*soupir*
C'était fort, c'était addictif et je suis tombée irrémédiablement amoureuse de ce livre. Arrivée à la moitié, je ne voulais plus m'arrêter. Je l'ai terminé durant une insomnie, incapable de le lâcher.
Alexander Leander, Comte de Donagh, est un avocat brillant, respecté de ses pairs, et un homme terriblement séduisant qui exerce un attrait irrésistible sur son entourage et ses collègues. Personne ne reste insensible à son charme. Aristocrate riche et charismatique, il séduit les hommes comme les femmes. Il est l'objet de toutes les convoitises.
Entre Mark, Joyce, Dimitri et lui va se jouer un jeu dangereux dont il tire les ficelles. C'est d'abord une histoire de passion, sensuelle et émouvante, mais ça va au-delà de ça. Il est aussi question d'amour. Celui que Dimitri, subjugant danseur d'opéra, voue à Alex au-delà de tout, sans espoir de retour. Celui que Joyce entretient pour son époux Mark et qui la poussera à tout faire pour le garder auprès d'elle. Et celui d'un homme qui peut tout s'offrir et ne désir que l'inaccessible. Car les sentiments d'Alexander, puissants, indétrônables, le poussent vers Mark. Mark, son collaborateur, qui est hétéro et marié à Joyce, une femme dont il est fou et avec qui il se voit fonder une famille.
Cet aspect était très intéressant : la manière dont l'auteur part de quelque chose d'acquis, une situation qui pourrait sembler ancrée dans le temps, sans possibilité de changement, pour en venir à un chamboulement émotionnel et violent qui va faire exploser les existences de toutes ces personnes.
Ensuite, il y a le milieu, assez bien rendu malgré quelques détails amusants (et probablement incohérents) : celui de l'aristocratie anglaise engluée dans ses traditions, dont les nouvelles générations tentent d'alléger le système.
Quant au coeur du récit en lui-même, on pourra effectivement trouver les méthodes d'Al bien nauséabondes. Tel un prédateur, il ne recule devant rien pour s'approprier Mark et je dois dire que la morale de tout ça laisse un peu à désirer : peut-on tout s'autoriser par amour ? J'avoue que la situation de Joyce m'a émue et embarrassé par moment. Elle est injuste pour elle. L'entêtement (l'amour ?) de Al pousse son entourage à révéler sa face la plus laide. Difficile de s'attacher à lui. En même temps, l'auteur s'arrange pour que le personnage du jeune Lord n'apparaisse jamais de manière particulièrement sympathique aux yeux du lecteur. Le happy end de la fin m'a semblé avoir été écrit uniquement pour excuser les actes de Al et gommer un peu les aspérités de toute cette histoire de manipulation romancée. Mais en même temps, comment résister à un château anglais sous la neige ? Je vous le demande...
Le paradoxe, c'est qu'en dépit de tout ça, j'ai adoré. C'est fluide et on se passionne pour le destin des personnages. Il n'y a ni longueur, ni ennui.
Au terme de cette lecture, il me reste quand même une question qui m'agace un peu... Je ne peux pas m'empêcher de me demander : pourquoi Mark et pas Dimitri ? C'est vraiment la seule incohérence du livre à mes yeux. Pourquoi choisir un homme plat, simple, sans talent particulier plutôt que ce danseur russe mélancolique qui s'autodétruit par désespoir ? Dimitri était tellement plus intéressant, tellement plus dramatique et passionné que Mark. Il avait du panache. Ça restera ma seule déception pour une lecture par ailleurs formidable que j'ai dévorée du début à la fin.