Lucie, huit ans, observe avec terreur les femmes de sa vie se transformer, en proie à une mystérieuse Furie. Il y a sa soeur Suzanne et sa maudite adolescence ; sa grand-mère, la Vieille Fatigante, qui les torture à coup de pâté chinois et de sandwichs au baloney ; et surtout sa mère, qui a cherché en vain tant d’échappatoires à son mal-être et qui, peut-être, finira par s’en aller ? Agitée par une anxiété constante qui l’empêche de dormir, Lucie essaie de comprendre ce qui se passe autour d’elle et de sauver ce qui peut l’être de sa vie. Denise n’avait pas toujours été cette mère-là, celle qui s’impatientait, qui ne prenait plaisir à rien, qui était imprévisible. Il n’y avait pas toujours eu la Furie en elle. À une autre époque, Denise avait cru qu’il suffisait d’y mettre du sien, de se lever chaque matin sans se poser de question, de juste faire ce qu’elle avait à faire, jour après jour après jour pour repousser la noirceur, et de s’efforcer de faire jaillir des étincelles pour entretenir le feu qui brûlait en elle, car c’était au milieu de ce feu que naîtrait quelque chose qui ressemblerait au bonheur.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre de ce roman. Finalement, j'ai beaucoup aimé et ça m'a parlé pas mal plus que je ne voudrais l'admettre. Le titre prend tout son sens avec le dernier chapitre.
On navigue un peu dans l'étrange par moments, mais tout finit par s'expliquer. C'est criant de vérité.
« Tant de fois, elle a vu sa mère, sa grand-mère et sa belle-mère debout devant une fenêtre à regarder dehors. Maintenant, elle comprend. Elles s'échappaient. C'est ça qu'elles faisaient. Elles s'échappaient dans le souvenir ou dans le rêve, elles s'imaginaient une autre vie, elles redevenaient des petites filles qui s'inventent un avenir, celui qu'elles auraient pu avoir si tout n'avait pas déraillé, celui qu'elles auraient dû avoir si seulement les choses s'étaient passées comme on le leur avait promis, qu'il n'y avait pas eu le mirage de l'amour, les enfants imprévus, les déménagements, le corps qui change, les problèmes d'argent, l'impuissance, le temps qui passe, l'ennui, la tristesse, les deuils, les pertes, le découragement, les empêchements, le malheur. C'était ça qu'elles faisaient. Elles s'échappaient pour calmer la Furie.
Parce que s'il n'y a pas d'échappatoire, la Furie se creuse un trou au creux d'une profonde fatigue, et elle commence à s'enflammer, elle devient dangereuse. Pour la faire taire, il reste le rêve, et quand il n'y plus le rêve, il y a la fuite. Ou la folie. »
J'ai adoré ce livre ! J'attends impatiemment un nouveau livre de Madeleine Allard. J'ai adoré son style, j'avais l'impression d'être dans une image embrouillée.