Une langue qui meurt, c'est une part du patrimoine de l'humanité qui disparaît : au nom de cette évidence, on s'emploie à sauver le breton, qui n'est plus parlé que par moins de 1 % des jeunes en Bretagne. juste cause, mobilisant des militants dévoués ? Oui, jusqu'au moment où l'on prend conscience des enjeux réels du combat régionaliste. Françoise Morvan, originaire du centre de la Bretagne, raconte ici l'étrange périple qui l'a conduite à une réflexion sur l'instrumentalisation de la langue et de la culture bretonnes à des fins politiques et commerciales. Menée avec humour, cette enquête à la fois historique et sociologique ne concerne pas seulement la Bretagne mais cette Europe des ethnies qui trouve à présent l'appui des tenants de l'ultralibéralisme.
J'étais à Rennes récemment, et un ami qui y habite m'ayant fait remarqué que l'ensemble des rues de la ville avaient été changées en bilingue français breton pour un coût pharaonique, alors que Rennes est dans une zone où le Gallo et non le Breton était parlé, m'a prêté ce livre pour m'éclairer sur les origines de cette gabegie. Le sujet de ce livre, c'est une histoire du nationalisme breton racontée au travers d'une sorte d'autobiographie dans laquelle l'auteur explique l'évolution de son opinion, depuis l'adhésion à ce mouvement jusqu'à une rupture suivie d'une longue enquête sur l'origine et les fondements de ce mouvements jusque dans ces développements les plus récents.
D'une certaine façon, l'irrédentisme breton est marginal, de même que pour l'ensemble de mouvements de ce type en France métropolitaine. Il n'en est pas ainsi pour nombre de nos voisins européens, qui, en Espagne, en Belgique, en Italie, ou en Angleterre, connaissent des mouvements bien plus visibles et actifs. Pour la plupart, ils s'appuient sur une même idéologie: une obsidionalité servie par la manipulation de l'histoire, présentée de manière partiale et victimaire, et une instrumentalisation de la langue pour en faire le support d'une identité nouvelle à construire. Cette idéologie devient le refuge pour toutes les radicalités mécontentes de l'état actuel des affaires, de l'extrême-droite à l'extrême gauche, en passant par les "idiots utiles" qui ne manquent jamais de prendre parti pour une cause sur les motifs les plus légers. Le nationalisme breton n'échappe pas à cette règle.