Les oranges sont vertes est une pièce que Gauvreau a écrite entre 1958 et 1970 et que le Théâtre du Nouveau Monde a créée en janvier 1972 dans une mise en scène de Jean-Pierre Ronfard. La veille de sa mort, en juillet 1971, Gauvreau avait convenu avec le metteur en scène de certaines coupures pour la représentation. L'auteur n'aura pas vu sa pièce sur la scène du TNM, pièce dont le succès lui vaudra une seconde vie à la fin de 1972. Contrairement à La charge de l'orignal épormyable, qui est un sombre drame, Les oranges sont vertes trouve des moments de légèreté dans une série d'envolées poétiques. Mais cette pièce, dont de nombreuses tirades portent sur l'abstraction lyrique, la censure, l'érotisme et la tolérance, participe aussi d'un théâtre de la cruauté où les spectateurs subissent une véritable catharsis, déchirés entre deux visions : celle d'un monde bigot, chauvin et mercantile, et celle d'une société fondée sur l'amour, l'égalité et la liberté.
La pièce "Les oranges sont vertes" s'apprécie un peu plus s'il y a compréhension et connaissance du contexte historique, social et politique dans lequel a baigné Claude Gauvreau. Autrement, j'en convient que la lecture peut sembler pénible.
L'oeuvre intègre, de manière subtile, des personnes importantes dans la vie de son auteur. Cegestelle, par exemple, semble faire référence à Muriel Guilbault.
Quelque peu brouillée par le langage exploréen, la pièce fait mention de plusieurs événements autobiographiques de la vie de Gauvreau. La "folie" de Yvirnig suite au décès de Cegestelle fait écho à l'amnésie dont à souffert l'auteur suite au suicide de son amie et muse Muriel Guilbault. La pièce souligne aussi la dissolution du groupe du refus global, et l'athéisme très assumé de Gauvreau.
Finalement, la pièce est aussi une acerbe critique de l'ordre établit, de l'Église catholique et de ceux qui décident de se fondre dans le moule.
C'est une pièce à l'écriture dépaysante mais très riche pour son aspect autobiographique et pour sa critique de la sociale.