L'histoire n'est pas une réalité brute, mais surtout, le récit que l'on en fait, à l'échelle individuelle comme à l'échelle des groupes et des sociétés, pour donner sens au temps, au temps vécu, au temps qui passe. Jadis, le sens était tout trouvé : il avait pour nom(s) Dieu, Salut, Providence ou, pour les plus savants, Théodicée. À l'orée du XXe siècle, la lecture religieuse n'est plus crédible, dans le contexte de déprise religieuse qui caractérise l'Occident – l'Europe au premier chef. La question du sens (« de la vie », « de l'histoire »...) en devient brûlante et douloureuse, comme en témoignent les œuvres littéraires et philosophiques du premier XXe siècle, notamment après ce summum d'absurdité qu'aura constitué la mort de masse de la Grande Guerre. La littérature entra en crise, ainsi que la philosophie et la « pensée européenne » (Husserl). On ne peut guère comprendre le fascisme, le nazisme, le communisme, le national-traditionnalisme mais aussi le « libéralisme » et ses avatars sans prendre en compte cette dimension, essentielle, de donation et de dotation de sens – à l'existence collective comme aux existences individuelles –, sans oublier les tentatives de sauvetage catholique ni, toujours très utile, celles du complotisme. Au rebours de l'opposition abrupte entre discours et pratiques, ou de celle qui distingue histoire et métahistoire, il s'agit d'entrer de plain-pied dans l'histoire de notre temps en éclairant la façon dont nous habitons le temps en tentant de lui donner sens.
Johann Chapoutot est professeur d'histoire contemporaine à l'université Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Spécialiste de l'histoire de la culture nazie et d'histoire politique et culturelle contemporaine, il est notamment l'auteur de La Loi du sang. Penser et agir en nazi (Bibliothèque des Histoires, 2014) et de La révolution culturelle nazie (Bibliothèque des Histoires, 2017).
En abordant ce livre je m'attendais à un tour d'horizon de l'historiographie continentale qui tenait compte de l'actualité et les rebondissements géopolitiques depuis 1989. Cependant, j'étais surpris de découvrir un texte qui, à travers divers études de cas et autres digressions personnelles, livre une lecture de la période actuelle qui dépasse l'Histoire en tant que matière académique ou scolaire. Nous avons là l'Histoire omniprésente, rendue identifiable dans la littérature, la politique ou notre quotidien.
Ça serait injuste envers l'argument général de décrire ce livre comme étant un recueil d'essais. Néanmoins, les chapitres peuvent être lus et considérés indépendamment l'un des autres. De plus, la tournure de phrase rend le texte propice à la citation qui devrait, j'espère, lui léguer sa postérité tant méritée.
History is stories told and retold, based on sources that need to be analysed and recontextualised to make a coherent tale. In this book - not his best - Johann Chapoutot does a meta-historian's work of analysing the forms of storytelling that existed throughout History, and how they made and still make sense in the eyes of the beholders.
The chapters are in my eyes a bit unequal in their accessibility and in the sense they make, but the overall book still leaves the reader with a good impression of how to make better sense of the historical corpus (I still have to read Aaron's "Introduction à la philosophie de l'histoire" to be more complete on the topic, though)
Avec ce livre publié en 2021, l'historien Johann Chapoutot signe un très beau livre d'histoire culturelle, autour de la notion de récit. C'est un texte érudit, passionnant, parfois même captivant, sur la modernité et notre rapport au temps et au récit. C'est aussi un plaidoyer pour l'histoire, pour la littérature, pour les ponts entre les deux, et en général pour les humanités, qui portent si bien leur nom.
Johann Chapoutot, historien spécialiste de l’histoire contemporaine et du nazisme, nous livre ici un essai dense et riche sur un point central de son travail : le rapport entre histoire et narration. Le Récit est le fondement et au cœur de toutes les sociétés humaines. Nous définissons notre identité et interprétons le monde par celui-ci. Cette quête de sens à travers le récit touche les vies individuelles mais aussi les sociétés. En devenant matérialiste, rationnelle et scientiste, l'humanité traverse une crise de sens puisque l'âge des religions est finie. D'autres récits communs viennent apporter un sens, et notamment des récits politiques (communisme, fascisme, nazisme, libéralisme... Etc). L’identifier dans une idéologie permet de mieux comprendre son origine et son but. A travers les différents chapitres, nous explorons les grands récits qui ont traversé l’histoire de nos sociétés. Ainsi, toutes les idéologies politiques et religieuses cherchent à répondre à cette « quête du sens » métaphysique qui nous prend au corps. En articulant, l’évolution du rapport entre Histoire et Narration, que ce soit au niveau politique, artistique…, l’essai nous offre de nouvelle clé de lecture pour penser le passé mais surtout le présent. Johann Chapoutot a fourni ici un travail bibliographique conséquent que ce soit au niveau historique que philosophique. Si certaines parties plus tournées sur le rapport de l’historien au récit sont parfois difficiles à suivre, la lecture de ce livre est inspirante et fait naître de nombreuses pistes de réflexion.
Καλό ήταν, ίσως είχα και παραπάνω προσδοκίες, δεν ήταν πάντα ξεκάθαρο ποια ήταν η κεντρική ιδέα πίσω από τη διήγηση των γεγονότων και της διανοητικής ιστορίας του 20ου /21ου αιώνα.