Après son divorce avec un pasteur, Désira, trente ans, se retrouve seule dans un petit appartement. Une femme divorcée qui reste célibataire et aime aller le soir au cinéma, suscite les rumeurs les plus désobligeantes. D’un scénario de désespoir, l’autre, à force de chercher la vie et l’amour authentiques, elle tente se suicider. Le médecin parle de dépression nerveuse. Les amis donnent des conseils. Les autres la traitent de folle. Longue et curieuse excursion aux confins de la pulsion de mort, le cri de Désira résonne dans les immeubles, les rues, les salles de cinéma. Ce n’est pas tant un appel à la fin de la vie, qu’à la fin des simulacres.
Hélène Bessette est née « obscurément » à Levallois, faubourg de Paris, le 31 août 1918. Lorsqu’un journaliste lui demande pourquoi « obscurément », elle répond : « Parce que ce terme me plaît, et que les détails ne regardent personne ». Elle peut être considérée comme l’une des pionnières du Nouveau roman.
C’est après un voyage en Nouvelle-Calédonie où elle est partie trois ans avec son mari pasteur qu’elle se met à écrire. Elle n’a que trente-cinq ans quand Raymond Queneau la rencontre le jeudi 4 décembre 1952 dans les bureaux du 5, rue Sébastien Bottin, et lui fait signer un contrat qui l’engage chez Gallimard pour dix livres à venir. « Enfin du nouveau ! », s’exclame-t-il, soucieux de faire connaître celle qu’il considère comme un écrivain majeur du XXe siècle.
Hélène Bessette publie treize romans chez Gallimard, et en écrit encore beaucoup qui ne seront jamais publiés. Un des romans publiés, Les Petites Lilshart, qui est une version remaniée des Petites Lecocq, est retiré des ventes en 1956 après un procès pour outrage aux bonnes mœurs et diffamation. Aussi une pièce de théâtre. Le tout en seulement vingt ans, de 1953 à 1973. Elle obtient le prix Cazes de la brasserie Lipp pour son premier roman, Lili pleure, en 1954, et ses autres romans sont régulièrement retenus sur les listes du prix Goncourt.
Elle est institutrice, à Roubaix, à Saint-Prest et à Saint-Georges-sur-Eure, mais démissionne en 1962 pour se consacrer à l’écriture. Longtemps soutenue et admirée par des écrivains comme Marguerite Duras, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir ou Dominique Aury, et par les critiques Alain Bosquet et Claude Mauriac, elle reste injustement méconnue. Son dernier roman, Ida ou le délire, est publié en 1973.
Elle meurt trente ans plus tard, dans l’indifférence générale, le 10 octobre 2000, au Mans.
Écrit dans les années 50, ce texte sur une femme qui tente de se suicider est un tour de force.
L’histoire de Désira, qui souhaite juste la fin des faux-semblants et des simulacres dans une société conservatrice.
C’est drôle, irrésistible, intelligent.
Puis l’écriture est dingue, aussi bien pour l’époque qu’à nos jours : déformée, en pleine torsion, loin des codes et impétueuse.
Je suis tellement heureux qu’on m’ait offert ce livre. Je n’aurais jamais découvert la vivacité d’Hélène Bessette et je crois que ça m’aurait rendu très triste.
Je ne savais pas du tout si je pouvais apprécier Hélène Bessette. J'ai vraiment accroché alors que son projet de roman poétique ne m'attirait pas plus que ça. On est vraiment mis face aux pensées d'une jeune femme qui veut se suicider. L'autrice ne propose pas un récit empreint de causalités fortes qui pourraient résumer ou expliquer le désir de mourir. Au contraire, c'est la société ou son statut de divorcée qui lancent des pistes. Le personnage est malade et Hélène Bessette réussit à retranscrire cet état sans chercher à le rendre acceptable.