Un dimanche d'été à l'heure de la messe, un village désert. Un homme en état d'ébriété qui le traverse au volant de sa jeep et s'en va finir sa course dans une rivière, non loin de là. Une Jaguar rutilante qui emprunte le même trajet à vive allure. Un accident sans témoins. Une fillette de dix ans tuée sur le coup. Un coupable tout désigné. Un second suspect potentiel - au-dessus, lui, de tout soupçon.
La soixantaine débonnaire, Carlo Mazure mène une vie de patachon assez misérable. Tout l'inverse de Régis Lagerman, procureur de son état, jeune fonctionnaire ambitieux, promis à un bel avenir. Deux hommes que tout oppose et dont les destins vont pourtant se confondre.
Le bon coupable porte le sceau inimitable de ces contes philosophiques cruels dont Armel Job s'est fait une spécialité. Sur les traces de Mazure et de Lagerman, il nous propose une nouvelle et déconcertante parabole du pharisien et du publicain.
Nous sommes le 17 juillet 1960 dans le village de Malemaison dans les Ardennes Belges. C'est dimanche et tout est calme, les villageois sont à la messe. C'est en rentrant de celle-ci que Lisa Knapen découvre le corps sans vie de la petite Clara Labasse projeté dans la petite ruelle devant chez elle. L'accident s'est produit entre midi et midi dix. Clara allait chercher son père Hector à l'atelier. Il passe peu de voitures sur cette route le dimanche.
L'enquête commence, il faut un coupable au plus vite, un suspect est trouvé, il est le coupable idéal.
A votre avis : Carlo Mazure à la vie misérable ou un procureur aimant la vitesse ?
C'est au départ d'un malheureux fait divers qu' Armel Job va nous démontrer que les apparences sont souvent trompeuses. Il va avec brio nous faire découvrir la vie des différents protagonistes, des personnages "vrais", profonds, la véritable nature humaine.
Les personnages sont bien construits, aboutis. Ils nous amènent à nous questionner sur la responsabilité morale de chacun, notre culpabilité. Armel Job décrit chaque individu en profondeur, leur vie, leur drame, leur souffrance, leur histoire. Tous sans exception ont des regrets, des remords, des blessures. Personne n'est complètement blanc, ni complètement noir, l'esprit humain reste mystérieux.
Ce roman c'est aussi l'occasion de s'interroger sur la justice, la façon dont elle est rendue, ce qui mène à l'inculpation ; l'intime conviction qui parfois fausse tout.
N'oublions pas que nous sommes dans un village ardennais en bord de l'Aisne, dans les années 60, la guerre et ses blessures sont toujours présents. L'écriture est sensible décrivant la nature à merveille; celle des lieux et celle des gens. C'est intelligent, très bien mené, passionnant, de quoi vous garantir un bon moment.
Ma note : 9.5/10
Les jolies phrases
Elle s'était imaginé que le bébé serait un jardin des délices dans son désert. Il n'était qu'un chardon.
Clara raffolait de l'atelier. "Ca sent bon chez toi", disait-elle. Les âcres émanations des vernis, des laques lui semblaient plus délicieuses que l'air du parc autour de la maison, où pourtant des peupliers noirs embaumaient. Il est vrai que le parfum des peupliers colle aux cloisons nasales, pour ainsi dire, alors que l'acrylique y grimpe comme un hérisson de ramoneur et vous remet l'odorat à vif. Tandis qu'elle furetait ça et là, Hector la voyait remuer les narines comme un lapin.
Que veut l'appareil judiciaire ? La justice ou le respect des règles de droit ? Si les règles empêchent la justice, il faut mépriser les règles. Une justice qui ne cherche plus la justice, qu'est-ce que c'est encore ? Une judicature. Voilà où on est. Tout cela, bien entendu, est un peu trop fin pour le bec des chicaneurs de prétoire.
Combien d'êtres humains se donnent la peine une seule fois dans leur vie de voir le soleil se lever ? Le soleil se lève seul. Tout le monde s'en bat l'oeil. Un miracle quotidien, ce n'est plus un miracle.
Immédiatement, il avait ressenti avec douleur la pitié que lui inspiraient les femmes trop femmes, condamnées à vivre sans cesse comme des proies. Elles arrivaient chez les ours, ruisselantes de miel. Devant elles, les mal léchés se pourléchaient sans vergogne. Les malheureuses, il aurait voulu les protéger ! C'est de cette façon que lui-même finissait le plus souvent par mettre la patte dessus.
On ne se méfie jamais assez de ceux qui s'offrent pour nous sauver. Après, il faut payer le prix du sauvetage. C'est cher. Ca prend toute la vie pour rembourser.
La vie nous file entre les doigts. On n'a aucune prise. Il faut seulement tenir sa place et voir venir.
On est tous coupables, d'une façon ou d'une autre. Chacun doit se débrouiller avec ses propres fautes. Je ne m'occupe pas de celles des autres.
Le seul fondement de la justice, c'est l'intime conviction. Ce ne sont ni les faits ni les témoins qui décident, c'est la conscience du juge quand il se retire dans son for intérieur et, qu'en deçà même de sa raison raisonnante, il s'en remet à son intuition la plus profonde.
Je n'ai pas pu le finir tellement il ne m'intéressait pas. Pourtant il y avait des scènes qui se passaient à Liege et donc je me projettais mais pas moyen d'entrer dans le livre...
Le récit se tient : un début, une fin, une question morale posée, une certaine ambiance. Cependant rien d'extraordinaire ne ressort de ce roman pétri de morale religieuse qui m'évoque un Simenon sans génie.
Ceux qui cherchent un roman policier convenu où l’on cherche à deviner le coupable et qui nous tient en haleine seront déçus. Par contre ceux qui cherchent une histoire de mœurs une peu sordide, fort bien écrite, épicée d’une enquête policière sauront y trouver leur compte. Plus Thérèse Desqueyroux que Sherlock Holmes.
Voici l’histoire d’un « crime annoncé ». Processus bien connu depuis Œdipe ou les hommes ne peuvent échapper à leur destin. Car dans ce livre il se comment bien un crime. Mais est-ce cela le sujet véritable?
Donc c’est dimanche, un évènement se produit et les différents personnages viennent nous compter leur version de l’histoire. C'est-à-dire viennent nous parler d’eux-mêmes. De leurs culpabilité surtout car dans ce récit, tout le monde est coupable de quelque chose et cache des secrets.
Et quels secrets! On ne parle pas ici de grandes transgressions mais bien plutôt de bassesses quotidiennes. Tout est petit et beige. Même ce dimanche à la campagne qui n’a rien de bucolique et transpire l’ennuie. On en vient presqu’à regretter la guerre où au moins on était en vie. Est-ce pour cela qu’on s’est battu?
Pourquoi cette histoire devait-elle se passer en 1960, en Belgique? Les évènements extérieurs au village sont à peine mentionnés. Pourtant il s’en passait des choses au Congo qui venait à peine d’accéder à l’indépendance.
Non, dans ce récit les gens vivent repliés sur leur village et sur eux-mêmes. Les couples séparés pendant la guerre on peine à se retrouver même après quinze ans. Les femmes retournées aux foyers sont plus ou moins oisives. Les hommes murent leur désappointement dans un silence macho. Les couples ne communiquent pas entre eux et le sexe est un exercice purement physique qui aide à passer le temps ou à oublier. On se croirait dans Mad Men mais sans les possibilités illimitées de l’Amérique, sans l’excitation de la grosse pomme. Même les parents ont peine à aimer leurs enfants, du moins leurs fils. Les filles sont aimées, pas pour ce qu’elles sont vraiment mais plutôt comme des anges éthérées symbole de pureté. Apparences trompeuses car dans ce livre même les enfants ont leurs secrets.
On a presque le goût de brasser les personnages pour les sortir de leur torpeur. Parlez-vous bon sens! Profitez de la vie!
Ne chercher pas une fin simpliste ou le coupable reçoit ce qu’il mérite. Ce roman est plus complexe que cela. Et de toute façon, ne sommes nous pas tous un peu coupable de quelque chose, ne fusse que de ne pas aimer assez.
Un dimanche d'été à l'heure de la messe, un village désert. Un homme en état d'ébriété qui le traverse au volant de sa jeep et s'en va finir sa course dans une rivière, non loin de là. Une Jaguar rutilante qui emprunte le même trajet à vive allure. Un accident sans témoins. Une fillette de dix ans tuée sur le coup. Un coupable tout désigné. Un second suspect potentiel - au-dessus, lui, de tout soupçon.
La soixantaine débonnaire, Carlo Mazure mène une vie de patachon assez misérable. Tout l'inverse de Régis Lagerman, procureur de son état, jeune fonctionnaire ambitieux, promis à un bel avenir. Deux hommes que tout oppose et dont les destins vont pourtant se confondre.
Le bon coupable porte le sceau inimitable de ces contes philosophiques cruels dont Armel Job s'est fait une spécialité. Sur les traces de Mazure et de Lagerman, il nous propose une nouvelle et déconcertante parabole du pharisien et du publicain
Comme tous les romans d'Armel Job, une lecture qui ne vous lâche pas avant la dernière ligne. Etrangement, la victime du roman, la jeune fille Clara semble la plus vivante dans l'histoire, alors que pour tous les autres personnages, des circonstances de leur vie ont sonné le glas sur leur devenir. Dans ce sens, la mort de Clara a quelque chose de Christique et vient 'éclairer' l'inhibition psychologique des autres protagonistes directement ou indirectement impliqués dans l'histoire.Un nouveau coup de maître de l'auteur de Héléna Vannek, Baigneuse nue sur un rocher, Le conseiller du roi, La femme manquée, Loin des mosquées, et autres romans plus passionnants les uns que les autres.
Impossible à expliquer pourquoi j'aime le style d'Armel Job! C'est peut-être sa Belgitude ou ses personnages si bien croqués lorsqu'ils sont confrontés à des problèmes moraux.. C'est sûrement tout ça à la fois!! :-)