Jump to ratings and reviews
Rate this book

Écrits sur l'art

Rate this book
Avant de rencontrer « l’ange terrifiant » des Élégies de Duino, achevées en 1922, Rainer Maria Rilke avait croisé le regard énigmatique des anges qui peuplent la peinture italienne, regard faisant signe vers « le paysage qui brille derrière eux comme une âme qu’ils possèdent en commun ». Des deux Lettres de Munich sur l’art en 1897 aux Lettres sur Cézanne en 1907, le poète de langue allemande a éprouvé sa prose au contact des arts visuels, à travers une vingtaine d’études, toutes recueillies dans cette édition, comprenant sept inédits en français. Au cours de cette décennie formatrice, il porta attention tant aux artistes du passé, comme Léonard de Vinci, Fra Bartolomeo, ou Marco Basaiti, qu’aux artistes de son temps, comme Auguste Rodin et Paul Cézanne, mais aussi Heinrich Vogeler et Otto Modersohn, ou, quoiqu’il ne leur consacra directement aucune étude, Clara Westhoff et Paula Modersohn-Becker, qu’il rencontra au sein de la communauté de Worpswede. Écrire sur les arts, il le dit souvent, c’est avant tout chercher à « ne pas juger ». Être juste, c’est retrouver dans chaque œuvre l’étrangeté fascinante de chaque existence singulière, par-delà raisons et fins. « C’est ainsi que doivent être vues les œuvres d’art : comme de vastes paysages solitaires aux ciels en hautes voûtes, comme de grands arbres sombres, comme des mers s’étendant calmement dans le soir, comme des maisons au loin dans des plaines, comme de beaux enfants qui dorment ou de jeunes animaux qui tètent, comme mille choses de cette vie éternelle et intemporelle que le jour ignore et que l’heure affairée laisse de côté. » Dans cette façon étrange qu’ils peuvent avoir de renouer avec la vie cosmique, les arts ont, pour le jeune Rainer Maria Rilke, une portée prophétique, voire messianique. Ils annoncent une vie « qui ne peut pas encore être vécue aujourd’hui », une vie à venir, une vie nouvelle. En attendant, il reste à faire l’effort, chaque fois, de s’ouvrir à ce qu’on voit, de se défaire du sentiment de peur devant ce qu’on ne comprend pas. « Nous aurons à nous arrêter souvent devant l’inconnu », dit-il.

448 pages, Paperback

Published October 20, 2023

Loading...
Loading...

About the author

Rainer Maria Rilke

1,889 books7,170 followers
A mystic lyricism and precise imagery often marked verse of German poet Rainer Maria Rilke, whose collections profoundly influenced 20th-century German literature and include The Book of Hours (1905) and The Duino Elegies (1923).

People consider him of the greatest 20th century users of the language.

His haunting images tend to focus on the difficulty of communion with the ineffable in an age of disbelief, solitude, and profound anxiety — themes that tend to position him as a transitional figure between the traditional and the modernist poets.

His two most famous sequences include the Sonnets to Orpheus , and his most famous prose works include the Letters to a Young Poet and the semi-autobiographical The Notebooks of Malte Laurids Brigge .

He also wrote more than four hundred poems in French, dedicated to the canton of Valais in Switzerland, his homeland of choice.

Ratings & Reviews

What do you think?
Rate this book

Friends & Following

Create a free account to discover what your friends think of this book!

Community Reviews

5 stars
2 (66%)
4 stars
1 (33%)
3 stars
0 (0%)
2 stars
0 (0%)
1 star
0 (0%)
Displaying 1 of 1 review
158 reviews
January 31, 2026
Le plus long des textes recueillis ici porte sur Auguste Rodin (100 pages). En plus de détails biographiques et d'observations de première main (Rilke a été le secrétaire de Rodin pendant plusieurs années), cette conférence donne une analyse profonde de l'art de Rodin. On y trouve des formules qui expriment de façon étonnamment juste ce que l'on ressent confusément devant l'œuvre du sculpteur, sa puissance, son mystère. Les clefs d'interprétation proposées se montrent parfaitement efficaces, définitives.
La collection des lettres de Rilke à sa femme, à propos de son séjour à Paris (pp. 363-422), est assez étonnante : une lettre par jour, parfois plusieurs ! Là aussi, des éclairages originaux, particulièrement centré sur Paul Cézanne. Même pour parler du quotidien, cet homme a un style fascinant !
D'autres textes encore (une vingtaine), assez souvent courts, présentent des artistes peu connus ou des événements artistiques, ou bien rassemblent des réflexions générales sur l'art - souvent, les deux aspects se mêlent. Même au milieu d'une recension qui peut paraître anecdotique (artiste oublié, événement passé...), le lecteur tombe régulièrement sur des perles, des fulgurances qui font battre le cœur plus vite, comme en présence d'une révélation.
Un exemple : "Plus l'artiste sait dire, plus il lui reste à deviner." (p. 74)
Ou encore : "L'art se présente comme une conception de la vie, analogue à la religion et à la science, et aussi au socialisme." (p. 57. Étonnant ! Ce n'est pas une définition ; il dit : "se présente comme")
Pour une définition : "L'art est le désir obscur de toutes choses." (comprendre : le mouvement qui nous pousse vers les choses, la pulsion à déchirer le voile, à surmonter la distance, à résoudre l'énigme...).
Très belle édition, agrémentée de reproductions utiles pour suivre le texte. Évidemment, la police de caractères est assez petite, mais le livre fait déjà plus de 400 pages. Souhaitons-lui le destin d'un livre de référence. On aurait aimé un index des artistes cités.
Displaying 1 of 1 review