Hell, no ! Finir ce livre a été aussi pénible que la traversé de la caravane.
En passant outre les incohérences scientifiques (parfois lourdes), il existe des éléments hautement plus dommageable si ce n'est vomitifs.
Premièrement, le progrès technologique ne s'est accompagné d'AUCUN progrès social. Chose peu pensable. On ne parle pas de la place des ouvriers ("usés par l'usine à 50ans mais qui en auront bien profité"... non mais sérieux ????) ou des catégories "utiles" mais bien dispensable.
La description de ce monde hiérarchisé est abject mais est remplacé par un monde tout aussi violent et abject. L'auteur pense que les mentalités n'évolueront pas avec le temps et qu'un membre du "bas peuple" doit être corvéable à merci, mourir vite, tranquillement et donner naissance à d'autres petits "bas peuple" tout aussi corvéable. Seul compte le confort et l'uniformité (enfin, dans les apparences)
D'ailleurs, à aucun moment un quelconque membre du peuple ne se révolte y compris devant la dictature (auto-proclamée) censé les "guider".
Deuxièmement, la place de la femme et la vision de la femme en général. Loin d'être féministe, je n'ai pu qu'être à la limite de la nausée par certaines descriptions et certains commentaires à l'égard de la gente féminine. Passons sous silence le soutien à la polygamie, justifié par un Deus Ex Machina d'une rare puérilité (les hommes ont plus été victimes de la maladie que les femmes, et MIRACLE ! il nait beaucoup plus de femmes que d'hommes....). On passera également sous silence, le "sort" médical et biologique réservé aux vierges... Certes, la position de la femme dans les années 40 (date de l'écriture) était différente, mais il est assez risible de saluer un homme qui critique un monde technologique sans penser que les mentalités auraient pu évoluer également. Loin de proposer mieux ou différent, il ne fait que proposer... pire.
Enfin, la "morale" soutenue par l'auteur est abjecte. Le retour aux sources, au dur labeur paysan etc etc, c'est une chose. L'obscurantisme, la violence, le culte du moi et l'égoïsme en sont une autre. Et ce sont bien ces dernières choses défendues dans le livre et soutenues par des théories scientifiques douteuses (ex : oooh, le fer est "contaminé" mais le cuivre (autre métal composé lui aussi d'atomes) non ! Miracle !!!!).
Et cette morale est portée par un personne.... totalement antipathique. Loin d'être un anti-héros, le personnage est juste détestable. Egoïste, violent, cruel, sur de son bon droit et de sa propriété (sur les femmes notamment), ces traits de caractères surgissent bien avant le cataclysme. Il n'est pas un bon chef car ne cherche pas à défendre les autres, il ne cherche qu'à s'en servir dans son propre intérêt. Il ne fait pas preuve de ruse ou d'intelligence, il n'est qu'un gros bourrin vicieux n'hésitant pas à massacrer sans once de remords. Les autres n'ont aucune valeur pour lui. Qu'ils meurent ou qu'il faille les abandonner, il ne sourcillera pas. Seul compte : LUI !
Ressort donc un "dieu vivant", ayant droit de vie et de mort, dominant son peuple par la violence et l'obscurantisme (le bas peuple n'a pas droit de lire et n'a pas besoin d'écrire...), décidant de qui doit commander (le choix est posé sur la seule force physique....) ou ce qu'il faut faire.
Accessoirement, un autre deus ex machina pas piqué des vers, le monde a quasi été détruit, SAUF des vallées enclavée et inhabitables ou son petit coin de naissance qu'il part retrouver. Ahahahahah. Et, bien évidement, il n'y a plus aucun peuple vivant ou ayant réussi à survivre à part lui, les siens et les proches. Mais bien sur ! Penser que seul le "héros" et ses proches puissent s'adapter et survivre est enfantin. Il faut bien s'imaginer qu'il existe d'autres gens ailleurs, au moins aussi intelligents... Mais bon. Sûrement trop compliqué d'avoir de l'opposition. Après tout, ca obligerait à des questionnements difficiles.
Sur la forme, le découpage du livre est médiocre. La première partie est inutilement longue, remplie de description intéressante mais la plupart du temps inutiles (vu qu'il n'en sera plus jamais sujet dans le reste du livre), les autres parties sont assez inégales en durée. La dernière partie est un matraquage violent de la vision d'un monde "le mieux à même à faire face à une catastrophe". Et bien, je préfère encore mourir que de connaitre ce monde.
Les personnages n'ont aucune profondeur, n'est développé que partiellement le personnage principal mais arrivée à la moitié du livre, n'est plus jamais évoqué ses pensées. Les personnages n'évoluent absolument pas. Tout est concentré sur cet homme d'une platitude navrante.
L'écriture est parfois inutilement lourde, parfois vive. Les meilleurs moment restent ceux d'actions mais ne peuvent pas cacher la pauvreté des personnages.
Rien ne peut également cacher la direction prise par l'auteur et la fin est beaucoup trop téléphonée.
Une dernière leçon à retenir : un livre qui incite à... bruler des livres. Ray Bradbury m'a déjà convaincu qu'il ne fallait jamais le faire, et ce livre n'échappe pas à la règle. Au lieu de le faire lire à d'innocents adolescents en le présentant comme un bon livre de SF, il faudrait au contraire le faire lire mais avec des critiques pour justement développer l'esprit critique qui fait défaut à tout le monde (dans le vie, et dans ce livre)