« Topaze » : Truculente par moments mais truffée de bons mots, il s’agit d’une pièce faisant la part belle à l’apologie de l’argent et des pouvoirs qui en découlent.
D’un acte à l’autre, ce sont des colorations continuellement présentes sur les textes et dialogues qui savent captiver et étonner à la fois, alternant vertu et combines malicieuses.
Étonnante pièce théâtre de Marcel Pagnol démontrant combien l’éloge de l’argent peut être un moteur de progrès et un moyen de libération sociale, sur fond d’hypocrisie et de pure malhonnêteté.
Une situation dans laquelle le héros « Topaze », instituteur ingénu et droit de sa nature, devenu par la force des choses un redoutable homme d’affaires en l’espace de quelques mois, démontre à quel point la force de l’argent et de la richesse facile provenant de bases douteuses peuvent chambouler tout un système de morale prédéterminé.
Le premier acte renseigne sur une situation de pauvre instituteur de pension, honnête et malmené par le quotidien et plus particulièrement de ses rapports inéquitablement perçus par ses confrères et directeur dudit établissement : On y découvre un « Topaze » très à cheval sur ses principes, emporté par des airs positifs emprunts à tout ce que la vertu pourrait apporter de si bon pour l’avenir.
A première lecture, il est délicat de déterminer les cours des événements puisque ce premier acte contraste complètement avec ceux qui suivent : Et là, intrusion dans le monde pourri des affaires obscures des gens dits « respectables », où le maître-mot est incontestablement l’argent : Des gens motivés par le gain facile et malhonnête ! Ce qui en dit long sur l’idéologie bourgeoise mise en avant dans cette pièce qui est toute basée sur des actes mystificateurs et voués au doute : C’est dire la figure peu reluisante sous laquelle elle étalée sur celle-ci, lorgnant constamment le besoin de conserver ses privilèges en travestissant la réalité sociale à son compte, et craignant de voir ses réelles marques dévoilées, et à mises horriblement à nu par les journaux au vu d’une société vivant dans l’abus et l’injustice.
C’est la genèse des actes II et III, ce dernier étant par ailleurs marqué par le fait que « l’homme de paille » rapidement entraîné par les méandres des affaires louches, a finalement que l’attraction magnétique de l’argent se fond dans un pouvoir entièrement édifié sur de l’escroquerie.
Le comble dans cette histoire étant le fait que le « héros » s’est glissé dans cette même peau des réprimandés bourgeois et adopté leurs pratiques pour déboucher sur un revirement de situation complet en dernier acte, plutôt rédigé sur une note cynique. Des comportements qu’il reconnaît répréhensibles mais qui font le bonheur et la survie dans un confort pimpant !
En somme, une satire illustrant donc d’amères réalités : Voir à quel point même les gens les plus honnêtes peuvent se laisser happer par les sirènes de l'argent, quitte à laisser au placard leurs idéaux et leurs illusions.
TOPAZE - Suis-je capable de diriger ?
SUZY - Pourquoi pas ?
TOPAZE - Madame, cette confiance m'honore, mais je crains que vous n'ayez une trop bonne idée de mes capacités.
SUZY - Mais non... Vous êtes professeur, monsieur Topaze.
TOPAZE - Justement, madame. Je suis professeur. C'est-à-dire que hors d'une classe, je ne suis bon à rien.
{Acte II}
TOPAZE - [...] Ah ! l'argent... Tu n'en connais pas la valeur... Mais ouvre les yeux, regarde la vie, regarde tes contemporains... L'argent peut tout, il permet tout, il donne tout... Si je veux une maison moderne, une fausse dent invisible, la permission de faire gras le vendredi, mon éloge dans les journaux ou une femme dans mon lit, l'obtiendrai-je par des prières, le dévouement ou la vertu ? [...]
TOPAZE : [...] je vais te dire un secret : malgré les rêveurs, malgré les poètes et peut-être malgré mon cœur, j'ai appris la grande leçon : Tamise, les hommes ne sont pas bons. C'est la force qui gouverne le monde, et ces petits rectangles de papier bruissant, voilà la forme moderne de la force."
{Acte IV}