Pour parler aujourd'hui non des puissants, comme certaine histoire, ou du pouvoir, comme certaine philosophie, mais des jeux sociaux, les champs, où se produisent les différents enjeux de pouvoir et les différents atouts, les capitaux, nécessaires pour y triompher, il faut mobiliser toutes les ressources de la statistique, de la théorie anthropologique et de l'histoire sociale. Comment s'est constituée la configuration singulière de pouvoirs, intellectuels, politiques, bureaucratiques, économiques, qui domine les sociétés contemporaines ? Comment ces pouvoirs, notamment ceux qui s'autorisent de l'autorité conférée par l'École, obtiennent-ils notre reconnaissance ? Qu'est-ce que la compétence dont se réclament les technocraties ? Le travail de consécration qu'accomplit l'institution scolaire, notamment à travers les grandes écoles, s'observe dans l'histoire, à des variantes près, toutes les fois qu'il s'agit de produire une noblesse ; et les groupes socialement reconnus, en particulier les grands corps, qui en sont le produit, fonctionnent selon une logique tout à fait semblable à celle des divisions d'Ancien Régime, nobles et roturiers, grande et petite noblesse. La noblesse d'État qui dispose d'une panoplie sans précédent de pouvoirs, économiques, bureaucratiques et même intellectuels, et de titres propres à justifier son privilège, titres d'école, titres de propriété et titres de noblesse, est l'héritière structurale - et parfois généalogique - de la noblesse de robe qui, pour se construire comme telle, contre d'autres espèces de pouvoirs, a dû construire l'État moderne, et tous les mythes républicains, méritocratie, école libératrice, service public. Grâce à une écriture qui alterne l'humour de la distance ethnographique avec la rigueur du raisonnement statistique ou de la construction théorique, Pierre Bourdieu propose une réalisation accomplie d'une anthropologie totale, capable de surmonter l'opposition entre l'évocation et l'explication, la description qui fait voir et le modèle qui fait comprendre. Déchirant l'écran des évidences qui protègent le monde familier contre la connaissance, il dévoile les secrets de la magie sociale qui se cache dans les opérations les plus ordinaires de l'existence quotidienne, comme l'octroi d'un titre scolaire ou d'un certificat médical, la nomination d'un fonctionnaire ou l'institution d'une grille des salaires. Cet ouvrage est paru en 1989.
Bourdieu pioneered investigative frameworks and terminologies such as cultural, social, and symbolic capital, and the concepts of habitus, field or location, and symbolic violence to reveal the dynamics of power relations in social life. His work emphasized the role of practice and embodiment or forms in social dynamics and worldview construction, often in opposition to universalized Western philosophical traditions. He built upon the theories of Ludwig Wittgenstein, Maurice Merleau-Ponty, Edmund Husserl, Georges Canguilhem, Karl Marx, Gaston Bachelard, Max Weber, Émile Durkheim, Erwin Panofsky, and Marcel Mauss. A notable influence on Bourdieu was Blaise Pascal, after whom Bourdieu titled his Pascalian Meditations.
Bourdieu rejected the idea of the intellectual "prophet", or the "total intellectual", as embodied by Sartre. His best known book is Distinction: A Social Critique of the Judgment of Taste, in which he argues that judgments of taste are related to social position. His argument is put forward by an original combination of social theory and data from surveys, photographs and interviews, in an attempt to reconcile difficulties such as how to understand the subject within objective structures. In the process, he tried to reconcile the influences of both external social structures and subjective experience on the individual (see structure and agency).
« On naît noble ; mais on le devient. Il faut être noble pour se comporter en noble; mais on cesserait d'être noble si l'on ne se comportait pas noblement. Autrement dit, la magie sociale a des effets bien réels. Le fait d'assigner quelqu'un à un groupe d'essence supérieure (les nobles par opposition aux roturiers, les hommes par opposition aux femmes, les hommes cultivés par opposition aux hommes incultes, etc.) suscite en lui une transformation subjective qui contribue à favoriser une transformation réelle propre à le rapprocher de la définition qui lui est impartie. Ainsi, les pratiques obligées que le sentiment de leur différence impose aux élèves des classes préparatoires et des grandes écoles tendent à renforcer objectivement leur différence. C'est sans doute à travers l'effort pour adopter, surtout en présence de leur pairs, les dehors de la noblesse et de la grandeur intellectuelles qu'ils acquièrent non seulement les manières et le style assurés qui sont parmi les signes les plus sûrs de la noblesse, mais la haute idée d'eux-mêmes qui les portera, tant dans leur vie que dans leur œuvre, vers les ambitions les plus hautes et vers les entreprises les plus prestigieuses »
En 1989, dix ans après « La Distinction », Pierre Bourdieu approfondi et parachève son étude des dynamiques scolaires déjà esquissée dans « Les Héritiers » puis « La reproduction ». Ici c’est l’étude des grandes écoles qui mènent aux grands corps de l’Etat et autres positions de pouvoir qui sont à l’honneur. Entre autre on retrouve L’X, ENS, HEC, L’IEP de Paris, Les mines…
Il d’abord question d’accès à ces écoles. Sans surprise et dans al continuité de ses travaux. Précédents, il n’y a pas de surprises : ce sont les « héritiers » culturels qui sont les plus susceptibles d’avoir accès à ces formations, conçues selon lui dans le but de reproduire les privilèges d’une bourgeoisie (une noblesse de robe, selon lui, pour faire l’analogie de l’Ancien Régime).
Ensuite, la notion de « rite d’institution » est introduite. Elle va de paire avec la nature distinctive de ces formations qui constituent ce que l’auteur appelle la « Grande porte » contrairement aux « petites portes » que seraient les facultés. Ainsi pour se distinguer de celles-ci c’est la voie du concours qui est privilégié. Certains de ces concours nécessitent un passage en prépa, ce qui illustre très bien ce « rite d’institution ». En effet, al rigueur demandée dans ces classes couplée à la pression crée une espèce de groupe qui se perpétue dans le temps, durant les années à l’école et même bien après dans le monde professionnel. C’est l’origine de ce que Bourdieu désigne comme étant « L’esprit de corps ».
Enfin, il est fait référence à une sorte d’enfermement symbolique. L’un des attributs de cette « noblesse académique » est la spécificité de son répertoire culturel perçu comme légitime (dominant c/ dominé en réalité). Ainsi cette culture d’élite s’inscrit dans un enfermement. L’étudiant, contraint de faire face au rite d’institution qui nécessite des connaissances précises n’a pas de temps à perdre avec un savoir qui ne serait pas « rentable ». Cette logique hyperconcurentielle et marchande du savoir (Dans la distinction Bourdieu identifie la famille et l’école comme des marchés) m’apparait tout à fait pertinente et résonne encore aujourd’hui avec acuité dans ce genre d’école.
Analyse moins originale, mais très juste et interessante est la classification entre ces écoles. En effet sous la IIIe République la référence en matière de réussite reste l’ENS qui fait des instituteurs les véritables « Hussard noirs de la République ». La IV et Ve Républiques opèrent le tour de force de remettre le pouvoir de l’Etat entre les mains de l’administration (toujours subordonné au politique) réaffirmant ainsi la logique de la constitution de l’an VIII (Arnaud Teyssier). Ainsi, aujourd’hui les écoles dominantes semblent davantage être Sciences po, HEC, Polytechnique mais surtout l’ENA, qui a complètement supplanté l’ENS dans l’esprit des ambitieux.
J’ai trouvé ce volume un peu plus exigeant que les précédents travaux de Bourdieu, le style y est par moment brouillon à la limite de l’inintelligible, le sociologue y est nettement moins pédagogue que dans la distinction. Le style restera moment magnifique et assez amusant. La critique majeure que j’ai a adressé à ce livre est qu’après 4 lectures de la bibliographie de Bourdieu j’a l’impression qu’il recycle les concepts de livre en livre en ne les affinant que peu au court du temps. A part les rites d’institution, je dois dire ne pas avoir eu grand choses à me mettre nouveau sous la dent. En somme, je pense que le livre reste à lire bien que certains matériaux empiriques paraissent périmés.
Et finalement, est ce que ces grandes écoles ne seraient pas simplement faite pour « apprendre aux poissons à nager ? ».
« En fait, la grande noblesse d'école est une noblesse d'État. Elle a partie liée avec l'Etat, dont elle sert les « intérêts supérieurs » - au nom de l'idée de dévouement au « service public » - dans la mesure où, ce faisant, elle sert ses intérêts propres. Il y a donc bien une relation entre le titre scolaire et la grande bureaucratie d'État. »
I’ve been supervising someone for a PhD. Her topic is the history of universities. When she started it, she was advised to use Bourdieu and given a list of books to read by him to get her into the headspace. I’m fond of Bourdieu, but I’m not sure I would have given her the books that were suggested. I would need to check, but I’m not sure this one was on the list. Which seems strange to me, as this, Reproduction and Homo Academicus (although, I haven’t read that one) would have been on the top of my list. She started some of the books, got confused, and ended up using other theories instead. This would have helped her understand how Bourdieu would have supported her thesis – but by then, she was put off him entirely, and not unreasonably.
This book is a bit like Distinction, in that it uses lots of data to make its point. And its point is that any society wants to make the reproduction of its elite appear to be as natural and merit based as possible – and this appearance hides the lack of merit that supports the anointment of the elite. Or consecration, as he says – the making of the elite into kinds of saints. For this consecration to work, it needs to be beyond reproach, as long as you are viewing it from within the ‘cultural arbitrary’ of the society itself. The idea of a cultural arbitrary is particularly interesting. It is the idea that certain things we do in society are presented as if they are just universally true, when they are rather just how we do things. They are also presented as being open and fair, whereas, they benefit some and reject others.
A case in point is who goes to which schools and universities and how they are streamed into these according to their background. There is endless talk in this of the various universities in France – and you’d really need a map to follow a lot of this, something I didn’t really do as I was reading it – and how they select students. Often this is not by marks alone, but following an interview. The point of the interview isn’t academic, as such – since their marks ought to be enough to show that – but rather if they have the habits and dispositions that would make them a good fit for the course. That is, you will be judged on things that are almost impossible to define – but that match the taste of the people assessing you.
But the point is to convince you, if you don’t get in, that it is your fault, rather than that you have been systematically discriminated against. The other point is for the elite to be able to pool their resources to ensure that they receive the best of what is on offer, while still pretending that their access to these resources is unbiased.
And when he talks of people being anointed by these institutions, he means this quite literally. While it remains true that there are hurdles that you need to jump to earn the degrees, all of the visual metaphors of these ceremonies resemble being inducted into a priesthood. What we are told you have to achieve to become one of the consecrated is always discussed in terms of technical skills that you have acquired in passing the degree. However, these are less clearly technical, or practical, than people assume – even for professions such as doctors of lawyers. And, although this might be less the case today, the most valuable degrees are the least practical or technical – philosophy, say – and so, it is harder to say what it is you have learned in such degrees. As he says somewhere, the least rewarded skill in these degrees is memorising facts. Rather, to succeed you need to mirror the habits and dispositions and distinctions of tone and style set by your professors. Again, the cultural arbitrary, rather than technical proficiency, per se.
If you haven’t read Bourdieu, I probably wouldn’t start here. I would probably start with Distinction. Also remember that he is particularly hard at the start of his books. Like people (including Marx himself) recommend when reading Capital, maybe skip the first couple of chapters of any of Bourdieu’s books and come back to them at the end. With Reproduction, probably skip the whole first part of the book. But the ideas here are a textbook example of the application of Bourdieu’s ideas. Even so, for a book that does much the same and has perhaps more direct relevance to things that directly impact us today, perhaps read his Social Structures of the Economy. He’s a challenging read, but he pays you back for the effort you expend.