"Je sais que je suis raciste, peut-être même envers plusieurs groupes. Je le regrette; je préférerais dire que je ne suis pas d'accord avec certains groupes et, pourtant, il m'arrive d'avoir des accès jubilatoires quand des ennuis arrivent à un des groupes vis-à-vis desquels je me considère raciste. Je sais aussi que je ne voterais jamais pour un parti, nationaliste par exemple, qui aurait le moindre relent raciste. Je suis contre le racisme. Je sais encore que je ne suis pas excentrique; je me considère dans la moyenne des gens. Je suis également un scientifique et non un rêveur. Mes convictions que le racisme est quasi universel sont donc basées sur une interprétation de recherches fiables et cohérentes. Cette interprétation n'est pas farfelue, même si nombre de collègues ne l'acceptent pas publiquement.
J'écris ce livre avec la conviction que les conséquences les plus néfastes du racisme disparaîtront ou diminueront si l'on accepte tout d'abord ce côté nauséabond de notre personne. Se battre contre ce que l'on ignore ou occulte est totalement vain. Améliorer ses faiblesses commande qu'à tout le moins on soit conscient de ses déficiences."
Jacques-Philippe Leyens, psychologue et professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, est connu pour ses travaux sur les stéréotypes, les préjugés et la discrimination. Avec ce livre publié aux éditions Mardaga, il nous propose une plongée dans la psychologie des racismes ordinaires.
L’ouvrage, bien que relativement court (moins de 200 pages), s’avère dense et théorique. Structuré en sept chapitres, il aborde des thématiques variées : les formes de racisme, leurs origines, l’usage des stéréotypes et leurs conséquences, et plus globalement, les mécanismes fondamentaux de la discrimination. Leyens élargit la notion de racisme au-delà de la question des races, incluant sexisme, homophobie et tout ce qui relève des stéréotypes discriminatoires. Cette approche globale est enrichissante, bien qu’elle puisse déconcerter un lecteur s’attendant à un essai plus centré sur le racisme lié à la couleur de peau ou à l’origine.
Ce qui m’a marqué dans cet essai, c’est la richesse des sources citées : Leyens s’appuie sur de nombreuses données statistiques et références sociologiques, ce qui donne au texte une base solide et pousse à la réflexion. J’ai particulièrement apprécié la partie consacrée au port du voile, où l’auteur adopte une position nuancée et bienveillante. Ce passage m’a semblé à la fois pertinent et rafraîchissant.
Cependant, la lecture n’a pas été fluide pour moi. La plume de l’auteur est assez lourde, et le texte souffre parfois de longueurs qui alourdissent le propos. Malgré quelques passages captivants et de nouvelles perspectives sur le sujet, j’ai trouvé l’ensemble un peu trop théorique et moins accessible que je ne l’espérais. Mon attente d’un essai plus orienté sur le racisme “classique” a également influencé mon ressenti : je suis restée légèrement sur ma faim.
En conclusion, Sommes-nous tous racistes ? est un essai intéressant pour ceux qui souhaitent comprendre les racines des discriminations et leurs manifestations multiples. Si la richesse des sources et des concepts est indéniable, le style dense et l’approche très générale m’ont laissé un sentiment mitigé. Une lecture enrichissante, mais pas totalement convaincante pour moi.