Le Pays sans chapeau, c'est le pays où on se rend tête nue, c'est à dire, le cercueil, la mort.
La mort, la vie : deux états proches et qui presque s'entremêlent à Port-au-Prince, Haïti. Voilà ce qui frappe l'auteur lorsqu'il revient au pays après vingt ans d'exil à Montréal, entre temps devenu un auteur reconnu. Bien sûr, il le savait déjà, il l'avait plutôt, comme tout humain originaire de ce côté de l'île - l'autre moitié étant la République Dominicaine - même parti loin, où il était juste un Noir parmi d'autre, lui, le Prince de sa mère, le sait.
Ce sont les Caraïbes. C'est Haïti, le pays des zombis et des dieux vaudous. On murmure - non, c'est vrai, ça a toujours été - que le vieux Lucrèce peut faire "passer" la frontière pour un voyage de l'autre côté - retour vers la vie garanti.
Il se raconte aussi qu'à la pointe du pays, les habitants ne mangent qu'une fois par trimestre, et que ce mystère intéresserait les États-Unis. Normalité haïtienne qui émeut à peine même les scientifiques et les érudits. Les vivants, les morts, ceux dont on ne peut pas savoir sur quelle rive ils sont. Le pays est surpeuplé de vivants, et les morts les entourent et les accompagnent en prenant moins de place. Un enfant mort n'existe-t-il pas toujours pour sa mère ?
A peine de retour au pays de sa jeunesse, Dany Leferrière est chez lui, et le pays est en lui.
La langue.
Le son d'une mangue qui se décroche de l'arbre qui l'ombrage.
L'odeur du café des Palmes.
La noirceur intense de certains teints de peau.
Le bruissement humain qui ne s'estompe que quelques heures par nuit.
L'odeur (boue noire, excréments, déchets, sueurs, cadavres d'animaux).
Sa mère, la tante Renée, la grand-mère décédée, ses meilleures amis.
Et aussi, la pauvreté extrême, la violence partout, le soleil qui brûle, la surpopulation exaspérante.
Un beau livre, écrit dans une belle langue française, où chaque chapitre porte en insert un proverbe en créole.