« Même chez des personnes à peu près stables au plan émotionnel la soif de revanche peut se révéler une affaire assez accaparante. Chez moi elle était dévorante. »
Frank Dominio est un homme asocial, peureux et paranoïaque, parvenu malgré tout à se hisser au poste de chef de service dans une grande entreprise. Il survit tant bien que mal dans cet environnement hostile, au prix de mille lâchetés quotidiennes. Mais quand Frank soumet une idée révolutionnaire à son supérieur, ses collègues se liguent contre lui et le poussent à bout pour le faire licencier et lui voler son idée. La violence de Frank se déchaine, et, aidé par une force mystérieuse qui le dote de pouvoirs quasi illimités, il raffine sa vengeance pour faire payer à chacun de ses bourreaux des années de honte et d’humiliation.
Ce court roman (le seul de Ligotti) est suivi de quatre nouvelles avec lesquelles il forme les « Contes d’horreur en entreprise », critique acerbe et hallucinée du monde du travail, l’un des sommets de cette œuvre d’une noirceur sans équivalent.
Né en 1953 à Détroit, Thomas Ligotti, est un personnage très secret, voire reclus, qui construit depuis 40 ans une œuvre singulière hantée par la folie, la ruine et le cauchemar. Récipiendaire de quatre prix Bram Stoker, considéré comme le principal héritier de Lovecraft, il fait aussi partie des rares auteurs vivants publiés dans la prestigieuse collection Penguin Classics.
Thomas Ligotti is a contemporary American horror author and reclusive literary cult figure. His writings, while unique in style, have been noted as major continuations of several literary genres—most prominently Lovecraftian horror—and have overall been described as works of "philosophical horror", often written as philosophical novels with a "darker" undertone which is similar to gothic fiction. The Washington Post called him "the best kept secret in contemporary horror fiction"; another critic declared "It's a skilled writer indeed who can suggest a horror so shocking that one is grateful it was kept offstage."
Sans l'avoir vu venir, "Mon travail n'est pas terminé" m'a percuté et m'a laissé le souffle coupé. Nous ne sommes qu'en janvier et je suis certain que je viens de faire l'expérience d'une des lecture les plus marquante de mon année, au moins.
Entre cadres moyens, bureaux cloisonnés, situations absurdes, cette lecture commençait comme un épisode de The Office mais où l'on sent vite que quelque chose ne tourne pas rond (à ce titre, j'ai parfois aussi pensé au génial "La Pièce" de Jonas Karlsson) et où les différents protagonistes seraient à la fois médiocres, calculateurs et malveillants. Très rapidement, l'histoire bascule ensuite dans l'horreur et glisse progressivement vers des abîmes de noirceur et le désespoir le plus total. J'ai été foudroyé par les ultimes lignes du roman, et j'ai passé le reste de ma nuit incapable trouver le sommeil :
J'avais précédemment lu "Chants du cauchemar et de la nuit" du même auteur, que j'avais trouvé finalement assez quelconque, très loin selon moi du caractère incontournable qu'on prête ici et là à l'oeuvre de Thomas Ligotti. Je suis ravi de dire que "Mon travail n'est pas terminé" m'a fait changer d'avis et j'espère que le reste de son oeuvre sera éventuellement traduite.
J'ai été moins convaincu par les 4 nouvelles qui suivent le roman : 1) J'ai apprécié "Notre superviseur temporaire" mais je n'y ai vu qu'une critique assez convenue du travail (aliénation, déshumanisation, surveillance, productivisme etc.) 2) Je suis peut être un peu concon ou bien je suis passé complètement à côté de quelque chose mais je crois que je n'ai tout simplement rien compris à "Mon plan bien à moi pour ce monde". Qu'a voulu dire l'auteur ? Pour mois cela restera un mystère. 3) "Pour une justice rétributive" m'a donné des frissons mais je crois que cela tient surtout à mon arachnophobie et ma sensibilité au body horror. 4) J'ai trouvé la nouvelle "Réseau du cauchemar" difficile à suivre et à comprendre. Finalement je l'ai prise comme un exercice de style et à ce compte-là je l'ai trouvé réussie.
Original, assez fou, très noir et perturbant. C'est ainsi qu'on pourrait résumer ce recueil de textes (un court roman et 4 nouvelles) sous-titré "contes d'horreur en entreprise". Avec un style bien à lui, Ligotti dynamite les codes de la narration du récit d'horreur et ne recule devant aucune outrance gore pour mieux mettre en lumière la noirceur et la petitesse de la vie professionnelle dans le tertiaire. Quelques récits secondaire plus faibles (ou trop abscons ?) mais quelques pages de toute beauté.
Les morts décrites pour les personnages féminins étaient quand même un poil plus graphique que celles des hommes, mais dans l'ensemble c'est un très bon livre.