4.5 Critique des deux tomes (série complète)
Magnifique histoire très touchante. On raconte, de façon très habile, le déménagement d'une jeune fille de 11 ans dans un petit village côtier (probablement sur les îles d'Okinawa, puisqu'on lui offre une collation de sucre brun dans le tome 1). Comme elle vient de Tokyo, la grande ville, elle suscite la curiosité et reçoit plein de questions des gens de sa classe. Elle y répond de son mieux, et la mangaka est vraiment habile: on entend la voix de cet enfant parfois mal à l'aise, parfois triste, on y croit.
Comme en écho à cette histoire, il y a les soucis des adultes. La petite Tokiko vient de perdre le contact avec sa mère, qui s'est séparé de son père. Et elle vit elle aussi les conséquences de cette histoire d'amour qui se meurt. Ce qui ne l'empêche pas de nouer des amitiés, de trouver du réconfort devant la mer à discuter avec le garçon Narumi, qui lui aussi attend souvent devant les vagues.
Et elle cherche à comprendre si elle a imaginé qu'à 4 ans, elle a failli se noyer à cet endroit, et qu'elle fut sauvée par un triton (un homme-sirène)...
En deux tomes, on dénoue cette histoire et tous les fils du récit se conjuguent de façon magnifique. À la fin du tome 1, je trouvais l'histoire jolie, mais sans plus; à la fin du tome 2, j'étais émerveillée et très émue. La mangaka réussit de si belles façons à transmettre comment on gère les grands drames: qu'on soit un enfant, un adulte, et même tout un village. C'est très beau.
À noter: en japonais, le prénom du garçon Narumi s'écrit 鳴海, donc "le cri de la mer" et celui de la petite fille s'écrit 時子 Tokiko, soit "l'enfant du temps". C'est un détail, mais c'est si juste. Car le retour de Tokiko dans ce petit village permettra à cet enfant qui crie à la mer de résoudre le mystère...
De la même façon, l'éditeur Delcourt/Tonkam a aussi le sens du détail: très beau travail avec le glacé des écailles et des bulles sur les deux tomes, le pastel des couleurs, l'illustration sous la couverture, le titre poétique et pertinent, la traduction de Josua Lafitte. Merci!