beaucoup de pensées sur ce livre. je l'ai acheté dans l'optique d'apprendre, d'améliorer et d'approfondir mes compétences à écrire et décrire la nourriture dans mes cahiers de voyage, et le début de ma lecture m'a ravie: j'ai relevé des phrases descriptives, des adjectifs qui me plaisaient, des expressions auxquelles je n'aurais pas pensées - je serais d'ailleurs intéressée de voir à quel point le fait que c'est une traduction du japonais m'a influencée, et comment je réagirais à une écriture française d'origine (une autre approche?)
j'ai cependant pris une grosse claque qui a violemment rayé mon enthousiasme quand, en décrivant avec extase l'entaille d'un fabuleux omu-rice au contenu baveux, l'autrice se compare à "un seigneur sanguinaire en train d'abuser d'une fraîche jeune fille". frappée par cette phrase qui sort de nulle part (et mise en valeur! elle consiste à elle-même son propre paragraphe) qui me remplit de dégoût et d'incompréhension, les prochains chapitres me semblent un fardeau, la narratrice m'énerve, j'ai beaucoup de mal à apprécier à nouveau ma lecture. il me faut peut-être remettre cette phrase dans son contexte culturel, le japon des années 2000, une société très genrée et patriarcale, et le monde de l'édition est majoritairement masculin donc peu d'espoir à placer du côté des relecteurs et éditeurs, mais que ce soit une femme autrice qui ponde cette phrase! je ne me souviens pas avoir autant fait guerre à une phrase écrite de ma vie. des tas d'âneries sortent de la bouche des gens, mais ce qui est rédigé est réfléchi et prémédité!
je reste toujours assez étonnée de voir tant d'auteur.rices écrire sur la nourriture de manière érotique, à croire que ce sont les deux seules expériences sur Terre à autant mettre en valeur l'expérience sensorielle.
.je m'interroge sur la collaboration entre l'autrice/la maison d'édition et le dessinateur taniguchi jirô (qui a illustré l'édition picquier) et comment/qui a choisi ce qui fallait mettre en images;
.dans le chapitre sur les restaurants populaires, une phrase m'a particulièrement marquée aussi, mais pas négativement: un homme, Nishi, découvre en feuilletant le menu le plat signature (saigô-don) du restaurant dans lequel ils se trouvent, qui consiste en un assemblage de toutes les spécialités de l'ancien domaine de satsuma dans un même bol. intrigué, il décide de l'ajouter à leur commande groupée. la prochaine phrase est alors "la tablée échouant à l'en dissuader, notre commande s'enrichit d'un saigô-don". c'est probablement parce que moi aussi j'aurais à tout prix voulu goûter ce melting pot de spécialités que j'ai haussé des sourcils en lisant cette phrase - quels rabat-joies à cette table! mais j'imagine les contre-arguments: ce plat venait peut-être tâcher une harmonie de saveurs bien réfléchie - seulement, ne m'y connaissant que très peu en nourriture japonaise, cet ajout de dernière minute ne m'a pas titillée. ca m'a aussi fait réfléchir à la manière dont je commande au restaurant. ne fais-je pas assez attention à harmoniser mes plats de manière à ce qu'ils se complimentent?
je ne pensais pas en sélectionnant ce livre qu'il me ferait ressentir tant de choses. j'ai beaucoup appris de ma lecture dans bien des catégories, ce qui était après tout le but recherché.
ce livre est un hommage à des plats et des restaurants qui ont marqué des quartiers, des villes, des familles. comme le conclut l'autrice, "certaines saveurs vivent un siècle, et même deux. dans le même temps, d'autres qu'on pensait devoir durer aussi longtemps disparaissent en cours de route. (...) il nous faut savourer. et préserver."
à lire avec une carte du japon et des connaissances en nourriture japonaise - car sa lecture sans réseau ni pré-acquis se rélève non sans défi.