J'ai beaucoup lu "l'implacable" pendant ma jeunesse, sans jamais avoir réussi à l'époque à mettre la main sur les premiers volets de la série, publiés au début des années 70. (J'ai du en lire une bonne quarantaine sur les 150 que compte la série).
Avec le recul ce n'est pas plus mal, ce premier volet des aventures de Remo l'implacable ne cassant pas trois pattes à un canard.
Comme souvent avec les premiers volets d'une série prise en cours de route, il est à la fois surprenant et décevant.
Surprenant car on passe au moins la moitié du roman du côté des "méchants" du livre, sans que cela ne suscite d'intérêt particulier, leur profil n'ayant rien d'exceptionnel (ce sont de banals tueurs de la mafia.) Dans la suite de la série, les "méchants" seront bien plus exotiques ou originaux (de Fu Manchu à Raspoutine, en passant par la déesse Kali, des cyborgs, des Maîtres Vampires, et j'en passe...)
J'ai également été surpris par la relative bonne qualité de l'écriture, par la personnalité de Remo (qui n'a rien d'un volontaire pour devenir une machine à tuer pour une agence secrète) et par la trop courte apparition du maître de Remo, Chiun. Le vieillard Coréen apparait pour une formation express de ce qui sera par la suite la base de tous les autres livres : une maitrise totalement fantasmée, mi-débile mi-burlesque, des arts martiaux. (Remo au fur et à mesure de la série deviendra un quasi super héros.) Chiun sera par la suite le moteur comique de la série avec des ressorts comme la détestation absolue de la culture américaine tout en étant accro aux Soaps Opéra, par exemple.
Mais j'ai surtout été déçu par la platitude de ce premier volet, son côté roman d'espionnage raté, ses méchants qui ne font pas peur du tout, ses scènes d'actions peu convaincantes.
Sa misogynie revendiquée ("les femmes sont comme les vaches : elles sentent venir la pluie et le danger") pourra surprendre, mais il ne faut pas s'y arrêter, la série étant très provocatrice, très satirique, c'est du second degré pour l'essentiel.
On peut passer à côté de cet aspect comique dans ce premier volet : la série qui ressemble ici à un avatar de James Bond / SAS deviendra très rapidement une série teintée de fantastique, très amusante, avec un maître zen (le fameux Chiun) hilarant et un Remo invincible, accomplissant les exploits les plus improbables qui soient (sauter d'un avion en plein vol sans parachute par exemple).
Bref, un premier volet qui vaut essentiellement pour son côté historique, pour les lecteurs ponctuels de la série dans les années 80 ou 90 curieux de découvrir ses prémisses.
Mais il ne me semble pas que cela puisse avoir le moindre intérêt pour les autres (ce premier volume en tout cas).
Je remercie cependant les éditions Milady de m'avoir permis cette découverte.