À partir du postulat “Pourquoi vivre ne suffit-il pas à notre bonheur ?”, la mathématique théâtrale de Wajdi Mouawad, somptueuse, tragique, géopoétique et percutante, nous entraîne dans le carrousel à grand tournoiement des vies possibles de Talyani Waqar Malik : neurochirurgien italien, chauffeur de taxi parisien, peintre québécois, condamné à mort texan, boutiquier de jeans libanais. Chacune de ces incarnations voit son destin perturbé et accéléré au cours de la semaine suivant l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, soit quarante-deux ans après l’exil des quatre d’entre eux qui ont fui la guerre civile en 1978.
Né au Liban le 16 octobre 1968, Wajdi Mouawad est contraint d’abandonner sa terre natale à l’âge de huit ans, pour cause de guerre civile. Débute une période d’exil qui le conduit d’abord avec sa famille à Paris. Une patrie d’adoption qu’il doit à son tour quitter en 1983, l’État lui refusant les papiers nécessaires à son maintien sur le territoire. De l’Hexagone, il rejoint alors le Québec.
C’est là qu’il fait ses études et obtient en 1991 le diplôme en interprétation de l’École nationale de théâtre du Canada à Montréal. Il codirige aussitôt avec la comédienne Isabelle Leblanc sa première compagnie, Théâtre Ô Parleur. En 2000, il est sollicité pour prendre la direction artistique du Théâtre de Quat’Sous à Montréal pendant quatre saisons. Il crée cinq ans plus tard les compagnies de création Abé Carré Cé Carré avec Emmanuel Schwartz au Québec et Au Carré de l’Hypoténuse en France.
Depuis septembre 2007, il est directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts d’Ottawa et parallèlement s’associe avec sa compagnie française en janvier 2008 à l'Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie.
Il est en 2009 l’artiste associé du Festival d’Avignon, où il avait présenté Littoral dix ans auparavant et Seuls en 2008.
Spectacles Comédien de formation, il joue sous la direction d’artistes comme Brigitte Haentjens dans Caligula d’Albert Camus 1993, Dominic Champagne dans Cabaret Neiges noires 1992 ou Daniel Roussel dans Les Chaises d’Eugène Ionesco 1992, mais interprète aussi des rôles dans sept de ses propres spectacles.
Sa carrière de metteur en scène s’amorce au sein du Théâtre Ô Parleur, avec deux pièces de son frère Naji Mouawad : Al Malja 1991 et L’Exil 1992. Son parcours lui donne à explorer aussi d’autres univers : Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, Macbeth de Shakespeare 1992, Tu ne violeras pas de Edna Mazia 1995, Trainspotting de Irvine Welsh 1998, Œdipe Roi de Sophocle 1998, Disco Pigs de Enda Walsh 1999, Les Troyennes d’Euripide 1999, Lulu le chant souterrain de Frank Wedekind 2000, Reading Hebron de Jason Sherman 2000, Le Mouton et la baleine de Ahmed Ghazali 2001, Six personnages en quête d’auteur de Pirandello 2001, Manuscrit retrouvé à Saragosse opéra de Alexis Nouss 2001, Les trois Sœurs de Tchekhov 2002, Ma mère chien de Louise Bombardier 2005.
C’est à la même époque du Théâtre Ô Parleur qu’il commence à signer les mises en scène de ses propres textes : Partie de cache-cache entre deux Tchécoslovaques au début du siècle 1991, Journée de noces chez les Cromagnons 1994 et Willy Protagoras enfermé dans les toilettes 1998, puis Ce n’est pas de la manière qu’on se l’imagine que Claude et Jacqueline se sont rencontrés coécrit avec Estelle Clareton 2000. Il écrit également un récit pour enfants Pacamambo, un roman Visage retrouvé, ainsi que des entretiens avec André Brassard : Je suis le méchant !
Il monte Littoral 1997 (qu’il adapte et réalise au cinéma en 2005), puis Rêves 2000, Incendies 2003 (qu’il recrée en russe au Théâtre Et Cetera de Moscou) et Forêts 2006. En 2008, il écrit, met en scène et interprète Seuls.
En 2009, il se consacre au quatuor Le sang des promesses. Celui-ci rassemble Littoral dans une version recréée la même année, Incendies, Forêts et le spectacle Ciels.
En 2010, il joue sous la direction de Stanislas Nordey dans Les Justes d'Albert Camus.
Une pièce captivante, pleine de poésie, dans laquelle Wajdi Mouawad explore les cinq destins parallèles de Talyani (son alter ego?) entre le Liban, la France, l'Italie, le Québec et les Etats-Unis. Magnifique, spectaculaire. Ça m'a donné très envie de découvrir les autres œuvres de l'auteur, en livre ou sur scène.
Il n’y a pas de vocabulaire adapté à l’excellence de cette pièce. J’avais déjà été complètement abasourdie et étourdie par sa perfection en la voyant représentée. Et en relisant j’ai revu défiler devant moi les différents vies de Talyani Waqar Malik. Cette pièce est tout simplement sublime autant à lire qu’à voir. Les sujets abordés sont tellement importants et actuels : peine de mort, euthanasie, relations familiales et amoureuses, guerre, exil… Le tout dans un contexte géopolitique et mathématique extraordinaire. Merci monsieur C de nous avoir permis de découvrir monsieur Mouawad et sa plume
Marathon émotionnel dans lequel on est plongé dans une véritable spirale uchronique, et où le lecteur est appelé à réfléchir sur les détours de l'existence et les choix qui la déterminent. L'auteur manipule le temps, l'espace et les possibles explorant ces instants charnières qui auraient pu mener à une réalité tout autre. Cette exploration d'un "tout" multiple qui unit les êtres et leurs destinées et où l'effet papillon devient un moteur de la tragédie, est absolument fascinante.
random thoughts (non categorised). j'ai aimé: l'introduction ("l'antichambre de l'écriture") - beaucoup; nos conversations animées avec marie provoquées par des segments de la pièce (par ex le droit à l'euthanasie); ne pas réussir à terminer de lire la pièce de théâtre avant de la voir jouée sur scène à l'akademietheater (12.10.25), ce qui nous a rendu encore plus accros à l'histoire, et de faire signer mon bouquin à certains comédiens au bar du théâtre après la représentation. comme d'habitude je ne comprends rien aux monologues mathématiques de wajdi. je serais très curieuse de voir comment lui a décidé de mettre sa propre pièce en scène (6h! contre 3h30 à l'akademietheater) et de le voir jouer ses alter ego. j'ai trouvé la pièce crue et vulgaire par moment (mais rien comparé à copi) et ai été très étonnée de voir comment elle a été traduite en allemand et mise en scène pour un public viennois - j'ai perso trouvé que la vulgarité avait été pour la plupart effacée ou lissée. première fois qu'on va voir une pièce qu'on lit/a lue être jouée - so much fun!
Acte I okay Acte II okay bof (jours de la semaine je les ais plus mais comme il les présente à la colline) mais l’Acte III éclaire toute la pièce et révèle l’intelligence et la luminosité des textes. J’ai beaucoup apprécié ce rapport aux sciences mathématiques. D’autres ont vu une sorte de saupoudrage … moi j’y vois juste une critique de la philosophie moderne de la causalité. La vision des relations sociales mais plus largement de la vie qu’il propose à travers cette pièce est très nourrissante en ces temps sombres. Dès que l’obscurité revient on tombe dans le binaire, on nous noie dedans plutôt et ici, Wajdi Mouawad offre ses réflexions nuancées et complexes qui donnent envie de lutter contre la radicalité aveugle. Le choix de l’effet papillon comme ligne rouge ne m’a pas bouleversé, je me suis d’ailleurs d’abord dit que c’était très peu original et un peu autocentré mais finalement, c’est bien mené et fascinant. Néanmoins, qqls répliques très gagas et/ou simplettes qui n’étaient pas obligatoires à mon goût !
J’ai trop aimé cette lecture, les pièces de Wajdi sont tellement riches, l’écriture est fluide et chaque phrase a son importance. Et même si le concept n’est pas très original, l’auteur le tourne d’une manière tellement belle, déchirante et singulière.
Il nous dépeint les différentes directions qu’aurait pu prendre la vie de Talyani, un enfant libanais dont les parents décident ou non de quitter le pays à cause de la guerre pour aller s’installer à Paris ou à Rome. Il y a des milliers de destins possibles qui attendent le garçon mais ils sont tous liés par la relation qu’il entretient avec son pays et ses racines, ils racontent la même histoire. Très beau
« La couleur verte. Mais que ce soit Paris ou Rome quelle importance ? Pour se rendre du point A au point B un électron emprunte simultanément tous les chemins possibles. Tu emprunteras aussi simultanément tous les chemins mais souviens toi : peu importent les chemins ils te conduiront tous au point B. »
« Notre vie au Liban est un enfer mais pour rien au monde je ne l’échangerais contre le paradis si, pour vous avoir il faut vivre en enfer. Aida, le miracle, ce n’est pas que je ne sois pas mort, le miracle c’est notre famille existe. »
Je recommande cette pièce à 100%. J’adorerai la voir en vrai maintenant
update : Je viens d’aller voir la pièce et je suis encore plus amoureuse de cette écriture, de ces répliques et de cette poésie dont Wajdi Mouawad fait preuve 😭 un peu bouleversée je dois dire, un vrai coup de cœur 🩷
Mwawad explore les « peut-être » des vies, les fantômes de ce qui aurait pu être si un autre choix avait été fait. Tellement de parcours différents qui finissent pas se confondre les uns dans les autres, on se sait plus les différencier, les personnages sont tous affreusement humains, et certains immanquablement façonnés par les atrocités de la guerre.
"la vie est une chienne mais dans l'absolue immensité du cosmos et jusqu'à ce qu'il s'abîme dans l'abysse des lumières il n'y a que toi alors sois fort ne te plaint de rien et sois responsable de ce que tu ressens"
À travers quatre réalités chimériques, facettes disjointes d'une même vie, Mouawad nous bouleverse par son exploration du "peut-être".
Je ne peux pas attendre pour voir la pièce prendre vie au Théâtre de la Colline :)
Il y a ma vie avant avoir vu cette pièce, et après avoir vu cette pièce. Je ne suis plus la même. Un cataclysme qui m’a vidé de toutes mes larmes et fais sourire jusqu’aux étoiles. Lisez le
J’ai trouvé le rythme parfois un peu déséquilibré mais c’est une lecture agréable. J’aurais aimé voir la pièce plutôt que de la lire, je pense que j’aurais été davantage touchée.
Honnêtement, il s’agit d'un chef-d’œuvre ! Cette pièce est d'une grande densité conceptuelle et d'une grande intensité émotionnelle. Je ne suis jamais déçue par Mouawad !