Paru à l'Hexagone en 1965, L'àge de la parole était une oeuvre nouvelle en même temps qu'une somme; en rassemblant des poèmes d'abord publiées aux Editions Erta et les inédits qui ont donné son titre à l'ouvrage, Roland Giguère a composé l'un des livres-phares de la poésie québécoise. Cette édition est accompagnée d'une introduction de Catherine Morency.
1951 : en plein cœur de la Grande Noirceur, à Montréal, un jeune imprimeur, Roland Giguère, griffonne en catimini des écrits séditieux. Pour l’heure, il les consigne dans un recueil clandestin, L’Âge de la Parole, qu’il ne publiera que quatorze ans plus tard, à la mort du premier ministre Maurice Duplessis.
Sous des dehors surréalistes, il y brosse le portrait au vitriol d’une société plongée dans la léthargie par sa classe dirigeante conservatrice. Un souffle révolutionnaire traverse ses vers, qui exaltent sans pudeur des thèmes sulfureux comme la sensualité ou la violence. Par le prisme de ces poèmes hauts en couleur et souvent énigmatiques, c’est le spectre de la classe ouvrière québécoise que l’on entraperçoit en train de ravager les fondations fragiles d’un Québec rongé par l’obscurantisme.
L’ouvrage s’est en effet échafaudé dans la foulée des grandes grèves d’après-guerre, notamment celles d’Asbestos et de Louiseville. Cette effervescence sociale et politique infuse le travail du poète, qui lui donne une expression artistique singulière.
Aujourd’hui, tandis que François Legault se réclame volontiers du « Cheuf », il est heureux de célébrer les mots des écrivains qui ont eu le courage de lui tenir tête. Ceux de Roland Giguère, en particulier, résonnent comme un avis de tempête.
« Grande main qui pèse sur nous grande main qui nous aplatit contre terre grande main qui nous brise les ailes grande main de plomb chaud grande main de fer rouge grands ongles qui nous scient les os grands ongles qui nous ouvrent les yeux comme des huîtres grands ongles qui nous cousent les lèvres grands ongles d’étain rouillé grands ongles d’émail brûlé mais viendront les panaris panaris panaris la grande main qui nous cloue au sol finira par pourrir les jointures éclateront comme des verres de cristal les ongles tomberont la grande main pourrira et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs. »
Des mots sombres, des mots portant l’espoir, des mots pour se consoler d’un passé déshumanisant et pour porter un peuple vers des lendemains heureux. Giguère était un poète profondément engagé et savait dérouter. Il ne faisait pas dans la complaisance et n’était pas fleur-bleue, ses mots sont percutants et libérateurs. La froideur de certaines strophes peut rappeler les premières œuvres de Marie-Claire Blais. Ce recueil peut se lire comme un document d’archive, il cherche à nous éloigner de notre littérature du terroir, mais elle habite néanmoins ses vers. Son ambiance globale rappelle la dureté et la beauté de notre Québec. Ce n’est vraiment pas une lecture facile d’accès, mais elle demeure nécessaire pour les amoureux de notre poésie.
Ce roman est fait pour un public très ciblé et selon moi, ne peut pas être lu par n’importe qui.
Les références sont trop recherchées, voire impossible à trouver. Après plusieurs minutes d’analyse, je ne comprenais toujours pas le sens ou le message des poèmes. Aucun d’entre eux n’a résonné en moi, et si ce n’avait pas été pour un cours, je n’aurais jamais terminé le recueil.
Je peux reconnaître la richesse des mots et les passionnés de poésie trouveront probablement leur compte.
Pour une future enseignante de français, passionnée de lecture et même de plusieurs poèmes, ce n’était définitivement pas dans mon registre et je ne le recommande pas.
J'aime beaucoup la poésie de Giguère, sourtout ses poèmes qui parlent de la puissance du passé et comment il faut affronter les ruines de l'auparavant pour bâtir l'avenir ("Yeux fixes"). Même après des vers très noirs, voire écrasant("Devant le fatal", "Paysage dépaysé"), Giguère prend la dernière parole pour pousser l'espoir de quelquechose nouveau, du potentiel, de la naissance à venir: "je te disais toujours le merveilleux possible."