Il y a longtemps que je me répétais "Il faut absolument que je lise Les Trois Mousquetaires, je suis sûr que ça va me plaire". Je me le rabâchais à chaque fois que je finissais un livre. Je me souviens même que plus jeune, j'en entendais parler de la même manière que les profs de Français au collège parlaient des autres classiques de la littérature française, comme Les Misérables, Germinal, Hernani ou encore Don Juan. À chaque fois que je commandais des livres dans la librairie la plus proche de chez moi, je voyais derrière le comptoir un gros livre rouge sur Jules Verne ou Émile Zola, je ne sais plus quel auteur exactement. Ce livre collector regroupait toutes les œuvres de l'auteur. Et en pensant à ces grands piliers de notre littérature, il y avait une homme que je ne connaissais que de nom. Un homme dont l'œuvre la plus connue me tracassait l'esprit tant il me tardait de découvrir l'histoire qu'elle racontait. Je me souviens aussi que durant le mois de février de cette année, lorsque je faisais une heure de conduite, la radio qui comme à son habitude était réglée sur RTL était allumée. Il y avait une journaliste en appel avec une personne. Et soudainement, à l'annonce de la question : Dans Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas père, comment se nomment les trois compagnons de D'Artagnan ? La personne n'ayant pas su répondre à la question, la journaliste l'a donc donnée : Athos, Porthos et Aramis. Je dois dire qu'à ce moment-là, ces noms m'inspiraient un mystère que je me devais d'élucider : l'histoire tant vantée que contée de ces trois héros, qui en réalité dit-on, sont quatre.
Et un mois après, le 11 mars très exactement, n'ayant pas lu depuis trop longtemps, j'ai cédé à mon envie de lire ce roman de capes et d'épées. N'ayant jamais fait de recherches - à tort - sur ce livre, je pensais qu'il s'agissait d'une pièce de théâtre vu la façon dont mes profs vendaient cette œuvre. Que nenni. Il s'agit en fait d'un roman. Je dois dire que cela m'a soulagé car j'avais peur que ce soit trop lyrique et proche d'un Hernani, avec des personnages et une tragédie stéréotypés. Mes recherches furent donc de dernière minute. Mais qu'importe, une fois en possession du bouquin, je me suis vite familiarisé avec ce magnifique français qu'était celui du XVIIIème / XIXème siècles. Et à une vitesse qui m'effraya au début, je dévorais chapitre après chapitre ce roman dont l'intrigue se révélait petit à petit à moi. Un mois après, le 13 avril, j'avais fini de le lire. Ainsi, après cette rétrospective sans doute trop longue, je vous livre mon avis sur cette histoire, en évitant de la spoiler.
Ma première impression en lisant cette œuvre est un merveilleux étonnement. Jamais je n'aurais pensé qu'une œuvre qui date quand même de 1844, possède une histoire ficelée avec autant de soins. Chaque chapitre est important et laisse des petits indices qui laissent à présager la suite et qui, crescendo, font connaître le vrai visage de chaque personnage important. Cela rend l'intrigue (comme chacune se doit de l'être par essence) : intrigante. Ensuite, je trouve cela très agréable de lire une histoire avec une élocution aussi suave qu'elle pouvait l'être à cette époque. Les gens sont polis entre eux, même quand il s'agit de se battre. (Il est bien dommage que ces mœurs aient disparu avec le temps). D'ailleurs, Dumas nous raconte l'histoire d'un point de vue omniscient mais souvent en parlant à ses lecteurs en employant le "nous" dans des phrases comme "nous y reviendrons plus tard" ou encore "dont nous avons déjà fait la description plus haut". Cette proximité auteur-lecteur rend le récit très attachant, comme si un père contait une histoire à ses enfants. Autre point positif : chaque personnage principal est développé à la hauteur de son importance. C'est-à-dire que d'une part il va être brièvement introduit avec ses caractéristiques physiques et morales, et d'autre part, son passé se révèle autour de l'intrigue qui se resserre. Mais en aucun cas le lecteur est laissé dans le flou pour ce qui est des personnages. Je suis aussi content sur un autre point : les personnages ne sont pas manichéens. Pas même notre héros D'Artagnan. Aussi, les descriptions physiques ne sont pas extrêmement détaillées, ce qui laisse une certaine liberté au lecteur de s'imaginer chaque personnage. D'un côté je trouve cela bien et d'un autre, je préfère et aurais préféré plus de descriptions sur les traits physiques, notamment ceux de nos quatre compagnons. Dans tous les cas, il y en a assez pour s'imaginer les protagonistes. Je ne peux pas compter cela comme un point négatif, car le quotas de descriptions y est, les personnages sont physiquement et moralement cernable et cela relève d'un choix de l'auteur pour son public. En ce qui concerne les quatre personnages, je les trouve vraiment, mais alors, vraiment attachants. Ils ont tous les quatre un caractère radicalement opposé, mais ils se respectent pour ce qu'ils sont et écoutent toujours lorsqu'un des leurs prend la parole, avec chacun une grande déférence pour l'autre, et ça, c'est de la bromance. Je tairais mon avis sur les protagonistes, ainsi que l'histoire en elle-même car cela éveillerait sans doute des spoils, et je veux laisser à chacun la possibilité de découvrir ce livre par soi-même.
Enfin, pour ceux qui ont la même question que celle qui me torturait l'esprit une fois avoir lu ce livre : oui, il y a bien une suite aux aventures de ces quatre compagnons. Et que dis-je ! Non pas une, mais deux suites ! En effet, l'œuvre de capes et d'épée d'Alexandre Dumas est une trilogie, et les deux opus suivants s'intitulent respectivement Vingt ans après (1845) et Le Vicomte de Bragelonne (1846).
Aussi, je ne dirai que ceci pour conclure : des capes, des épées, des chapeaux à plumes, des duels, des intrigues de cour, de l'amour, de la vengeance, de l'amitié, du pardon, des trahisons, des promesses, tout cela au cœur de la France du XVIIème siècle sous Louis XIII ; si un seul de ces mots vous fait rêver, que faites-vous encore ici ? Foncez-donc lire cet œuvre qui en a inspiré tant d'autres et dont on ne dit point assez d'éloge !