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John Locke: Essai Sur l'Entendement Humain: Livres I-II (Bibliothèque Des Textes Philosophiques - Poche)

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Le succes des Essais de John Locke sur l'origine, les modalites et le but de l'entendement humain fut similaire au triomphe de Newton en physique. Cet ouvrage initie tout le courant empiriste qui le suit, ainsi que la psychologie comme science. Il reste, a ce jour, la plus etudiee des oeuvres de Locke. Les livres I et II, ici edites dans une traduction nouvelle, presentent l'acte fondateur (que reproduiront Berkeley et Hume) de la these sensualiste: la critique de l'inneisme et la source empirique de toute idee. Cette nouvelle traduction offre au lecteur un texte issu d'une lecture enrichie par trois siecles d'exegese.

640 pages, Mass Market Paperback

First published October 23, 2001

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J-M Vienne

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Profile Image for Tolsan.
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May 20, 2025
Le projet de Locke est de délimiter l'étendue de l'entendement humain, de chercher à déterminer ce que nous pouvons connaître et ce que nous ne pouvons pas connaître. Locke a eu une bonne idée, que Kant a repris un siècle après, mais, il faut le reconnaitre, avec plus de succès.

Alors que peut-on connaitre et que ne peut-on pas connaitre ? La réponse est simple : nous ne pouvons connaitre que ce dont nous avons des idées simples, que nous obtenons de deux manières, par la sensation (nos 5 sens) ou par la réflexion sur les opérations de notre entendement. A partir de là, il nous est possible de forger des idées complexes en additionnant plusieurs idées simples, en repérant les liens qui les unissent, ou par abstraction. Par exemple, si vous avez les idées de froid, de rond et de neige, vous pouvez former l'idée complexe de "boule de neige". La théorie de Locke est donc assez simple à comprendre, et relativement intuitive.

Le livre I de l'Essai s'attache à critiquer l'innéisme, la conception selon laquelle nos idées seraient innées. Pour Locke, toutes nos idées sont acquises par l'expérience. Le livre II cherche à comprendre d'où nous viennent nos idées simples, et à déterminer la manière dont on peut les combiner pour forger des idées complexes. Locke montre comment il est possible de forger toutes les idées et les catégories importantes de la philosophie à partir de nos seules idées simples : l'infini, la durée, le nombre, la substance, etc... Le tout est assez redondant. Locke écrit assez bien, et cherche à se faire comprendre de tous, mais est un adepte de la répétition, voire du recyclage, ce qui peut rendre la lecture fastidieuse.

Locke, dans sa théorie de la connaissance comme dans sa théorie politique, est un des premiers penseurs de la bourgeoisie capitaliste. Il propose ici une pensée révolutionnaire qui ne nous parait pas vraiment comme telle, parce que c'est la nôtre. Mais il faut voir le progrès effectué entre Locke et Descartes. Descartes entre dans la modernité philosophique, mais c'est Locke qui en est le meilleur représentant. La philosophie de Locke est une philosophie du sens commun bourgeois individualiste mais torturé. Je m'explique : pour Locke, les choses sont telles qu'elles nous apparaissent, à nous, individu singulier percevant. Locke met l'individu au centre de sa philosophie comme par évidence, mais est le premier qui réfléchit sur cet individu et sur son identité (dans le chapitre 27 du deuxième livre de l'Essai).

Mais la philosophie de Locke n'en reste pas moins torturée parce que d'un côté il veut défendre que les choses sont telles que nous les percevons, mais d'un autre côté il ne veut pas et ne peux pas rompre totalement avec les vieux concepts de la philosophie : la substance, l'essence, Dieu, l'Esprit, etc... Ce qui l'oblige de manière confuse mais touchante à essayer de trouver une place pour ces concepts. Mais ils ne rentrent que difficilement dans le cadre de sa théorie, et Locke est régulièrement conduit à nous décevoir : les choses ne s'imbriquent pas bien. Nous ne percevons pas la substance, mais seulement des qualités, mais il faut pourtant bien supposer une substance comme support des qualités. Nous ne percevons pas notre âme, mais il faut bien la supposer aussi. Locke est donc conduit à accumuler les suppositions, et comme il est très humble, il fait l'erreur de les admettre en tant que suppositions ! Parce que Locke, en tant que bon bourgeois, n'a pas vraiment peur du compromis.

Alors faut-il lire Locke pour comprendre le capitalisme ? Honnêtement non, ce n'est pas la peine, surtout que c'est très long. Mais sa philosophie est tout de même une étape décisive dans la pensée moderne, et Locke est certainement un penseur dont la contribution est à réévaluer. Il faudrait faire un travail d'histoire matérialiste de la pensée pour montrer en quoi sa philosophie exprime le développement de la bourgeoisie en Angleterre au XVIIème, ses contradictions et sa portée révolutionnaire.
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