J'attendais beaucoup de ce livre, car il s'annonçait comme une initiation à la pensée de l'islamologue. Pour le résumer, je dois dire qu'il s'articule autour de deux axes principaux : 1) un parcours biographique, dans une Kabylie coloniale, puis indépendante, avec les multiples frictions du jeune Arkoun avec le nationalisme algérien; 2) un parcours intellectuel original, de son mémoire sur Taha Hussein à la faculté d'Alger jusqu'à sa plongée dans les sciences sociales des années 1960 et 1970 à Paris.
D'un côté, les aspects biographiques sont racontés avec une simplicité et une lucidité attachantes. De l'autre, Arkoun explique bien les notions clés de "merveilleux", de "mytho-histoire", de "l'impensé/impensable", du "'ilm" coranique, etc. J'ai trouvé ses analyses historiques, détachées de l'histoire événementielle et toujours soucieuses de restituer l'épistémé de l'époque examinée, très pertinentes, comme dans son étude du cas Chafi'i ou son histoire des usûl addîn/usûl al fiqh (les sources-fondations du dogme /du droit). Sa capacité de mettre en question les dogmes et son esprit comparatiste sont étonnants. En revanche, j'ai senti un certains flou dans les définitions et je n'arrive pas à cerner la spécificité de son apport aux études islamiques. Par exemple, les derniers chapitres reviennent sur ses lectures du Coran, mais les réponses se perdaient dans le nombre ou la technicité des références convoquées (Girard, Benveniste, etc.).
Malgré cela, je vous conseille fortement ce livre. Je devrais, quant à moi, aller plus loin dans la lecture de son oeuvre.