Chef Marco se dirigea vers la forêt, réglisse en bouche.
Devant ses yeux pervers, il n’y avait que l’ombre de la nuit et le tronc des jeunes arbres qui s’alignaient en rangs pour se perdre dans les ténèbres. Il se retourna vers les scouts terrifiés, un sourire dégueulasse sur les lèvres. – Y a pas d’ours là-dedans, mes agneaux… D’une seule voix, les vingt scouts se mirent à hurler. Fier de son effet, chef Marco se promit bien d’amener les garçons faire une longue randonnée pédéraste pour cet écart de conduite. Les filles, elles, feraient la vaisselle. – D-d-d-d-d-d-d-derrière vous ch-ch-chef Marco! Le chef scout pivota sur lui-même pour tomber face à face avec un ours de trois mètres. Celui-ci se tenait debout sur ses pattes arrière et le fixait de son regard étrange. Un œil bleu, un œil brun.
Diplômé en théâtre au cégep de Saint-Hyacinthe ainsi qu’en art et lettres au collège Lionel-Groulx, Mathieu Handfield a toujours eu un intérêt pour la réalisation et l’écriture, intérêt qu’il a rapidement mis en pratique à sa sortie de l’école en 2007.
Comme comédien on a pu le voir au petit écran dans plusieurs séries La Grande Bataille, Le Club des Doigts Croisés, Bienvenue aux Dames ainsi que Rock et Rolland. Il a également joué le rôle d’Éric Henry dans le film Dédé à travers les brumes et il faisait partie de la distribution de Next Floor, court-métrage réalisé par Denis Villeneuve qui a remporté plus de trente-cinq prix à travers le monde. Mathieu est également l’auteur des romans Vers l’est, pour lequel il remporte le prix du meilleur roman francophone de la presse indépendante, et Ceci n’est pas une histoire de dragons, nominé au Prix des libraires 2011, tous deux publiés aux éditions de Ta Mère.
Son premier film, Zombie : le documentaire, a remporté un vif succès lors de ses nombreuses projections, notamment aux festivals Fantasia et Cryptshow en Espagne où il remporte le prix du public. Romance, son dernier court-métrage, a également remporté le prix du public au festival Vitesse lumière, ainsi qu’une mention spéciale du réalisateur Érik Canuel.
Au théâtre on l’a vu chez Duceppe dans la Cerisaie, mise en scène par Yves Desgagnés.
Il travaille comme réalisateur sur la web-série Rêves d’acteurs et il assure la direction littéraire du collectif Les cicatrisés de Saint-Sauvignac (histoires de glissades d’eau). On le voit aussi, à l’automne 2011, au Théâtre du Nouveau Monde dans la pièce L’école des femmes.
La plume est superbe et l’histoire généralement très bonne, se rapprochant d’un conte merveilleux. Par contre deux TW majeurs:
1. Homophobie/transphobie un personnage grossièrement homophobe et transphobe, avec une difficile distinction pour l’auteur on dirait entre drag queen, personne trans et homme gay. Les propos sont vulgaires, méchants et douloureux changeant radicalement le ton « merveilleux » du reste du roman
2. Pédophilie. Un passage inutile met en scène un moniteur de scouts pédophile. Des gestes déplacés y sont sous-entendus fortement et une masturbation mise en scène . Ça se veut léger et drôle, mais comment rire d’enfants abusés?
Hauteville est un meurtrier, Paul Moreau un vieil homme qui se meurt d'un cancer, Yves Normandin un ex-comédien recyclé en prof de collège. Ces trois hommes que rien ne destine à se rencontrer vont pourtant se retrouver ensemble dans une quête impossible vers l'est du pays pour y trouver la rédemption, la paix, le sens d'une vie... Mais c'est sans compter la présence d'un ours qui parle et d'une troupe de scouts guidée par le chef Marco, un individu qui aime un peu trop les enfants...
C'est le troisième livre des éditions de Ta Mère que je lis et je dois avouer que je suis vraiment impressionné par la qualité éditoriale de cette micro-maison d'édition. Les plus belles filles lisent du Asimov de Simon Charles était un roman exceptionnel. Plusieurs excuses de Stéphane Ranger m'avait quelque peu déçu mais pas complètement.
Handfield est un auteur que je ne connais pas. Mais il a un sacré talent pour conter et rester au contrôle de cette histoire pleine de rebondissements, de chaleur et de verve. Sa manière n'est pas sans rappeler Tom Robbins, avec la même désinvolture dont est capable Didier van Cauwalaert et le côté jubilatoire des meilleurs textes de Calvino. De grosses références, mais rien que du bon, en somme.
3,5 🌟 Des personnages disparates, réunis dans une quête incertaine par un autre protagoniste mystérieusement extra-lucide, entreprennent une longue route vers quelque part. Même s’il n’est pas trop difficile d’accepter les fabulations inventées par l’auteur et qu’il y a un certain envoûtement à connaître le destin de ces hommes, le récit lui-même comprend un peu trop d’éléments irréalistes à mon goût.
Un road trip épique et romanesque avec des personnages singuliers comme c'est souvent le cas avec Handfield. Un humour parfois léger et parfois noir dans un univers de conte.