Le voilà, notre avenir, mon trésor. La vie sans amour. Tu prétends aimer nos petites escapades et tu ne cherches pas à savoir ce que moi j’en pense. Crois-tu que c’est cela, la définition de l’amour ? Je vais te dire. Non, la vraie définition de l’amour ne se résume pas de façon exclusive aux histoires de fesses, celles-ci sont un repaire pour celles et ceux qui n’y connaissent pas grand chose, en vérité, et qui dépourvus de prudence font de la surenchère de chair pour se donner de l’importance. Ce n’est pas non plus une question d’agressivité, de domination. L’amour, c’est plus que cela. C’est une vie faite de caresses et de voyages intérieurs, c’est cimenter des souvenirs qui ne se désaxent pas, c’est aller au bal de la tendresse comme les premières fois, c’est se délecter d’une présence alors qu’elle se trouve dans la pièce d’à côté et se sentir seule au monde lorsqu’elle est en voyage d’affaire. C’est avoir un tel degré d’intimité que laisser la porte des toilettes ouverte ou rire à une blague entendue des dizaines de fois ne fait pas honte, c’est l’affection qui gagne et la convulsion qui étourdit, c’est transmettre l’abondance et varier les jeux de séduction, c’est ne pas brouiller les pistes et progresser sur la même route. C’est refouler ses larmes quand l’autre nous manque. C’est attendre un coup de fil qui tarde à arriver. C’est ne pas mettre dans des cases ou des cages, c’est assumer le déclin de son partenaire, ses rides apparentes et son esprit fuyant. C’est oublier les imperfections, se convertir avec plaisir à une cause différente de la sienne, c’est avoir un rôle fort et être possédé par le divin, c’est devenir un virtuose de positivité, un génie d’ambition, et invariable le désir de plaire, invariable le besoin de ressentir que c’est réciproque. Tu vois, trésor, l’amour n’est pas qu’une question de fesses et d’agressivité. Toi tu me présentes un chef d’œuvre de mises en scène. Que tu n’aies pas la même vision de l’amour que moi, je peux le concevoir, c’est vrai. Mais c’est trop radical, de ton côté. Qui accepterait l’initiation profane, barbare et cynique que tu proposes ? Ta vision de l’amour n’a aucun attrait, aucun esprit, elle est déraisonnable et violente, et de surcroît tu me présentes la chose telle une évidence, une partie importante de toi, un remède à mes désobéissances. Non, ce n’est pas ça, l’amour. L’amour, c’est la propagation du bien qui ne s’expulse pas. Rien ne stoppe, rien ne meurt. Si ça meurt, alors ce n’est pas de l’amour.