C’est d’abord le roman d’un couple de la bonne société de Casablanca, Ito et Momo Le Bo. Un couple qu’on suit jusqu’aux confins territoriaux du Canada où le couple s’installe avec ses enfants. Bruits de verre et tuerie silencieuses des constructions toutes faites où beauté, jeunisme, bonheur préfabriqué, matérialisme des hommes et couple parental sont passés au crible sans concession aucune. On vit avec Ito le parcours d’une femme en proie à ses dilemmes, ses difficultés et son aspiration à vivre, impliquée dans un rôle d’épouse et de mère face à un époux narcissique et pervers.
Une bonne bouffée d'air frais, malgré l'humour amer de l'auteur et le caractère très dur du sujet de ce roman. J'ai quand même bien ri et j'étais incapable de le déposer avant la fin, alors bon j'ai passé un bon moment quand même !
Ghizlaine Chraibi est une peintre avant d'être une auteur, la couverture de ce roman représente d'ailleurs une de ses toiles. J'aime beaucoup et je trouve que ça reflète bien l'esprit d'Un amour fractal.
Ce roman est encore une fois une histoire de mariage où l'amour est absent. Si dans Le bonheur conjugal de Tahar Ben Jelloun, il était inexistant chez les deux époux, ici nous retrouvons une épouse amoureuse et... soumise. Ou plutôt qui essaie de faire fonctionner ce couple, quitte à se soumettre à la folie de son cher mari !
Ito, notre personnage principal est une femme intellectuelle, peintre, la trentaine, issue d'un certain rang, qui va épouser Momo Le Bo, un homme riche et beau, occupant un bon poste de Directeur dans une entreprise, après avoir cumulé quelques bons diplômes à l'étranger. Bienvenue dans une société où les apparences ont le dernier mot !
Avec beaucoup d'humour, Ghizlaine Chraibi dénonce l'absurdité du cauchemar que doit vivre la femme d'un macho. L'enfer qu'elle doit accepter comme une bénédiction, avec le sourire, chaque matin et chaque nuit.
Momo Le Bo a beau avoir fait de grandes études, sa mentalité de l'homme des cavernes de l'an 1 est restée intacte ! La femme est l'esclave de l'homme, elle a été créée pour le servir, le nourrir et lui laver son lingue sale. Élever les enfants, faire le ménage, les courses... etc. la liste est longue. Evidemment, interdit de sortir, interdit de parler à d'autres hommes, ni même d'écouter du jazz (ça mène direct en enfer...!), et interdit d'allumer le chauffage, ça consomme trop d'argent...
"Je n'existe plus. Tellement surveillée. Plus jamais regardée. Transparente. Inodore. incolore. Pusillanime. Et dès que je veux prendre ma place en parlant, on me traite de névrosée, de folle, et me prie de fermer ma gueule qui n'est d'aucun intérêt."
Un amour fractal nous montre comment cette femme va vivre cette relation où elle n'est jamais respectée, souvent insultée, le tout présenté avec beaucoup d'humour et en allant jusqu'à caricaturer plusieurs scènes. Comme on dit chez nous, quand on a trop de problèmes, on préfère en rire. C'est un petit peu la philosophie de l'auteur dans ce roman.
Mon extrait préféré : "Mais l'homme de ma vie, celui qui a révélé la femme en moi, ne m'a pas aimée. Il m'a révélée pour mieux me tuer. On ne tue pas le néant, on tue ce qui existe, il avait donc besoin de me révéler avant." Et celui-là aussi : "Celui qui a été l'homme de ma vie est atteint. Sa pathologie n'est pas soignable, et de toute façon je ne suis pas médecin. Nous ne sommes pas condamnés à sauver les autres. Lorsque la manipulation et la perversité sont omniprésentes, prendre la fuite est un signe de grand courage, et surtout pas de lâcheté. Nous ne sommes alors soumis qu'à la pressante nécessité de nous mettre à l'abri." J'adore.
Dans le monde arabe, le Maroc surtout, on la connait tous cette femme qui a ce que le monde qualifie du "mari parfait", et qui subit toute seule la perfection. . . C'est un livre assez émouvant, qui transmet l'idée sans tourner autour. Très bien écrit, je dirai.
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