Mais qu'est-ce que c'est que cette manie de vouloir que ce soit pour la vie, l'amour? Pourquoi cela vous démange-t-il comme cela, l'éternité? Qu'est-ce que cela signifie d'abord: pour la vie? Les chapeaux, les chaussures, les bijoux, cela se change; les maisons on en déménage. Demande aux médecins, ils te diront qu'au bout de sept ans il n'y a pas une cellule de ton corps qui n'ait changé. On vieillit, on pourrit sur place, on mijote son petit cadavre à feu couvert toute sa vie pour qu'il soit fin prêt le jour où les vers s'y mettront; on se décompose depuis qu'on est né et tu voudrais qu'il n'y ait que les sentiments qui ne changent pas?
Que ça fait du bien de terminer quelque chose. J'ai cru que ma panne de lecture allait me bloquer indéfiniment -- Et quelle lecture!
C'est une longue pièce qui donne un grand coup à ce que l'on attend du théâtre, en utilisant des personnages qui vivent en dehors de la réalité, pour remettre le lecteur/spectateur, lui-même!, sur ses pieds.
Se prendre des claques au théâtre, c'est plutôt rare. Il y a des pièces qui m'ont bouleversé, mais j'ai rarement lu une pièce comme celle-ci. Un mélange de grand bol d'air frais et de beaucoup de gêne. J'ai adoré.
C'est intéressant ; le théâtre dans la pièce -car les personnages sont des comédiens et/ou des costumiers, poètes, directeurs de théâtre etc-, est une véritable société à lui seul. Madame Alexandra tire la ficelle de son monde. Elle en est la cruelle impératrice, capricieuse, avare, égoïste, et est à la fois admirée et détestée.
Madame Alexandra a mis en scène toute sa vie personnelle, afin de donner quelque chose qui puisse plaire au public, au détriment de Julien. Il a beaucoup souffert et il ne méritait pas cette mère.
Tout est faux autour d'elle. Les flatteries qu'elle reçoit sont fausses, même celles qui viennent de son propre fils, Armand. Tout le monde joue la comédie dans cette pièce, ce qui la rend encore plus intéressante. Les personnages de cette pièce de théâtre jouent la comédie entre eux, en se mentant, en étant hypocrite, jaloux, lâches, et jouent un drame lorsqu'ils sont sur scène.
Et c'est drôle que Colombe se soit trouvée, et ait trouvé la véritable "elle" dans ce milieu.