C’est un livre qui, comme un fleuve tranquille, devait couler de source. En 2017, Frédérick Lavoie se rend au Bangladesh pour réaliser une série de reportages sur les enjeux liés à l’eau. Comme à son habitude, le journaliste récolte des témoignages pour mettre en récit le réel. Or, au fil des entretiens au coeur du delta du Gange, sa confiance dans la justesse de ses perceptions s’effrite. Que comprend-t-il vraiment, au fond, de ces gens à qui il dit vouloir donner une voix ? S’ensuit une longue période de réflexion qui le pousse à rouvrir le mystère de son métier et à explorer d’autres façons de le pratiquer. Des bidonvilles de Dhaka à l’Ukraine en guerre, Frédérick Lavoie apprend à vivre avec le trouble – et parfois à le semer – afin de répondre aux défis de son époque, en particulier à celui de la catastrophe écologique. Nourri par la pensée de Donna Haraway, Anna Tsing et d’autres, Troubler les eaux est un récit qui nous fait éprouver le vertige d’un journalisme renonçant à ses certitudes pour mieux prendre en compte la différence et l’insoluble.
Né à Chicoutimi (Québec, Canada) en 1983, Frédérick Lavoie est journaliste indépendant et écrivain. Il est l'auteur de trois récits de non-fiction: Avant l'après: aventures journalistiques en Post-Soviétie (La Peuplade, 2012), Ukraine à fragmentation (La Peuplade 2015) et Avant l'après: voyages à Cuba avec George Orwell (La Peuplade, 2018). Avec son frère Jasmin, il a également signé l'échange épistolaire Frères amis, frères ennemis: correspondances entre l'Inde et le Pakistan (Somme toute, 2018). Frédérick Lavoie partage son temps entre Montréal et Bombay. ---------- Frédérick Lavoie is a writer and freelance foreign correspondent born in 1983 in Chicoutimi, Canada. He has worked out of many parts of the world, including Moscow, Mumbai and Chicago. He is the author of four non-fiction books, including Ukraine à fragmentation, shortlisted for the Quebec Prix des Libraires in 2017 and translated into English as For Want of a Fir Tree: Ukraine Undone (Linda Leith Publishing, 2018, tr. Donald Winkler). Frédérick Lavoie currently divides his time between Montreal and Mumbai.
Beaucoup de questions, seulement quelques réponses. De son propre aveu, Frédérick Lavoie reconnaît que ce livre n’est qu’un pavé dans la marre d’une réflexion beaucoup plus large sur ce que doit être le journalisme moderne. C’est parfois agaçant, notre cerveau est ainsi fait qu’il s’attend à une solution après la description d’une embûche. Si je partage la majorité des constats, d’autres m’apparaissent ambitieux. Je crois qu’il y aura toujours de la place pour de l’information pure, de faits, de descriptions, dans les standards attendus de la profession. Je ne crois pas que l’un doit cannibaliser l’autre. Bien entendu, le type de journalisme que pratique Frédérick Lavoie se prête beaucoup plus aux expérimentations décrites dans le livre et les médias auraient avantage à offrir plus d’espace à ces récits. Mais les ressources sont malheureusement limitées. Le métier est pris entre l’arbre et l’écorce : forcer de se réinventer sans en avoir les moyens.
Sur la forme, l’écriture inclusive du livre m’a accroché l’oeil tout au long de la lecture. Peut-être suis-je trop rigide, mais je préfère encore les règles grammaticales poussiéreuses à la syntaxe épicène. Peut-être finirai-je par m’y habituer.
C’est donc un livre confrontant autant sur le fond que la forme, qui oblige les pas de recul. Ces livres sont importants pour former une véritable pensée critique. Et je salue l’immense travail de remises en question que représente cet ouvrage.
J'ai lu tous les livres de Frédérick Lavoie et j'attends toujours avec impatience chaque nouvelle parution de ce journaliste indépendant à la plume et à la pensée si singulière. Au cours des dix dernières années, Frédérick Lavoie a signé plusieurs récits-essais, sur ses voyages en Ukraine, dans les pays post-soviétiques, en Inde et à Cuba. Troubler les eaux, dont il est question ici, devait avoir pour point de départ les enjeux liés à l'eau au Bangladesh, un sujet documenté par l'auteur lors de ses voyages effectués dans le cadre de l'obtention d'une prestigieuse bourse en journalisme international. Il en est bien question, mais ce livre porte aussi (et surtout) un regard (auto)critique, sur les pratiques journalistiques, plus particulièrement dans le contexte du ''journalisme international'' et du grand reportage. Frédérick Lavoie énonce une série de doutes et d'introspections sur sa propre pratique. En se replongeant dans ses interactions avec des villageois.e.s bengali, des réfugié.e.s rohingyas, l'auteur s'interroge sur ses possibles biais, sur les limites de sa capacité à comprendre l'autre, à lui donner une voix, sur la question de l'interprétation, de la nécessité de confirmer la véracité des faits rapportés... L'auteur s'appuie sur la pensée d'Édouard Glissant, Bruno Latour, Anna Tsing et de Donna Haraway, à qui il emprunte la notion de trouble, qui a fait son chemin jusqu'au titre. Le livre se termine par le bred récit d'occurrences ou Frédérick Lavoie tente de mettre en pratique le fruit de ses réflexions en abordant sa pratique journalistique autrement. La démarche, bien qu'elle soit balbutiante, se révèle déjà féconde.
Comme toujours, les réflexions de Frédérick Lavoie sont tout à fait passionnantes même pour une lectrice ne pratiquant pas le journalisme. Je dirais d'ailleurs que c'est peut-être son ouvrage qui m'a le plus poussé à réfléchir, notamment sur la possibilité de ''comprendre l'autre'', de se ''mettre à sa place''.
Au delà de la pertinence du propos, on dévore aussi ce livre pour la qualité de son écriture. Triste de l'avoir déjà refermé, je n'ai pas pour autant fini d'en parler.
J’ai particulièrement adoré les réflexions sur le journalisme et nos biais, les remises en question. J’ai aussi été très agréablement surprise par l’écriture inclusive dans tout le livre. Contrairement à ce que plusieurs pensent, ça n’alourdit aucunement le texte, et le tout se lit de façon très naturelle. Il s’agit d’un bel exemple pour d’autres auteur.ice.s
Les parties explicatives, où il rencontre les habitants et où il explique leurs problématiques et leurs réalités est intéressante. Les parties où il philosophe sur le journalisme, vraiment moins.
Les parties où il était question de la recherche terrain concernant la pollution hydrique et l’accès à l’eau au Bangladesh m’ont beaucoup intéressée. Elles m’ont sensibilisées à une réalité dont on parle très peu. J’ai aussi apprécié que l’auteur tente de remettre ses rencontres avec les locaux dans leurs contexte et exprime ses doutes quand aux limites de la traduction.
J’ai trouvé la partie « essai sur les droits, les devoirs et les limites du journalisme » beaucoup plus aride à lire.
J'ÉTAIS un inconditionnel de Fédérick, avant ce ramassis de mots encore en ébauche. L'écriture est aussi fade et beige que les repas d'hôpitaux. J'aurais voulu en apprendre bien plus sur la situation de l'eau au Bangladesh (c'est ce qui m'avait attiré en lisant le quatrième de couverture), beaucoup moins sur ses réflexions non abouties sur le journalisme et ses tergiversations personnelles.
On est à des années-lumière des superbes ouvrages « Ukraine à fragmentation » et « Avant l'après ».
Petite crotte sur le cœur aussi avec la rédaction employant abusivement (ou systématiquement) les néologismes d'inclusivité: illisible, indigeste, dérangeant. Un écrit abouti aurait employé différentes structures syntaxiques et différents procédés d'inclusivité pour varier et aider un récit déjà illisible à respirer un peu.
Encore un faux pas de La Peuplade, qui commence à les accumuler... Et que dire de la mise en page: la table des matières ne concorde même pas avec les chapitres!
Un torchon sans nom que j'aimerais bien me faire rembourser par la maison d'édition.
Note réelle: 1.5/5, arrondi par respect pour les autres oeuvres de Frédérick.
J'oscille entre deux notes. J'avais adoré Avant l'Après, où le journaliste indépendant nous parle de Cuba et de George Orwell et j'espérais retrouver avec ce livre le même sentiment qui m'avait habitée lors de ma lecture.
J'applaudis la démarche du reporter, de se remettre en question, ainsi que les rouages de son métier, mais j'ai plus eu l'impression de lire une suite de dialogues et de paroles rapportées qu'une enquête. J'ai trouvé le discours plus philosophique, comparé à ses autres ouvrages et je l'ai trouvé moins bien vulgarisé et donc, je perdais le sens de son propos par moments.
Ce fut une lecture des plus intéressantes. J’ai exploré une carte géographique et regardé quelques photos pour me situer à travers le parcours du journaliste et imager le Bengladesh. J’ai également consulté le dictionnaire à quelques occasions, car le cadre théorique est effectivement ardu par moment.
La réflexion de M. Lavoie m’a énormément touchée; j’espère qu’il trouvera les moyens de poursuivre son travail de journalisme avec la sensibilité qu’il souhaite y apporter et j’espère que d’autres s’en inspireront. Je ferai circuler ce livre dans mon entourage sans aucun doute.
J'ai aimé les réflexions sur comment faire du bon journalisme. Ce sont des questions que les gens arrivent à se poser quand ils sont dans leur métier depuis plusieurs années. Remise en question, dilemmes éthiques, etc. Par contre, j'ai trouvé le tout un peu pêle-mêle puisque ça partait d'un dossier sur les eaux et ça a fini comme une réflexion sur la position du journalisme contemporain. J'ai eu plus de plaisir à voir les dessous une enquête sur le terrain en milieu étranger (la partie du début).
Propos pertinent et bonne progression dans la réflexion. J’aime beaucoup lire livres et articles de Frédérick Lavoie qui a un point de vue différent, enrichissant et humain. Ici il mets en lumière la façon qu’on voit les choses avec nos lunettes imprégnées de notre culture comme étant LA référence. On doit apprendre à voir et percevoir autrement pour saisir l’autre, sans jugement , ouverture d’esprit et lâcher prise.
D'une actualité ahurissante, ce récit pose les questions nécessaires, à une époque de déconnexion totale entre l'humanité et son milieu de vie. Frédérick Lavoie fait preuve d'une grande sensibilité et d'une curiosité intellectuelle qui le poussent à se remettre en question de manière transparente et empreinte d'humilité devant son lectorat. Bien que ses propos quant à la Mission du Journalisme comme discipline me semblent être ancrés dans un idyllisme qui ne remet pas en question le rôle même des médias pour lesquels il travaille, il n'empêche que j'ai apprécié suivre le fil de pensée et d'introspection de l'auteur à travers ses récits au Bangladesh. J'ai apprécié le soin dans l'écriture épicène, la fluidité et la facilité de lecture du récit, même si le sujet n'est pas léger et aborde certains concepts (trop) peu communément mobilisé dans les discours de société. Cela dit, j'ai perdu l'intérêt de plus en plus à partir du moment où ses questionnements ne se rattachent plus au récit bangladais et l'auteur ne fait que montrer l'étendue de ses questionnements en tentant de trouver tout plein d'exemples où il a remis sa démarche journalistique en question. Ce sont des passages répétitifs où aucune réflexion foncièrement nouvelle n'émerge. On a le sentiment qu'il essaie simplement de se prouver... Bref, on aurait pu couper presque de moitié ce récit et ne rien perdre de sa pertinence.
« Pour espérer voir clair en ce monde, chacun•e devrait donc d’abord apprendre à poser les questions suivantes: d’où voit-on? avec quels instruments voit-on? grâce à qui et à quoi voit-on? Loin d’être un processus de censure et d’autocensure, situer sa perspective devrait aider le chercheur ou la chercheuse à récupérer sa capacité d’enquêter, avec et en dépit de qui iel est. »
J’ai adoré ce livre. Une lecture vraiment enrichissante, qui suscite la réflexion. Je recommande!