Mes textes favoris sont ceux extraits de sa collection Passado en Claro..
Le poème d'Octavio Paz auquel le traducteur a attribué le "numéro 5" parmi les poèmes non titrés est aussi sensationnel et délicieux que l'odeur du parfum Chanel no.5 ..
Des poèmes transcendants par leur richesses de rhétoriques, d'allégories et de symbolisme abondant.. ils réveillent la synesthésie, bercent l'imagination, provoquent le sens auditif par des vibrations sonores et rendent la nature presque palpable tant Paz est capable de l'apprivoiser dans ses expressions figuratives et abstraites.. ses paroles, ses confessions sentimentales et intellectuelles et ses descriptions surréalistes swing font le va et le vient entre abstraction d'idées et images concrètes simples, à tel point que le "transducteur" des signaux transmis par nos récepteurs sensoriels est secoué.. et ses métaphores, ses fantaisies et ses impressions si intenses que nos perceptions du monde sensible et le monde intelligible sont brouillés, constamment interchangeables.. Malheureux est celui qui ne connaîtra le sens ésotérique de ses vers sublimes..
Poème 4
".. Je ne vois pas avec les yeux. Les mots sont mes yeux. Nous vivons parmi les noms; ce qui n'a pas de nom n'existe pas encore: Adam de boue, non pas un pantin d'argile, mais une métaphore.
Voir le monde est l'épeler. Miroir de mots: ou étais-je? Mes mots me regardent depuis la flaque de ma mémoire. Brillent, entre ramures de reflets, nuées échouées et bulles, sur un fond qui va de l'ocre au pourpre, les syllabes d'eau.
Vibrations d'ombres, de moires, d'échos, écriture non de signes: de rumeurs. Mes yeux ont soif. La mare m'enseigne le stoïcisme.
L'eau bien que potable, ne se boit pas: elle se lit.."
Poème 5
".. Révélations, abominations: le corps et ses langages entretissés, noeud de fantômes que palpe la pensée, que le toucher dissout, carcan du sang, idée fixe clouée dans mon front.
Le desir est seigneur de spectres; le désir nous change en spectres: nous sommes plantes grimpantes de l'air sur des arbres de vent, manteau de flammes inventé et dévoré par la flamme.
La fente du tronc: sexe, sceau, passage reptilien fermé au soleil et à mes regards, ouvert aux fourmis".
Poème 18
Dieu sans corps, avec des langages corporels le nommaient mes sens.
J'ai voulu le nommer d'un nom solaire, d'un mot sans envers...
Spirale des échos, le poème est air qui se sculpte et se dissipe, allégorie fugace des noms véritables. Parfois, la page respire: les essaims de signes, les républiques errantes de sons et de sens, en une rotation magnétique s'enlacent et se dispersent sur le papier."
Poème 19
"Je suis ou je fus: je vais derrière le murmure, pas au-dedans de moi, entendus avec les yeux,
le murmure est mental, les pas sont moi-même,
J'entends les voix qui me pensent quand je les pense.
Je suis l'ombre que projettent mes mots".
De la collection Salamandre
"Réveil en plein air
Les lèvres et les mains du vent
Le coeur de l'eau
Un eucalyptus
Les nuages qui bivouaquent
la vie qui naît chaque jour
la mort qui naît chaque vie
Je frotte mes paupières: le ciel marche sur la terre."