"De Spetsai à Patmos, en passant par Rhodes, Corfou, Mytilène, Skyros, Paros, Antiparos, Naxos, Chypre, Hydra, Kalymnos et Leros, j'ai, sur une trentaine d'années, réuni une gerbe d'histoires, de caractères, de souvenirs qui évoquent le parfum de ces îles et leur séduction comme aussi leur tristesse, leur solitude et leur déchéance. Des hommes habitent ces lieux privilégiés. L'existence n'en a pas toujours fait de doux agneaux, et, depuis Ulysse et Thésée, nous savons que les Grecs ont plusieurs vérités, mais ce qui est en cause ce n'est pas leur sincérité, c'est leur double appartenance : à l'Occident par le goût et parce qu'ils lui ont donné une civilisation, à l'Orient par nature et parce que Ia géographie les y oblige."
Michel Déon was a French novelist and playwright. He adopted the nom de plume Michel Déon, and made it his official name in octobre 1965. He has published over 50 works and is the recipient of numerous awards, including the Prix Interallié for his 1970 novel, Les Poneys sauvages (The Wild Ponies). Déon's 1973 novel Un taxi mauve received the Grand Prix du roman de l'Académie française. His novels have been translated into numerous languages.
In 1978, Déon was elected to the Académie française. Déon is an affiliate member of the Portuguese Academy of Science and Letters. He is a doctor honoris causa at the universities of Athens and Ireland. He is also an honorary citizen of Nice, Aix-en-Provence, and Antibes. His works have been translated into many languages.
Déon and his wife Chantal raised their two children, Alice and Alexandre, on the small Greek island of Spetsai. When the children reached school age in 1968, France was in a state of upheaval. The Déon family settled in Ireland. For over forty years, Déon and his family have made Ireland their home, raising Chantal's fifty horses.
Après avoir lu L'Été grec de Jacques Lacarrière, j'étais à la recherche d'un nouveau récit de la Grèce quotidienne du XXe siècle. Je suis tombée sur Le Rendez-vous de Patmos un peu par hasard, dans une librairie. Si je n'avais jamais entendu parler ni du livre, ni de l'auteur Michel Déon, la quatrième de couverture semblait correspondre à mes envies. C'est la lecture que j'ai choisi pour m'accompagner au cours d'un voyage en bus et en ferry jusqu'en Grèce, dans le Péloponnèse, en Attique et en Phocide.
J'ai eu ce que je cherchais : le témoignage d'un Français, parfois accompagné par sa femme, qui voyage dans les Cyclades à travers les saisons et les années. C'est le récit d'une Grèce qui s'ouvre de plus en plus au tourisme de masse après la Seconde guerre mondiale, mais qui garde encore en elle des restes de la vie pré-mondialisée. Les descriptions des îles, des villages et des activités des pêcheurs ou des menuisiers sont poétiques tout en conservant un caractère brut et réel, et permettent de plonger dans le quotidien des îliens. Les rencontres et anecdotes sont également un moyen de questionner la manière de voyager qui naît à cette époque en Occident, comme avec un gardien de site archéologique à Lindos.
"[Les gens] arrivent ici pour la matinée ou l'après-midi, ils regardent si toutes les pierres sont encore en place comme sur les images qu'on leur a montrées à l'agence de tourisme, et puis ils s'en vont après s'être pris en photo sur l'acropole. Je me demande ce qu'ils font de ces photos où ils sont tous le menton levé comme Mussolini et les yeux fermés parce qu'il y a trop de soleil. Moi, je les regarde, ils me font rire. À quoi s'intéressent-ils ? Ils ne s'intéressent à rien, tantôt le nez dans leur guide, tantôt l'œil vissé au viseur."
Cependant, la description de certains personnages me laisse un sentiment de malaise. L'ancien membre de l'Académie française porte souvent un regard que j'interprête comme péjoratif ou dégradant sur les gens qui peuplent les Cyclades, notamment sur les femmes et leurs corps. Si vous cherchez de nouvelles images et expressions pour parler d'une femme "grasse", vous serez ravis. Le traitement des personnes LGBTIA+ ou apparantées (lesbiennes, "travestis", etc.) me laisse aussi perplexe, d'autant plus que l'auteur (ancien collaborateur de l'Action française et de Défense de l'Occident) liste la "pédérastie" au rang des "corruptions" apportées en Grèce par les étrangers. Enfin, un long passage développe diverses interprétations de l'Odyssée par l'écrivain, notamment une relation amoureuse implicite entre l'homme mature qu'est Ulysse et la "vierge" enfant qu'est Nausicaa, qui me semblent empreintes de valeurs et de points de vue aujourd'hui dépassés.
"Dans la pudeur et le charme, Homère n'a rien conçu de plus parfait que cette vierge à la fois décidée et pleine de réserve, qui croit à ses songes et sait entourer le sauvetage des meilleurs conventions de la respectabilité. Que peut-on imaginer de plus exquis qu'une troupe de jeunes filles occupées de jouer à la balle tandis que le lingue sèche sur l'herbe, et leur effroi quand Ulysse, réveillé par des cris, se lève, casse une branche pour voiler sa nudité et s'approche de la seule qui n'a pas fuit."
Sincèrement Michel ? On peut imaginer plein de choses. Ces derniers aspects, même une fois "replacés dans leur contexte", m'ont clairement gâché les qualités de ce roman. Je pense pouvoir retrouver celles-ci chez d'autres auteurs.