Des aphtes, des cloques et des stigmates sur la peau : en 2021 Velibor Colic souffre d’une maladie auto-immune inconnue, le pemphigus vulgaris dont il va être soigné par immunothérapie. Cette maladie occupe la première partie du livre et va lui servir (outre à nous relater ses tribulations dans l'univers de la santé et dans la ville de Bruxelles où il réside) à dresser un parallèle avec la guerre.
« Seul un étranger peut avoir une telle maladie / Une langue blessée et une guerre qui sort de sa peau. »
En effet, le sujet principal est sa participation à la guerre en ex-yougoslavie en 1992, enrôlé de force dans une armée bosno-croate en déliquescence. Antimilitariste, il parviendra à déserter quelques mois plus tard.
La suite de l'ouvrage nous plonge donc directement dans la guerre (partie 2 pendant la guerre et partie 3 la désertion jusqu'à l'exil et l'arrivée en France pour le début d'une deuxième vie). Nous avons vraiment l'impression d'être avec lui dans les tranchées, comme dans Full Metal Jacket ou dans une BD de Tardi sur la première guerre mondiale. De façon très réaliste et crue, il décrit l'absurdité et le sordide de la guerre : les odeurs, les mines, la mort, la peur, la faim, l'alcool (omniprésent ). Quelques portraits de combattants émaillent le récit, lui donnant une part d'humanité. Des descriptions de la nature adoucissent aussi la dureté du sujet, et mettent un peu de poésie dans tout cela. Car Velibor Colic est un poète et un philosophe. Et son humour ravageur, qui transparait dans certaines séquences burlesques, notamment celles liées à la musique, l'a sans doute aidé à tenir, à survivre. Bref c'est un livre frappant par son contenu et très bien écrit dans la forme, plein de dureté et d'émotion.
Il y a plus de 20 ans j'avais eu la chance de croiser brièvement Velibor Colic (il a vécu une dizaine d'années à Douarnenez), dans la foulée j'avais lu Les Bosniaques, portraits de combattants lors de cette même guerre, et j'avais bien aimé. Guerre et pluie a un tel souffle et une telle justesse qu'il me donne envie de continuer à découvrir l'oeuve de l'auteur, une oeuvre obsédée par la guerre et l'éxil qui a obtenu de nombreux prix littéraires très certainement mérités.