Savons-nous où nous habitons vraiment? La simple expression « regarder dehors » a-t-elle encore un sens en ces temps étriqués? La voracité extractiviste est sans frein. Devant le peu d’échos que ça suscite en ce presque-pays, l’auteur se risque à tirer quelques fils ― blancs ou barbelés, c’est selon ― des cagoules idéologiques sous lesquelles nous nous croyons en sécurité.
Une des choses que Michel X Côté dit souvent, c'est à quel point ses livres passent inaperçus. Il me semble qu'il avait dit entrevue quelque part que chacun de ses recueils était accueilli par des camions de silence. Aussi cette invisibilité a-t-elle fini par intégrer son écriture, qui se présente ici débarrassée de toute prétention, sinon celle d'être, tout simplement. C'est une réussite. Son essai est absolument décomplexé, coule de source, touche à l'essentiel. Le poète se penche sur le sort du monde à l'heure des catastrophes naturelles, faisant du pick-up la métaphore de notre existence vouée à la consommation et aux fantasmes de liberté et de pureté alors que les forêts brûlent, que la nature se dérègle. Il s'interroge sur la place de la poésie aujourd'hui, sur son pouvoir à la fois dérisoire et miraculeux. Il y a plein de passages que j'aimerais citer parce que Côté a le sens de la formule, mais je vais vous laisser le plaisir de le découvrir vous-mêmes. Un essai admirable, authentique, mémorable.
Ce poète m'émeut particulièrement et je ne sais trop pourquoi. Peut-être qu'il me ramène au nord, à certains ciels, au lichen. Long poème narratif à la limite de l'essai. Côté parle de routes et d'horizons, de la mort du dernier caribou forestier, des éternités que nous portons en nous et bien sûr de pickups. Serge Bouchard aurait apprécié. "Peut-être que les éleveurs de pickups sont aussi des allumeurs d'étoiles" sur leurs longs chemins à la rencontre des mystères. Il cloue au passage la fonderie Horn et un certain ministre chasseur de faisans, ce qui n'est jamais sans me faire plaisir.
"La bienveillance ne roule pas sur des piles au lithium."
C'est sur un ton mordant que cet essai poétique fait aussi office de critique et se sont tous ces éléments qui ont ravi mon petit coeur de cynique. C'est furieusement ironique, c'est punché à souhait, c'est donc très drôle mais on se désole aussi de ce que le poète dénonce.
"La catastrophe est humaine et en cela, en cela uniquement, elle devient amorale. Nous devrions cesser de la croire naturelle."