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Qui gardera nos enfants ? Les nounous et les mères

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Une enquête par une sociologue française, sur les nounous africaines qui gardent les enfants des familles aisées à Paris. Leurs portraits, les relations curieuses, inégalitaires, qu'elles entretiennent, les malaises, les non-dits, l'arrière fond géopolitique (post-colonial) sous-jacent. La mise en évidence d'une véritable géopolitique du "care".

278 pages, Hardcover

First published February 1, 2012

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Displaying 1 - 3 of 3 reviews
Profile Image for Cynthia.
1,427 reviews33 followers
November 21, 2022
Ce livre m'a redonné un peu d'espoir pour le féminisme français. J'ai voulu le lire suite à un épisode du podcast féministe de Arte "Un podcast à soi" (qui est aussi une lueur d'espoir féministe français) sur les nourrices à temps plein à Paris. Ce n'était pas un sujet sur lequel je m'étais penchée (c'est un cas assez particulier en France), et j'ai trouvé le propos de l'autrice équilibré et profond, en laissant parler les nourrices et les mères (qui s'incriminent toutes seules). Une déconstruction révélatrice de la mentalité libérale "féministe" des bobos parisiens (et par ailleurs de bien des français blancs éduqués) qui ne se considèrent pas du tout racistes ou misogynes. Et une découverte éclairante sur le vécu de ces femmes immigrées prises entre deux mondes, ainsi que sur les dynamiques mondiales de services vu de France (il existe des travaux plus facilement accessibles sur, p. ex. les chaines de care entre Philippines et Canada).
Profile Image for StephenWoolf.
774 reviews22 followers
September 23, 2022
Magistral.
J'ai adoré l'entrée en matière : c'est pendant un arrêt maladie que Caroline Ibos a conçu ce projet. Elle occupait son temps libre en allant lire au square (Tolstoi). Elle remarque un groupe de femmes noires. Elle revient tous les jours, elles aussi. Elles finissent par lier conversation : il s'agit de nounous ivoiriennes qui s'occupent d'enfants appartenant à la classe bourgeoise parisienne (celle qui habite le 10è, pas celle qui habite le 16è).
Intervient alors une autre figure : celle de l'employeuse. Comment cette dernière peut-elle justifier de mal payer une femme qui va s'occuper de ce qu'elle a de plus précieux afin qu'elle puisse retourner au travail ? Intervient alors la notion de vocation : ces femmes décident que les nounous font ce travail par vocation, car elles ont une vocation maternelle affirmée. Cette idée se bâtit notamment sur un certain nombre de stéréotypes raciaux (les femmes noires seraient aimantes et maternantes mais sales, les philippines seraient froides mais méticuleuses, etc.). On voit comment ces femmes composent avec pour finir par évacuer ce dilemme moral.
Comment alors penser le fait que ces nounous ont laissé au pays leurs propres enfants pour s'occuper de ceux d'autrui contre une pitance (l'autrice expose le caractère financièrement avantageux d'avoir une nounou plutôt que de recourir à une crèche -sachant que les assistantes maternelles (ce nom!) sont rares) ? Cela fait-il d'elle de mauvaises mères ?

Les parcours de migration au féminin se décide : ne devient pas nourrice n'importe qui. Les nounous rencontrées par CI appartiennent à la classe moyenne déclassée par la crise économique que subit la Côte d'Ivoire. Leurs proches les savent courageuses et dures au mal. Toute la famille élargie a payé le billet d'avion et le visa tourisme pour que Lydie ou Patricia débarque à Paris (cela est très différent des parcours migratoires au masculin, semés d'embûches). La nounou contracte dès lors une dette inexpiable envers ses proches, sans compter qu'elle a laissé ses enfants au pays. Elle est donc contrainte de consacrer une partie de son salaire à l'envoi de mandats réguliers.

Enfin, se dessine une géopolitique du care : le nord est dépendant du sud, et plus précisément des femmes du sud. Sans elles, qui s'occuperait des vulnérables, des enfants et des vieillard·es qui ne peuvent subvenir seul·es à leurs besoins ? Dans ces conditions, il ne semble que juste de reconnaître le travail essentiel accompli par ces femmes (les politiques parlent souvent de la manne d'emploi que constitue le service à la personne, en oubliant qu'il est effectué par des femmes sans papiers) et de leur donner des papiers, ce qui leur permettrait l'accès à des salaires décents et à une vie digne (adios les marchands de sommeil, etc.).

Il y a une partie consacrée à la critique du capitalisme via une étude d'une campagne publicitaire Western Union. Cette entreprise pratique des taux usuriers (?) envers ses client·es les plus pauvres (qui envoient des mandats de 5à ou 100€ à la fois, dans l'urgence) tout en magnifiant le sentiment à l'origine de ces transactions : l'amour maternel. Selon cette campagne, le transfert de fonds serait une manière efficace de se substituer à / de prolonger l'amour maternel d'une femme partie travailler à un continent de là de sa famille.
https://static01.nyt.com/images/2009/...

Les nombreux extraits de témoignages, tant des nounous que des employeuses, étaient très piquants et expressifs.
Profile Image for Agnes Fontana.
346 reviews19 followers
March 14, 2013
Passionnant !! une sociologue en congé sabbatique s'est mise à discuter au square avec les nounous africaines qui gardent les enfants des familles aisées parisiennes, et se rend compte qu'il y a là un objet d'étude ignoré jusque-là. Elle met en évidence le parcours de ces femmes, choisies par leur groupe social pour émigrer et soutenir à distance leurs proches (devenus éloignés), le choc culturel, la dévaluation qui les fait se retrouver en bas de l'échelle sociale à Paris, invisibles et méprisées, les relations inégalitaires, tordues, pleines de non-dits, qu'elles entretiennent avec leurs employeuses. Celles-ci, souvent bobos, ont en général des principes généreux qu'elles se gardent bien d'appliquer à leurs employées. L'ouvrage est riche en "tranches de vie", délicieuses si elles n'étaient pas si désolantes, mais met également en évidence une véritable "geopolitique du care", qui continue l'exploitation du continent africain, en pompant ses ressources humaines, cette fois au bénéfice des populations fragiles (enfants, malades, personnes âgées) des pays riches, et accessoirement de Western Union, dont les campagnes publicitaires sont décryptées de manière saisissante. Tout ça, ce sont les bonnes raisons de lire ce livre. il y en a aussi plein de délicieusement mauvaises : voyeuristes ("que fait ma nounou quand je ne suis pas là et que pense-t-elle de moi ?"), gratifiantes ("par rapport à d'autres, je ne suis pas une si mauvaise employeuse")... Bref le mélange d'anecdotique et de formalisation brillante qui fait le charme des livres de sociologie.
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