réalité, une confession ?
C’est la lâcheté du le peuple français qui est mise à nu, avant de passer à l’examen, puis de décaler au divan du psy pour arriver, par le biais de la thérapie de l'écriture, peut-être à comprendre, se pardonner, passer la page. Les Allemands, fiers et arrogants vainqueurs, finirent par mordre la poussière. La France a été épargnée. Mais à quel prix ?
Si l’épilogue laisse un arrière-goût amer, ce doute sur sa plausibilité ne fera que l’amplifier. Reste une certaine curiosité pour explorer davantage et en savoir plus, mais on préfère se hâter à quitter ces « jeunes monstres » – eussent-ils ou non existé – dont les destins, loin d’émouvoir, provoquent une incontestable aversion.
Français, allemands ou franco-allemands, peu importe : rien ni personne n’est épargné, pas même le narrateur, dont le dégoût de soi-même est à peine tolérable. La lecture est enrichissante, mais pas forcément agréable. Bien qu’on ne regrette pas le voyage à l’Île Bleue, on n’a pas envie d’y séjourner d’avantage - ni de la revisiter.
P.S. Il existe un téléfilm (2001) de Nadine Trintignant. Cette adaptation sans grandes ambitions s’éloigne singulièrement du roman mais représente un complément intéressant à celui-ci, poursuivant certains aspects (principalement de caractère romanesque et érotique, il faut le dire) qui n’étaient que suggérés dans l’histoire de Raspail.