Le Ménon est un des dialogues de Platon, dans lequel il met en scène Socrate, son cher maître, aux prises avec Ménon, un riche Thrace peu amène et difficile à manier. Platon fait même intervenir Anytos, l'un de ses accusateurs en -399. Le sujet de la discussion va rouler sur la vertu, ce qu'elle est, si elle peut s'enseigner. Comme à son habitude, dans Platon, Socrate aime faire tourner en bourrique ses interlocuteurs afin de leur faire prendre un air moins superbe face aux bonnes dispositions que requièrent un examen de bonne foi. Socrate laisse donc parler Ménon, jusqu'au point où il met à jour les contradictions de ses positions. C'est qu'il est bien plus facile d'aborder cette question sur le mode volitif que sur le mode réel.
Un point intéressant du dialogue est l'idée avancée par Socrate pour expliquer la raison par laquelle il nous est possible d'apprendre ce que nous ne savons pas. C'est que cette question est terrible: si nous ne connaissons exactement pas ce que nous cherchons, comment savoir alors si oui ou non nous l'avons trouvé. Pour sortir de cette difficulté, il fait appel au mythe pour gagner l'oreille de Ménon, et invente une histoire de métempsychose, et de souvenirs antérieurs à la naissance. Mais enfin toute cette ruse n'aboutit qu'à une aporie.
Cette édition, uniquement dédiée au Ménon, comporte un appareil critique particulièrement dense, mais éclairant pour avoir une idée de l'industrieuse acribie avec laquelle les érudits décortiquent ce texte dans les moindre détails, ne négligeant ni l'étymologie, ni l'histoire des idées ou le contexte politique, citant les recherches les plus récentes: l'éditrice met le doigt sur les controverses qui ne sont pas encore résolue pour le moment, comme savoir par exemple quelles furent les vraies sources d'inspiration de Platon pour tous les éléments mythiques dont il a farci ses dialogues. En tout cas, ces textes sont vivants et plaisants, même s'ils ne laissent pas d'agacer par le labyrinthe dans lequel il perd parfois notre attention.