C’est l’histoire d’un film qui ne s’est pas fait. C’est l’histoire de trois artistes, Hollis Jeffcoat, Joan Mitchell et Jean Paul Riopelle, dont les vies ont été entremêlées. C’est l’histoire d’un accident. C’est l’histoire de la place qu’occupent les femmes dans le monde de l’art. C’est l’histoire de mon amour pour une artiste, Hollis Jeffcoat, sur qui j’ai essayé d’écrire un film. M. D.
Martine Delvaux fait le récit d’une enquête passionnée, qui s’ouvre dans le Paris des années 1970, sur une jeune peintre américaine inconnue, à l’ombre de deux artistes célèbres.
Martine Delvaux est née en 1968. Romancière et essayiste, elle a publié à ce jour chez Héliotrope trois romans remarqués : C’est quand le bonheur ? (2007), Rose amer (2009) et Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage (2012).
J’ai beaucoup apprécié le livre malgré certains éléments agaçants. La plupart des éléments agaçants dans la structure me semblent paradoxalement aussi porter en eux les raisons pour lesquelles j’ai pourtant aimé le lire (j’aime beaucoup ce style de roman qui erre autour d’un sujet, qui cherche sa forme...). L’élément le plus critique par contre c’est l’absence de l’œuvre de la principale intéressée dans le livre que ce soit en image ou en description. Outre les éléments biographiques de sa vie qu’est-ce qui touche Delveaux à s’intéresser à elle? Elle semble exister comme sujet seulement parce qu’elle s’est retrouvée entre deux géants de la peinture, mais pourtant c’est pour restituer son histoire à elle que Delvaux écrit son livre. Le travail de restitution semble avoir été fait mais l’autrice semble avoir gardé l’histoire de la peintre pour elle et simplement raconté tout ce qu’il y avait autour. On en apprend très peu sur Hollis Jeffcoat et pratiquement rien sur son œuvre. On aurait aimé rencontrer la peintre à travers son œuvre ou au moins à travers le regard de l’autrice sur son œuvre, mais on reste très largement sur notre faim.
Thème intéressant, mais la structure en fait une lecture difficile. Beaucoup de répétitions, beaucoup de concepts qui sont "name-dropped" de manière superficielle (colonialisme, antispécisme, environnement). Je comprends l'intérêt du rapport fond-forme, toutefois je ne l'ai pas trouvé assez fort pour compenser son impact sur la lisibilité du texte.
Une recherche-création qui mériterait d'être raffinée.
Un récit d'une sensibilité impressionnante, où Delvaux tente de redonner sa place à une grand oubliée de l'histoire de l'art. Une histoire d'amour qui n'en est pas une, un récit historique qui n'en est pas un, un amalgame de genres et de mots qui nous donne à nous aussi, envie d'aller à la rencontre de Hollis.
le récit a une structure libre (sans chapitres, un seul flux) qui le rend agréable à prendre et reprendre à son propre rythme. cela collabore avec le contenu à ce ton très cherchant qui fait de ce texte un hybride entre roman et documentaire. je trouve que l'on ressent que l'autrice est également essayiste dans sa façon de relier l'anecdote à une échelle plus étendue. un bémol serait la métaphore des fils et du tissage, éléments qui, je trouve, reviennent un peu trop souvent sous une forme plutôt littérale.
J’ai beaucoup pensé à comment j’allais parler de ce livre après sa lecture. J’ai l’impression d’en avoir beaucoup appris, en même temps c’était si dense que je ne sais pas ce que j’ai vraiment été capable de retenir. Le regard porté sur Hollis est touchant et sensible et on en apprend relativement beaucoup sur sa vie, mais toujours avec un sentiment qu’on ne la connaît pas réellement. Cependant, j’ai l’impression qu’elle n’échappe à sa destinée : puisque le roman est écrit au « tu », j’oubliais parfois son nom, alors que les noms de Joan et Jean-Paul sont certainement écrits plus d’une centaine de fois dans le roman. Est-ce que ce jeu était voulu ? Hollis arrive-t-elle même dans ce livre à occuper la place qui devrait lui revenir ?
Il y a du bon, mais j’ai eu l’impression de lire une ébauche, une collection de notes qui se recoupent, un travail inachevé. Je regrette de ne pas pouvoir lire une version plus éditée de ce texte.
Qui est Hollis Jeffcoat? La gardienne des chiens de Joan Mitchell? L’ancienne amante de Jean Paul Riopelle?
Martine Delvaux refuse ces catégorisations qu’elle considère comme réductrices. « [Ce livre,] c’est l’histoire d’un film qui ne s’est pas écrit et qui fait place à un livre qui n’est pas une biographie, un récit qui n’est pas tout à fait celui de ta vie. » Parce que comment saisir la vie d’une inconnue, sinon par tenter d’en retracer son atmosphère?
Ça aurait pu être un film est un livre d’amours — au pluriel — entre Jeffcoat et les deux géants de la peinture d’un côté, puis entre l’écrivaine et son sujet de l’autre. Verbatim, entrevues, rencontres, œuvres, clichés, biographies, l’enquête de Delvaux s’est échelonnée sur quatre années. C’est à coup d’éclats, de patience et d’affection qu’elle parvient à illuminer l’existence de la peintre américaine, puis celles de Joan, de Jean Paul et des personnes qui gravitaient autour d’elleux. Si Jeffcoat apparaît au début comme une abstraction, une ombre difficile à saisir, Delvaux nous dévoile peu à peu la peintre qu’elle était, la femme-artiste que l’histoire a réduite, effacée, presque oubliée.
Et en parallèle au récit, par effet de résonnance, une deuxième quête s’écrit, celle des artistes (au féminin), celle des femmes pour qui l’art détrône les hommes, celle des peintres qu’on a gommées de l’histoire de l’art.
Le nouveau récit de Delvaux se lit comme une lettre d’amour, comme le récit d’une quête à jamais complètement résoluble, à l’image d’une toile abstraite dans laquelle nous parvenons à déceler formes, couleurs et textures et qui, d’une manière dont seulement l’art le permet, nous amène à toucher au noyau.
« J’ai du mal à déterminer l’ordre des choses, à établir une ligne du temps, un scène-à-scène fidèle au réel. Les dates se perdent, la chronologie est floue. »
L’angle pris par l’autrice dans ce livre est intéressant et différent. Comment a-t-on pu réduire la vie et l’œuvre d’une artiste a une simple anecdote?
Trop de mises en abime qui nous ramènent à la recherche. On dirait que ce n’est pas un livre sur Hollis Jeffcoat, mais plutôt un livre sur comment commencer à écrire un livre sur Hollis Jeffcoat.
Voici l’histoire d’un film qui ne s’est pas fait, pour lequel Martine Delvaux aurait pu écrire un scénario sur la vie d’Hollis Jeffcoat, peintre américaine ayant vécu dans l’ombre des peintres Joan Mitchell et Jean Paul Riopelle une partie de sa vie. Ce livre est donc le résultat des recherches de l’autrice, qui lui servent à découvrir la vie que Jeffcoat a vécue et à imaginer les interactions entre elle et les autres personnages importants de sa vie. Cette peintre passionnée et amoureuse a contribué à la fin de l’union de Mitchell et Riopelle, mais Delvaux va bien au-delà de cela afin de donner une voix à une grande dame qui a été passablement ignorée dans les biographies des deux peintres (alors qu’elle a joué un rôle essentiel tout au long de leur vie).
Sans être une biographie traditionnelle, cette enquête fouillée de Martine Delvaux permet de mieux comprendre les dynamiques qui rythmaient la vie et la façon de penser d’Hollis, tout en découvrant les liens entre son œuvre et beaucoup de femmes artistes du XXe siècle, pour lesquelles Martine Delvaux éprouve une grande affection et une grande admiration. Un superbe livre!
Après avoir lu 'Thelma, Louise et moi', un réalisateur de cinéma propose à Martine Delvaux d'écrire un scénario sur le couple d'artiste peintre Jean Paul Riopelle et Joan Mitchell. Voyant qu’elle hésite, il ajoute : « Il y avait quelqu’un d’autre, aussi… Une jeune peintre. Elle vivait avec Mitchell, puis elle est partie avec Riopelle… On dit que c’est à cause d’elle que leur grande histoire d’amour s’est terminée. » Delvaux commente aussitôt, s’adressant à Hollis Jeffcoat : « C’est à ce moment-là, quand il évoque le rôle que tu as joué, toi, celle qui fréquente les marges, le personnage secondaire, que ça se met à vibrer. Tu es l’appât. »
Le film ne se fera pas - sans que Delvaux dévoile pourquoi - mais la recherche, la réflexion et l'écriture, elles, s'étaleront sur plusieurs années pour donner ce récit sous forme de lettre et de fragments. Cela dit, le livre se construit surtout sur un centre absent - la figure d'Hollis ainsi que son oeuvre picturale - autour duquel l'autrice va tourner sans jamais véritablement s'y plonger, sans doute par une sorte de déférence amoureuse. Car ce n'est pas tant l'art qui semble fasciner Delvaux (bien que ce ne soit pas exclu) que le triangle amoureux ainsi que l'amitié-amoureuse qui unissait Hollis et Mitchell.
En fait, il y a de nombreuses lignes de fuite dans ce récit, et si cela vient brusquer les attentes du lecteurs, on sait aussi que c'est exactement ce que souhaite l'autrice, toujours consciente des écueils qu'elle rencontre et souhaitant les retourner dans tous les sens. À cet égard, la critique d'Anne-Frédérique Dolbec dans Le Devoir est très éclairante:
"Lire Martine Delvaux, c’est assister à l’écriture en train de se faire, à la construction et aux mouvements d’une pensée. Tout y est : les émotions, les doutes, les impulsions, interrogées, disséquées, intellectualisées dans un va-et-vient aussi cérébral que sensoriel.
Si la répétition peut sembler agaçante à la première lecture, elle s’avère un outil d’affinage essentiel dans cette quête dont la conclusion demeure en suspens, une façon d’accentuer la valeur introspective de l’obsession. Comme l’artiste qui prend un pas de recul pour analyser son tableau et mieux y revenir, l’écrivaine retourne sans cesse sur ses pas pour marcher dans les traces des abstractionnistes et ainsi, dans les mots de Joan Mitchell, « éliminer les clichés, enlever tout ce qu’il y a de trop », et, atteindre, autant que faire se peut, une forme d’exactitude."
Magnifique récit d'une vie oubliée, à la manière des peintres expressionnistes : des éclats de textes, un peu pêle-mêle, un peu répétitif. C'est flou mais c'est vif. C'est tangible mais ce ne l'est pas à la fois. J'ai beaucoup apprécié me plonger dans cette époque artistique et cette vie intriguante.
La vie de Hollis a été effacée par celle de Mitchell et Riopelle, par le mythe de ce couple. La volonté de l'auteure était de lui redonner sa place tant méritée. Cependant, Martine Delvaux semble contredire légèrement sa volonté initiale. Elle laisse beaucoup de place à Joan et Jean Paul, et très peu à Hollis. Elle donne beaucoup de place à ses pensées et ses questionnements. Au final, est-il vraiment question de Hollis Jeffcoat dans ce récit?
Un peu décousu, se lit à la manière d'un fil de pensées. Questionnements très intéressants par moment, mais certains éléments sont seulement effleurés dans le texte, nous laissant sur notre faim. Beaucoup d'éléments se répètent, ce qui peut être charmant par moments mais lassant à d'autres.
À partir d’une posture féministe, l’autrice cherche à déterrer la vie méconnue de la peintre Hollis Jeffcoat. Ayant vécu dans l’ombre des deux peintres, Joan Mitchell et Jean Paul Riopelle, Jeffcoat a été oubliée par l’histoire de l’art, comme beaucoup de femmes artistes. Martine Delvaux se questionne également, à travers cette fiction librement inspirée de la vie de Jeffcoat, sur le milieu de l’art, et sur cette tendance à admirer le travail artistique des hommes et à oublier que les femmes ont, elles aussi, marqué l’histoire de l’art.
J’ai vraiment adoré, tout simplement parce que c’est un sujet qui m’interpelle énormément. L’oubli est un thème récurent des études féministes ; on cherche constamment à déterrer les femmes oubliées, disparues dans l’ombre des hommes. C’est également un roman qui se construit par petits fragments. Il n’y a pas de ligne directrice. C’est une enquête, une tentative de cerner et de comprendre la vie de cette peintre inconnue.
J’ai beaucoup aimé ce livre, j’ai même apprécié la structure. C’est parfois un essai,parfois un scénario, parfois un documentaire, une histoire, une critique, des réflexions. Chose étrange, je me suis attachée à Delvaux plus qu’à Jeffcoat. J’aurais bien voulu qu’elle élabore sur la peinture abstraite et le fait que c’est particulièrement subjectif. Les thèmes sont intéressants et peuvent se transposer sur toutes les sphères de notre vie , pas seulement l’art. C’est une lecture inspirante, qui nous permet de passer des moments avec des peintres passionnées et qui nous incite à réfléchir et même remettre en question ce qui est considéré comme « du génie ». Je recommande!
Un livre vraiment bien titré, qui résume tout à fait mon impression « d’œuvre inachevée », après l’avoir terminé. Si on le lit parce qu’on aime Riopelle et/ou Mitchell, on repasse par des faits/anecdotes connues de leurs histoires. Si on le lit pour vraiment découvrir Jeffcoat, on reste bizarrement sur sa faim. Peu d’information sur sa démarche, sur son univers artistique à elle…beaucoup d’histoires sur sa vie privée partagée avec ces deux grands. Bref, je me suis demandée si faire un livre avec toutes ses notes prises pour écrire un film, ça avait finalement été une bonne idée…
Martine Delvaux nous entraine dans une enquête sur Hollis Jeffcoat. C'est une histoire d'amour mais c'est aussi un questionnement sur la place des femmes dans l'histoire de l'art. Surtout celles qui ont eu le malheur (ou la chance?) d'évoluer dans l'ombre des monstres sacrés (dans ce cas-ci Riopelle). Delvaux ratisse large et tisse des liens avec la littérature, le cinéma. Avec sa vie à elle, aussi: Delvaux devient un personnage dans l'histoire de Jeffcoat. On a l'impression de la suivre partout où ses recherches la mène, jusqu'aux Keys. Un ouvrage vif, moderne, brillant.
Un livre à la structure étonnante, mais j’ai aimé être pleinement plongée dans les réflexions et les doutes de l’autrice. Une histoire emprise de féminisme et d’ouverture d’esprit sous couvert d’art et d’amour.
Peut-être que j’avais trop d’attente sur la découverte d’Hollis, mais j’ai été profondément déçue de l’histoire. Tellement d’éléments, de name drop, de concepts entremêlés sans jamais aller au fond des choses… et ô combien de questions sans réponse!!
Plusieurs beaux moments et quelques observations inspirantes, mais les trouver est un travail d’excavation dans un récit sans grande structure. On tire parfois trop l’élastique de la symbolique à mon goût. Quelques longueurs.
J'ai beaucoup aimé le concept et l'écriture pour faire la découverte de cette artiste, Hollis Jeffcoat, qui a partagé sa vie avec Riopelle et Mitchell.