Salie est invitée un samedi à un dîner du type « papa, maman et les enfants, plus quelques amis ». Mais cette invitation d’une apparente simplicité la plonge dans l’angoisse. Pourquoi est-ce si « impossible » pour elle d’aller chez les autres ? De répondre aux questions banales sur sa vie, sur ses parents ?
Salie se lance dans une conversation avec « la Petite », sorte de voix intérieure et de double de la narratrice, enfant. Cette dernière va la forcer à revenir sur son passé, à revisiter son enfance pour comprendre l’origine de cette peur. Salie reconvoque alors ses souvenirs, la vie à Niodior, la difficulté d’être une enfant illégitime, d’endurer le rejet et la violence des adultes, les grands-parents maternels qui l’ont tant aimée...
A partir d’une matière très personnelle et intime, Fatou Diome parvient à créer un inoubliable personnage, Salie. Le roman est l’histoire d’une enfant grandie trop vite et qui ne parvient pas à s’ajuster au monde des adultes. Mais c’est aussi l’histoire d’une libération, car l’introspection que mène Salie pour apprivoiser ses vieux démons, tantôt avec rage et colère, tantôt avec douceur et humour, est salvatrice.
Fatou Diome est née au Sénégal. Elle arrive en France en 1994 et vit depuis à Strasbourg. Elle est l’auteur d’un recueil de nouvelles La Préférence nationale (2001) ainsi que de quatre romans, Le Ventre de l’Atlantique (2003), Kétala (2006), Inassouvies nos vies (2008) et Celles qui attendent (2010).
Fatou Diome est née en 1968 sur la petite île de Niodior, dans le delta du Saloum, au sud-ouest du Sénégal. Elle est élevée par sa grand-mère.
Contrairement à ce qu'exigent les traditions de sa terre natale, elle côtoie les hommes plutôt que d'aller aider les femmes à préparer les repas et assurer les tâches ménagères. Toujours en décalage avec le microcosme de l'île, elle décide d'aller à l'école et apprend le français. Sa grand-mère met un certain temps à accepter le fait qu'elle puisse être éduquée : la petite Fatou doit aller à l'école en cachette jusqu'à ce que son instituteur parvienne à convaincre son aïeule de la laisser poursuivre. Elle se passionne alors pour la littérature francophone.
À treize ans, elle quitte son village pour aller poursuivre ses études dans d'autres villes du Sénégal tout en finançant cette vie nomade par de petits boulots : elle va au lycée de M'bour, travaille comme bonne en Gambie et finit par entamer des études universitaires à Dakar. À ce moment, elle songe à devenir professeur de français, loin de l'idée de quitter son pays natal.
Mais à vingt-deux ans, elle tombe amoureuse d'un Français, se marie et décide de le suivre en France. Rejetée par la famille de son époux, elle divorce deux ans plus tard et se retrouve en grande difficulté, abandonnée à sa condition d'immigrée sur le territoire français. Pour pouvoir subsister et financer ses études, elle doit faire des ménages pendant six ans, y compris lorsqu'elle peut exercer la fonction de chargée de cours durant son DEA, fonction qui lui apporte un revenu insuffisant pour vivre.
En 1994, elle s'installe en Alsace. Elle est étudiante à l'université de Strasbourg où elle termine aujourd'hui son Doctorat ès lettres sur Le Voyage, les échanges et la formation dans l'œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane, tout en donnant des cours.
Elle se consacre également à l'écriture : elle a publié La Préférence nationale, un recueil de nouvelles, aux éditions Présence africaine en 2001. Le Ventre de l'Atlantique est son premier roman, paru en 2003 aux éditions Anne Carrière.
A la personne qui lira ce livre, je te souhaite de te délecter dans des mots qui t'emmèneront directement dans cette Afrique occidentale qui ne fait aucun cadeau, mais qu'on apprend à aimer, malgré tout.
Ancré à Strasbourg, cet incroyable monologue intérieur d'une femme emporte dans le monde inique des enfants des filles-mères et leur traitement, à Niodior, une île au Sénégal. Le personnage de la Petite permet à la narratrice de se révéler et d'affronter des souvenirs souvent douloureux, voire traumatiques.
J'ai particulièrement apprécié les références de l'auteure à l'Afrique de l'Ouest, à son brassage culturel unique, sa musique, à sa mixité ethnique, linguistique, culturelle... Celles-ci ancre le récit musicalement: Kandia Kouyaté, Bako Dagnon, Amália Rodrigues, Paco de Lucia et son fameur "solo quiero caminar", véritable leitmotiv tout au long du livre.
Ce livre m'a fait découvrir les traditions matrilinéaires pré-islamiques du Sénégal, à travers la critique subtile de l'islamisation de la société qui a entrainé la stigmatisation des grossesses hors mariage, phénomène inexistent auparavant.
Salie est invitée pour un dîner chez son amie Marie-Odile mais elle n’aime pas aller chez les autres, entrer dans une famille. Autant de peurs d’enfance qui ressurgissent et que la petite fille imaginaire qui l’accompagne, côté sombre de sa personnalité, symbole de son enfance aide à exprimer et comprendre. Née à Niodor au Sénégal, hors mariage, fruit d’un amour de jeunesse de Nkoto et d’un beau lutteur, Salie est pour tous, sauf pour ses grands-parents qui l’élèvent et l’adorent, une fille illégitime. Elle a un lien fusionnel avec sa grand-mère et son grand-père, pêcheur Serère, lui apprend l’autonomie, le courage, la dignité, la persévérance. Obligée de servir d’esclave familiale chez sa tante pendant les vacances d’été, elle subit violence et humiliation, ce qui ne lui donnera que plus de rage pour sortir de ce milieu par l’éducation. La France lui apportera un mariage vite rompu et la célébrité de l’écrivain et tout à coup l’intérêt de son oncle qui constate qu’il a tué la poule aux œufs d’or. La plume de Salie devient alors son "épée d’Amazone", elle retrouve ses racines de guerrière et de lutteuse pour défendre tous ces enfants illégitimes maltraités. C’est un plaidoyer pour les femmes victimes de l’hypocrisie sociale. Elle s’insurge contre cette Afrique qui oublie son identité au profit des "mythes importés", contre les guerres, contre l’hypocrisie d’une certaine politique française. Écrire sous l’influence de la Petite est sa meilleure thérapie. Elle grandit enfin et ose "faire face aux loups", affronter cette lignée matrilinéaire et surtout cet oncle qui a gâché sa jeunesse et voudrait une fois de plus lui faire la morale. " J’écris, parce que l’écriture me rend toutes les libertés et ne me coûte que les nuits, des nuits qui seraient peuplées de cauchemars, sans écriture." " J’écris pour rendre la mémoire à cette Afrique amnésique, celle sans orgueil, si prompte à la conversion, qui renonce à son identité pour se laisser aveugler par des mythes importés, qui ne concerne en rien la culture négro-africaine." " J’écris, contre tous ceux qui maltraitent ou ignorent les enfants, les bâtards, les orphelins, et ne les aiment que pour profiter d’eux, lorsque, par miracle, ils survivent et deviennent utiles." Fatou Diome livre ici une partie de son enfance. Forte de sa culture africaine et de ses racines, elle nous parle de ses blessures d’enfance, de ses peurs d’adulte, de cette difficulté d’intégration dans la vie de ses amis. Avec son style très imagé, ses références, les récits de son enfance sont passionnants. Je regrette toutefois que l’auteur se soit souvent perdue dans ses errances d’adulte, ses tergiversations mentales pour refuser cette invitation de cette amie strasbourgeoise. En hommage à Paco de Lucia, décédé aujourd’hui, je précise que Salie parle en boucle d’une chanson de ce célèbre guitariste, Yo solo quiero caminar!
Impossible de grandir est un ouvrage du type que je n'ai pas l'habitude de lire. C'est le genre de bouquin que je reçois pour des anniversaires, des Noël et tout... que ma famille m'offre en pensant me faire un cadeau génial. Alors même si c'est un livre et que j'aime beaucoup ça, généralement je déchante vite, parce que ce genre de livres ne me fait pas rêver, ne me permet pas de voyager.
Dans ce bouquin, Fatou Diome nous raconte l'histoire de Salie, une jeune femme qui, invitée à dîner chez une amie qu'elle n'apprécie pas outre mesure non plus, se voit confrontée à un énorme dilemme. Pourquoi a-t-elle si peur d'aller chez les autres? D'où cela vient-il? La Petite, son moi enfant, qui revient sans cesse la harceler, ne manque pas cette occasion, et du vendredi soir jusqu'au samedi juste avant le dîner, n'aura de repos tant qu'elle n'aura pas affronté tous ces loups qui forgent ses cauchemars. Suivant les méandres de sa mémoire, à la rencontre de son passé et de ses peurs, Salie comprendra ce que c'est que grandir, être adulte, finalement.
Alors, je vous le dis tout de suite, ce livre n'est pas du tout une torture. Bien au contraire, l'écriture de Fatou Diome étant très fluide et très... parlante, colorée et poétique, elle sait vous bercer par ses mots.Seulement, comme je l'ai déjà dit, je n'ai que peu voyagé durant ma lecture, ce que je regrette, parce que j'ai plus l'habitude de fiction.
En revanche, je peux vous dire qu'Impossible de grandir est un très bel ouvrage. De par les réflexions qui y sont proposées, par les souvenirs qui nous sont relatés, parfois tristes, parfois plus doux, et qui nous font découvrir une autre culture, une mentalité différente de la nôtre et qui pourtant nous rappelle des valeurs que nous avons trop tendance à oublier. C'est un livre dans lequel vous pouvez trouver de ces phrases qui vous marquent et qui finissent en citations, en mantras, ou simplement en phrases pour réfléchir et servir de trépied pour songer à nos propres situations.
Le récit est parfaitement fluide, même si j'ai trouvé quelques petites fautes qui sont passées au travers des mailles du filet, on tourne les pages avec aisance et le livre, au final, ne se lit pas si lentement qu'on pourrait le croire. Impossible de grandir, ce n'est pas, comme Salie, se perdre dans ses réflexions et oublier l'heure, dans ces mots qui nous aident à aller mieux, mais passer du temps, ainsi que sur une pirogue, et suspendre le cours du monde pour réfléchir ou se laisser porter par les pensées que nous livre Fatou Diome. C'est paradoxal, parce que le livre se lit vite et pourtant, vous semblez hors du monde, comme si tout ralentissait.
Il est parfois difficile de suivre le récit, avec les expressions du peuple d'origine de Salie, je dois l'admettre. Moi qui ne parle pas cette langue, même si c'était traduit juste après, dans le même paragraphe, j'avoue que cela m'apparaissait un peu gênant. Eh dehors de ceci, rien à redire, si ce n'est peut-être les paragraphes qui font deux pages et qui sont lourds à avaler. Salie affronte ses loups, nous montre un peu l'exemple, nous présente combien cela peut-être difficile et au final... nous apprend à nous accepter et à vivre avec ce qu'on a toujours porté et que parfois on s'est caché.
Impossible de grandir, c'est un livre qui vous apporte un éclairage sur une culture, sur votre propre manière de voir les choses, dans vos relations avec les autres, mais aussi avec vous-mêmes. Une belle plume qui vous berce et vous emmène dans une danse aux rythmes d'une culture que nous ne connaissons pas trop, cet ouvrage pourra ravir tous ceux qui sont friands de ce genre. Si j'ai eu l'impression de stagner, c'est parce que ce n'est pas mon style de lecture, encore une fois. J'espère quand même avoir réussi à soulever les points qui font de ce livre un ouvrage de qualité. Je suis contente de l'avoir lu, d'avoir ouvert cette parenthèse pour me couper de la fiction, afin de découvrir un pan de l'humanité sous un autre angle. Ce sera un 16/20 pour moi et je le conseille à tous ceux qui apprécient ce type de lecture!