On peut compter sur Julien Hirt pour écrire des histoires qui n’ont pas encore été inventées.
Après avoir créé le Monde Hurlant, avec son système de magie innovant qui repose sur la fiction, Julien Hirt quitte la fantasy pour s’aventurer dans un autre genre, ou plutôt une hybridation de genres. Carcinopolis mêle le fantastique, un peu de SF et l’horreur dans un contexte architectural urbain (on avait dit inédit). C’est une ville-cancer qui s’immisce dans notre réalité et la pollue de l’intérieur. Elle n’infiltre pas une mégapole américaine, comme elle l’aurait fait dans un blockbuster moyen, mais Berlin. Berlin, ville historique de division et de reconstruction. Le héros de cette histoire, Prométhée Kasonga, est lui aussi original, ancré dans la réalité et exceptionnellement humain. Il parcourt le monde, mandaté pour résoudre des problèmes à l’aide de méthodes aussi extraordinaires que… la négociation. Et le voilà fraîchement débarqué à Berlin, lesté de ses propres traumatismes et de ses failles pour voler au secours de sa cousine.
« Si vous voulez apercevoir des morts-vivants, allez vous planter dans un aéroport. Ils vous y attendront en masse. »
Ainsi s’ouvre ce roman, pour ensuite happer le lecteur dans une ambiance unique de mystère et de course contre la montre. Mention spéciale aux personnages, celui de Prométhée en premier lieu, mais aussi Regina, l’artiste qui imprime en 3D des cochons-tirelires percées et les sème à travers cette histoire comme un petit Poucet moderne et absurde. Le côté métaphorique n’est évidemment pas en reste, on parle d’une ville-cancer, de béton sale et de fumées suffocantes, de déshumanisation et d’un homme qui doit plonger au plus profond de cette horreur pour y affronter ses propres terreurs.
L’histoire est intelligemment construite et la tension bien présente. J’ai ressenti un petit coup de mou au moment où Carcinopolis devient concrète, parce que j’ai toujours préféré imaginer l’horreur que d’y plonger, mais c’est personnel. L’action reprend le dessus et le suspense ne s’arrête pas. Puisqu’un texte est presque toujours perfectible, j’ai regretté, dans certaines scènes d’action, que le langage ne se fasse pas plus direct, plus dépouillé. On aurait pu, selon moi, raccourcir ou se passer de certaines phrases complexes et sur-explicatives. Un détail qui n’a cependant en rien entaché mon intérêt.
Je reste impressionnée par l’originalité de ce roman, son décor, ses personnages, la malice et l’audace dont il est truffé. C’est un OVNI qui s’écrase à côté de chez vous et dans lequel vous avez la surprise de découvrir des passagers un peu loufoques mais étrangement familiers.