Avant d'ouvrir ce livre, je n'avais jamais lu de Chick Lit de ma vie et je ne savais pas non plus qu'il y avait une différence entre ce style et la romance. En faisant un peu de recherche, j'ai lu que l'archétype du personnage féminin malaisant et maladroit étant assez fréquent dans la Chick Lit et quel ne fut pas mon soulagement de constater que le personnage de Marie-Louise ne plongeait pas dans cet archétype!
Après avoir fini son BAC à Québec, elle rentre chez ses parents au Saguenay pour le reste de l'année scolaire et est sur appel en espérant pouvoir décrocher quelques suppléances d'ici la fin de l'année. Rien qu'avec le titre du livre, on sait qu'il y en aura en masse et on sait aussi que ces suppléances seront riches en rebondissements, mais aussi en expérience positive (parce qu'il en faut bien et parce qu'il y en a dans le métier d'enseignant).
Nous allons retrouver d'ailleurs pas mal (presque) tous les profils d'élèves, d'enseignants, de secrétaires, de TES et de directions d'école qui feront vivre de l'angoisse à Marie-Louise ou la soulageront de ce fardeau que portent la plupart des jeunes enseignants : la remise en question de leur compétence et de leur professionnalisme.
À travers ce parcours, elle fera la rencontre de Mathieu avec qui une relation se développera peu à peu... relation qui, elle aussi, amènera son lot d'angoisses, de réflexions, mais aussi de moments de bonheur.
Bien qu'à certains moments, Marie-Louise aura des réflexions dans lesquelles elle se voile les yeux sur ce qu'elle ressent et bien qu'elle fasse preuve parfois de maladresse avec Mathieu, ce n'est jamais dans la caricature et c'est toujours parfaitement justifiable, car ses maladresses sont celles que la plupart des gens commettent, qu'ils aient ou non de l'expérience en relations amoureuses. La pression sociale exercée par les "normes du dating" jouent aussi un rôle dans cette maladresse.
En somme, les choix qui sont faits sont parfaitement réalistes et cohérents.
La présence de défauts chez les personnages me semble très importante dans toute oeuvre et ici, je pense que ce l'était doublement. Même Mathieu en a et la découverte de ses défauts se fait un peu de la même manière que l'on découvre soi-même les défauts de notre partenaire de vie. Au début, c'est la lune de miel, on voit notre partenaire comme étant parfait, sans défaut, etc. Et un jour, on voit le premier et on apprend à aimer ces défauts puisqu'ils composent la personne que nous aimons au même titre que ses qualités. Cela est fidèlement représenté par le fait que dans le livre, le premier défaut de Mathieu n'apparaît qu'assez tard dans l'histoire.
Mention honorable d'ailleurs au fait que l'apparition du premier défaut n'ait pas remis en doute l'amour de Marie-Louise, car cela envoie indirectement un message que ton partenaire n'a pas à être parfait pour être le bon. On sait que les hommes se mettent souvent sous leur meilleur jour dans les premières rencontres, mettent de l'avant leurs qualités pour plaire aux femmes en ayant peur de ne pas être "parfait et de perdre leur chance", mais la réalité est que nous sommes tous imparfaits et qu'il est naïf de croire que parce qu'une image de perfection nous est présentée, qu'elle n'enveloppe pas des défauts et que ces défauts ne méritent pas d'être aimés eux aussi.
Et AMEN au passage sur le consentement. On ne sait jamais quel public peut lire notre livre et s'il y a bien une chose que je n'ai jamais aimé dans un livre, c'est quand on édifie comme étant romantique ou sexy le non consentement, la masculinité toxique et la culture du viol. Tout cela est absent du livre et ça fait bien plaisir!
En somme, un livre réaliste qui suscite l'empathie (même envers un homme comme moi), bien écrit avec quelques petites astuces narratives qui arrivent à nous faire ressentir les mêmes émotions que Marie-Louise. Le choix d'avoir une narration à la première personne joue un rôle majeur sur ce point, mais ce n'est pas le seul et le reste sera à découvrir mais... portez une attention particulière aux heures à la minute près et à l'effet que ça vous fait. Je crois que cette partie est la preuve que l'autrice maîtrise la différence entre "raconter" et "rapporter" ou, si on était au cinéma, la fameuse phrase "Show, don't tell".