La meilleure manière que j’aie trouvée pour décrire cette BD, c’est : un trip sous acide dépressif et révolté. La première partie est plus métaphysique que la seconde qui m’a moins plu. Alors que le genre de BD qui se veut volontairement incompréhensible de manière injustifiée a tendance à m’irriter, celle-ci portait un réel propos tangible intéressant et intelligible mêlé à du farfelu qui y trouvait étrangement tout à fait sa place. Le dessin joue sur un contraste extrême en n’utilisant que le blanc et le noir, des trais épais à l’aspect presque visqueux et qui donnent à ce monde dystopique une apparence dégoulinante. Je dis « dystopique », mais il ne faut pas s’attendre à une dystopie « classique » que l’on s’imagine en entendant le mot. On y retrouve bien sûr les éléments clés du genre : un Etat totalitaire, la majorité de la population réprimée et vivant dans les bas-fonds, les parias hors des limites de la vile… Mais on ne parvient pas à saisir ce qui est réel ou non. Tout semble flotter hors d’atteinte… Les personnages meurent et ressuscitent, leur conscience vole au-dessus de la ville, les corps se transforment ; tout semble être hallucination et pourtant s’inscrire dans une intrigue bien réelle de révolte contre une société qui oppresse. Je ne m’attendais pas à aimer cette lecture à cause de son style graphique si particulier et de son côté métaphysique et parfois dérangeant, mais j’ai été extrêmement surpris•e de me voir l’adorer.
Au niveau du dessin, il est très intéressant de constater que cette BD montre les traces d’une influence du manga sur les auteur·ices d’aujourd’hui. Bien que son style soit unique, cette influence est bel et bien présente ; dans les visages des personnages, leurs expressions… Le protagoniste Gael dit lui-même : « moi j’ai toujours eu cette gueule de manga pas cher ».