Le roman commence par "Mais" sans que l’on comprenne très bien ce qui s’est passé avant, comme s’il en manquait le début. Alors on imagine. Car les oublis ou les ellipses sont nombreux dans cette histoire autour d’un clan familial. On y croise d’abord Diana, 50 ans, dentiste et veuve depuis un an, une très belle femme dont le mari, Patrick, est mort violemment dans ses bras. Depuis elle tente de se reconstruire et vit dans une sorte de colocation avec Marc, son beau-frère, qui traine ses problèmes relationnels, mais qui refuse de la laisser, car elle a fait plusieurs tentatives de suicide. Le livre commence quand Marc trouve sur la plage trois paquets de drogue qu’il va chercher à revendre. Il va contacter Joël, le frère de Diana avec qui elle entretient des relations très tendues. Et puis, il y a aussi Brigitte, la femme de Joël, mais pour combien de temps. Et d’autres encore. Dans son style particulier, Philippe Djian place ainsi ses personnages dans des situations compliquées où l’amour et l’amitié y côtoient la trahison et la violence. Il dresse leur portrait, à la fois attachant et ambigu, fascinant et ambivalent. Diana est par exemple une femme mûre, émouvante, mais aussi énigmatique et donc envoutante. En arrière-plan du récit, les considérations climatiques sont très présentes. L’histoire se déroule lors d'une arrière-saison sombre, ventée et pluvieuse, avec une lumière qu’il faut plutôt aller chercher chez les personnages. L’auteur est fidèle à ce qu’il sait faire, l’écriture est fluide, elle glisse d’une scène à l’autre, avec le minimum de ponctuation, comme une mélodie qu’il faut tenir. Il ne dévoile pas tout, les zones d’ombres sont nombreuses à l’image de son écriture elliptique. La violence est là, mais on n’en est pas toujours témoin, on découvre des corps, mais on n’a pas assisté aux meurtres. Pour l’amour ou le titre, c’est pareil. Il reste de la place pour l’imagination du lecteur.