Encore une fois, je me dois de mentionner les détails de l’édition car elle m’a fait partir d’un mauvais pied. Je trouve le design sincèrement infâme, et je ne suis jamais aussi difficile en matière d’image de couverture. Je pensais qu’il s’agissait de mon édition qui était problématique, mais non, elles sont toutes comme ça : floues, ternes, certes douces et agréables à prendre en main mais cet aspect dessin/peinture imprimé volontairement de mauvaise qualité, le nom de l’artiste à peine lisible, ce château dans la brume qui ne correspond même pas à l’intrigue et cette brume si peu subtile qui se force à suivre le titre… Ca ressemble à une vague imitation mal faite de livre d’horreur, de mystère à la Dracula trompant le lecteur. Ce roman veut se vendre comme appartenant à ces genres sauf qu’il n’en est strictement rien. J’ai été dupée! L’intérieur du livre n’arrange rien. Les chapitres commencent en milieu de pages, ce que je déteste, les marges sont énormes sans aucune raison valable, la police est grasse et les petits ornements baroques sont un mince effort pour relever le tout. Je n’aurais jamais acheté ce livre en librairie de moi-même. D’ailleurs, il m’a fait plus penser à une auto-édition – ce qui aurait excusé tout ça à mes yeux de par le manque d’expérience – sauf qu’une maison d’édition, un graphiste et un artiste ont décidé d’allier leurs esprits créatifs et c’est tout ce qu’ils ont réussi à pondre en espérant que ça se vende…
Je pense que pour que mes propos soient clairs, il faut que je remette le livre en contexte. Il a été publié pour la première fois en 1935 et est, si j’ai bien compris, la réécriture d’une histoire de l’auteur qui date d’un peu plus tôt encore. Les années passées ont indubitablement altéré les mentalités et problématiques relationnelles soulevées dans ce livre et une partie des choses qui ne vont pas dans l’histoire sont excusables par cette évolution. De plus, le fait que l’auteur soit chilienne apporte encore davantage de nuances culturelles dans notre perception des événements. Le livre a été écrit directement en anglais et n’a pas été traduit de l’espagnol comme je le pensais avant ma lecture et ça se ressent – les termes employés, la construction des dialogues, les decriptions ne semblent pas toujours naturelles sans que ça n’altère véritablement la qualité de l’intrigue. Pour moi, le problème vient d’autre part mais tous ces facteurs n’ont pas joué en faveur d’une bonne réception de ce qui m’a été présenté.
L’année et la langue d’écriture n’excusent cependant pas tout. Le désir d’écrire dans une langue étrangère montre l’ouverture au monde de l’auteur, sa connaissance de l’extérieur de son milieu d’éducation et un besoin de toucher un plus vaste public. En 1925 était racontée l’histoire qui a inspiré Danish Girl, Zola et Hugo ont écrit des personnages féminins très forts bien plus longtemps encore avant, en 1870-1883 (les Rougon-Macquart) et 1862 (Les Misérables), de même Orwell a dénoncé sa société en 1935 avec 1984 pour ne citer que quelques exemples connus contradisant l’argument selon lequel une oeuvre reflète son ère. Bref, vous saississez. Les idées véhiculées ne sont pas seulement dépendantes de l’époque ou de a situation géographique de l’auteur. Il en va de la personne avant tout. Hélas, Maria Luisa Bombal se situe dans la normalité de son temps et ne s’émancipe pas de tous ces comportements qui aujourd’hui sont unanimement reconnus comme néfastes. Et c’est ça qui m’a profondément déplu dans ce livre. Soyons concrets.
House of Mist est le récit à posteriori de la vie d’Helga narrée par elle-même en s’adressant directement au lecteur. Elle revient d’abord sur son enfance difficile d’enfant orphelin qui a grandi dans le secret de la vérité de la mort de ses parents et qui trouve une forme de réconfort dans l’amitié qu’elle noue avec son voisin Daniel. A l’âge adulte, elle se marie et déménage dans la maison de son époux, dans la forêt, entourée de cette brume mystérieuse qui semble non pas seulement imprégner les lieux mais aussi les âmes. Malheureuse en ménage, Helga se laisse tenter par la vie somptueuse des bals de sa belle-soeur grâce à laquelle elle va petit à petit laisser sortir les fantômes endormis qui hantent les mémoires…
Une histoire d’amour…. ce à quoi je ne m’attendais pas du tout. J’aime les belles histoires d’amour qui savent me faire vibrer et ressentir des émotions. Voire auxquelles je peux m’identifier, trouver des réponses, même prendre exemple. J’étais tellement prête à me plonger dans le thriller mystérieux qu’on m’avait vendu que je n’ai cessé de l’attendre pendant 200 pages. Tout au long de ma lecture, j’ai eu l’impression que l’histoire ne démarrait pas et je suis restée dans l’expectative de quelque chose qui n’est jamais arrivé. Les événements qui se succèdent font office de miettes de pain, entraînant le lecteur jusqu’au bout d’un chemin qui ne finit pas. Tous les enjeux de l’intrigue sont bouclés, certes, mais ceux-ci sont tellement insignifiants que je n’aurais certainement pas remarqué s’ils ne l’avaient pas été. J’ai même envie de dire… avec si peu d’enjeux, heureusement encore qu’ils aient été mené à bien. La relation d’Helga est le fil rouge du roman ; cet amour dont elle rêve mais qui la rend finalement si malheureuse car son compagnon n’éprouve pas de sentiments réciproques et pire : aime quelqu’un d’autre et utilise Helga pour vivre cet amour déchu par procuration.
Le personnage de Daniel est toxique dès les premières pages, ne laissant absolument aucun suspense pour la suite des événements. On n’a pas d’espoir pour lui, on le déteste et même si la situation venait subitement à changer, ça n’aurait aucun impact car on aurait déjà construit notre avis sur lui. Helga est fade, vide à faire palir l’espace. Elle ne ressent absolument rien de cohérent ou de justifié quand elle ressent quelque chose tout court. J’étais dans l’incompréhension totale de ses choix, de ses actes, de ses décisions (ou manque de décisions) et de ses mots. Elle est totalement irréaliste et caricaturale. Elle représente la bonne petite gentille fille naïve qui se contente de suivre ce qu’on lui dit sans absolument jamais rien remettre en question. Sauf que ce n’est pas vraiment de la soumission, mais plutôt un conditionnement socio-culturel sans précédent ou un profond manque de jugeotte. Elle accepte tout ce que son mari toxique lui fait subir : la violence physique et morale (il l’insulte et la bouscule), le mépris, la condescendance, la solitude, la rancoeur. Il la rabaisse sans arrêt, lui interdit de faire ce qu’elle sait le mieux faire : coudre, ce qui la fait se sentir utile et la détend. Helga n’a rien d’autre pour elle que sa couture et ses contes de fée auxquels elle s’accroche.
A plusieurs reprises, la mocheté d’Helga est soulignée car elle ne prend pas soin d’elle comme les dames sont supposées le faire. Donc notre personnage principal et narratrice est : laide, naïve, bête et amoureuse. Il a reporté tous ses traumatismes sur elle et elle l’accepte sans broncher, par amour, en espérant qu’un jour il change d’avis et se mette à l’aimer. Lui est insupportable, dans chacun de ses dialogues avec tous les personnages secondaires – qu’il déteste également. Ses sentiments sont inadaptés et seulement modifiés pour le bien de l’intrigue. Il est le cliché du bel homme sombre, mystérieux, au lourd passé, renfermé mais tendre si on est fait preuve de patience, un peu romantique s’il a envie alors on lui excuse tout… c’était pour moi absurdement fatiguant à lire. Impossible d’éprouver quoique ce soit pour ces personnages et quand leur relation est le sujet principal du livre, c’est compliqué. L’intrigue n’a pas d’intérêt ; on n’oublie très vite la brume, l’ambiance angoissante, les marécages et la forêt pour se retrouver dans des festins mondains qui n’arrivent même pas à contraster les deux mondes correctement.
Le seul point positif est le plot twist à la fin que je n’avais pas vu venir – et j’aurais vraiment dû. Ca montre à quel point je ne me suis pas impliquée dans l’histoire. J’ai bien aimé aussi l’idée de commencer le récit par son enfance pour mieux comprendre la suite – la construction des événements est réussie. J’avais commencé à prendre des notes de lecture puis j’ai abandonné tellement je n’avais rien à dire sur cette histoire. J’ai juste acceléré pour m’en libérer. Le problème de ce livre est la façon dont il a été vendu. Ce n’est pas un thriller mystérieux. C’est une histoire d’amour nulle entre deux personnes incompatibles. C’aurait dû être une intrigue secondaire, pas principale. Parlez-moi de cette forêt, de cette brume, d’où vient-elle? De ce lagon où se sont noyés des gens, de ces légendes, de cette maison éclairée de candélabres effrayants. Tout le semblant de mystère mis en place au début est carrément rationnalisé vers la fin où l’auteur s’est sentie obligée de donner une explication concrète, réelle, rationnelle, humaine, réfléchie, incontestable aux choses qui faisaient tout le charme du secret. Vraiment dommage. J’ai l’impression d’avoir lu et vécu (pour le peu que j’ai vécu) des choses pour rien, qu’on m’a trompée, que tout était une mise en scène qui plus est inutile car elle ne révèle rien de pertinent.
Le style ne relève pas le soufflé. Cette auteur n’a pas de prose spéciale ou particulièrement agréable – en anglais du moins. Je pense que ça l’a limitée plutôt qu’autre chose. Le vocabulaire est banal, pas de descriptions élaborées, aucune métaphore, aucune réflexion, aucune question… j’y suis restée totalement indifférente. Le fait qu’elle brise le quatrième mur à plusieurs reprises m’a sortie de l’histoire au lieu de créer ce lien de complicité avec la Helga du futur. J’avais juste de la pitié pour elle.
Ce n’était peut-être pas très constructif, mais je suis impatiente d’en discuter avec mon groupe de lecture. Souvent, ils savent nuancer mes propos et apporter des réflexions intéressantes! Je modifierai l’article si besoin. Je ne recommande pas ce livre, comme vous vous en doutez.