Comment peut-on faire, en une heure, le bagage de toute une vie ? C'est la guerre ; des soldats ont l'ordre d'évacuer des civils qui doivent n'emporter qu'un seul sac. Il y a Manon et sa fille Jeanne, Paul, Marek, Shoresh, Mme Dépalle, une famille nombreuse, deux âmes... Dans l'urgence des choix, le passé et le présent se mêlent, les êtres se révèlent, se montrent tels qu'ils sont. À quoi tient-on le plus ? Qu'est-ce qu'on ne peut abandonner ? Que veut-on transmettre ? Quel espoir peut encore briller ? Autant de questions qui traversent ce texte saisissant par son intensité émotionnelle et sa force d'évocation. Un livre d'exode, d'aujourd'hui et de toujours.
Quelle lecture ! Comme quoi, quantité et qualité n'ont pas forcément de rapport. Parce qu'en moins de 200 pages, Avril Bénard réussi à transmettre toute l'émotion d'un exode, toute l'urgence d'une évacuation, tout le drame de quitter son passé. L'histoire se passe maintenant, mais dans un monde alternatif ou la guerre fait rage chez nous. C'est une uchronie pour nous, la réalité chez nos voisins et y penser en lisant ce livre, lui donne une toute autre dimension. On y suit donc plusieurs personnages, chacun a son histoire, passé et présent se mêlent et une seule question revient, lancinante, que prendre et que laisser derrière soi ? Photos, papiers officiels, souvenirs ? Quid de nos animaux ? Toute l'histoire se passe en 1h. La plume de l'autrice est vraiment particuliere, les phrases sont courtes, comme jetées à la va-vite, comme si l'intensité et la rapidité de l'instant se ressentait dans l'écriture. L'intensité de l'émotion est transmise à la perfection, on ne peut qu'être dans l'empathie avec les personnages. J'en ressors très touchée.
Le gros point noir de ce roman, qui m'a empêché d'entrer dans les récits, c'est le style. Mais j'ai aimé ces vies qui s'entrecroisent l'espace de quelques heures. J'ai eu de la peine pour Manon et sa fille Jeanne dont le mari est décédé quelques jours avant. Manon et son manteau bleu ; Jeanne et son fauteuil. Le mari Louis et sa casquette. J'ai aimé Marek qui ne partira pas, lui qui est déjà en exil. Sa porte bleue qui dénote dans l'immeuble. J'ai aimé la dame âgée et ses tulipes, le souvenir de son fiancé. Mais aussi les moineaux disparus, les chiens cachés, les soldats pressés.