À la fois récit initiatique et conte philosophique, Et c’est ainsi que je suis née poursuit l’élan introspectif d’une jeune fille née la tête à l’envers, « retroussée », pour mieux y faire résonner, au fil des pages, le grondement d’une insurrection qui s’embrase de l’individu au collectif. Dans la lignée du Lait noir (Cornélius, 2016), parabole de l’exil, ce livre propose, par le regard et la voix de son personnage principal, une traversée d’expériences coercitives et métaphoriques aux résonances très actuelles, poussant les extrémités jusqu’au point de rupture. Face à la violence du monde, la fiction pourrait bien se faire la prophétie du réel, et la bande dessinée la langue de ce soulèvement qui vient.
Je mets la note de 3 pour rendre hommage au talent de dessinatrice de l’autrice (même si ce n’est pas le type de dessin que je préfère). J’ai cependant eu du mal à suivre l’histoire…
J'écris ces lignes à chaud juste après avoir fermé le livre.
C'est un roman qui vous happe et ne vous lâche pas - du moins, c’est l’effet qu’il a eu sur moi. J'ai fermé le livre après lu la dernière page et je me suis dit WOW. Pourtant, au début, j’ai mis un peu de temps à entrer dans le récit, mais progressivement, la tension s’installe, et je me suis surprise à espérer, malgré tout, un dénouement positif pour la protagoniste.
Dès les premières pages, j'ai trouvé le style graphique très original. : des dessins au crayon noir, bruts, presque agressifs, loin des traits plus lisses et fluides qu’on trouve souvent dans le genre. Pourtant, cette originalité visuelle complète bien l’histoire. Les formes se déforment, les ombres s’animent, et parfois, les mots deviennent superflus - l’image, à elle seule, porte la violence et la charge émotionnelle des scènes.
L’histoire est celle d’une naissance, non pas seulement physique, mais identitaire et douloureuse. La protagoniste grandit dans une famille dysfonctionnelle, étouffée par une mère crainte et un père silencieux. Son émancipation, loin d’être une libération, la confronte à la brutalité du monde extérieur. Elle y est à la fois victime et spectatrice, ballottée entre injustices et violences, jusqu’à un dénouement en apothéose, aussi fulgurant que dévastateur. La fin, ouverte et cathartique, ne livre pas de "après" tout fait. Elle nous laisse plutôt la liberté de nous inventer notre propre suite, notre propre interprétation.
Fanny Michaelis maîtrise le suspense avec brio, et la tension monte crescendo jusqu’à la dernière page. Ce livre ne vous laissera pas indifférent.e. En tout cas, je n'en suis pas encore remise et me sens encore un peu paf. La force de ce livre réside dans cette alliance entre un récit cru et dur et un dessin audacieux, hyper créatif qui ose. C’est une œuvre qui bouscule, qui marque, et dont on ne sort pas du tout indemne.