Le rapport que j’ai à la nourriture depuis ma naissance est plus que questionnable et même si c’est pas ce livre qui va changer tout ça, c’est quand même agréable de lire ce genre de choses, de voir l’histoire des troubles et des dictats alimentaires et physiques qui pèsent sur les femmes depuis la nuit des temps.
J’ai « adoré » (pas exactement le bon terme) la troisième partie qui s’attarde sur des témoignages d’autrices, de philosophes et de femmes d’aujourd’hui que j’ai trouvé assez percutants comme ils résonnent avec mon expérience personnelle, même si j’aurai préféré qu’il y en ait un peu plus.
Je pense que l’autrice aurait pu pousser certains aspects et aller plus loin dans certains propos mais ça reste une lecture impactante, libératrice même, qui m’a permis de mettre des mots sur des comportements, même si, comme c’est expliqué dans le livre, ca ne change rien au final.
2 passages qui m’ont marqué
« On y trouve aussi des jeux et défis pour rivaliser de maigreur, comme le #Achallenge, qui incite les membres à prouver, photos à l'appui, que leur ventre, de face, ne dépasse pas la largeur d'une feuille A4 (soit 21 centi-mètres); ou encore le challenge #ThighHolding, qui consiste à encercler sa cuisse entre son pouce et son index avec ses deux mains'. Puis, des vidéos, images, poèmes et citations dites de « thinspiration» (« inspiration minceur»): une photo de l'actrice Milla Jovovich accompagnée de la phrase (qu'elle n'a probablement jamais prononcée) « Pour se réveiller mince, ça vaut la peine d'aller au lit en ayant faim'» ou de Kate Moss et de la fameuse citation qui lui est attribuée: « Rien n'a aussi bon goût que la maigreur'".» Cette phrase ne serait en réalité pas de la mannequin à l'origine, mais Kate Moss aurait déclaré en 2009, lors d'un entretien avec Women's Wear, qu'elle faisait partie de ses devises. En 2018, elle a confié à la NBC qu'elle regrettait amèrement ses propos. Aujourd'hui, des articles de presse continuent de commenter l'impact de cette citation sur les réseaux sociaux et la promotion de l'anorexie qu'elle a pu représenter auprès de nombreuses jeunes femmes dans le monde. »
« «Une alternance de pureté et de souillure», écrit Annie Ernaux, d'« orgueil » et de «débâcle »". « Une douleur vive, me dit Christine, danseuse classique de 48 ans, anorexique depuis ses 13 ans. Celle de la faim, impérieuse, qui me torture. Mais aussi la jouissance de dépasser cette faim, quand j'y arrive. Quand je sens mes os sous mes fesses lorsque je suis assise dans le métro, je me sens galvanisée et supérieure aux autres. Mais dès que je mange un truc en trop ou que je ne compense pas tout de suite, je me sens horriblement mal.» Dans le roman de Nancy Huston Dolce Agonia, le personnage de Rachel résume: « S'affamer et s'empiffrer sont les deux faces d'une même médaille. »