Trois ans après l’assassinat de Samuel Paty, où en est l’école et sa grande ambition laïque ? Les professeurs peuvent-ils encore tout enseigner ? Les élèves osent-ils toujours prendre la parole ? Une enquête inédite, par l’auteur du fameux « rapport Obin ». Donner un cours sur la Seconde Guerre mondiale sans évoquer le sort des Juifs, ne plus sanctionner les propos antisémites ou homophobes, devoir fermer les yeux devant des tenues manifestant une appartenance religieuse : c’est désormais le quotidien, en France, de nombreux professeurs. Quatre enseignants sur cinq reconnaissent craindre les conflits avec des élèves influencés par une idéologie politico-religieuse ; un sur deux admet s’être déjà censuré ; la peur contamine même les deux tiers de ceux qui enseignent l’histoire et l’éducation morale et civique... Jean-Pierre Obin a recueilli les témoignages de tous ces professeurs qui baissent la tête par crainte des réactions d’élèves et de parents. Pendant que ces petits et grands renoncements se multiplient dans les classes, c’est l’école républicaine qui souffre et la laïcité qui se réduit comme peau de chagrin… Ce livre appelle les responsables politiques et institutionnels à regarder ces réalités en face et à faire preuve de courage pour sauver l’école de la République – une école qui ne se couche pas devant l’obscurantisme et le fanatisme. Pour l’auteur, l’urgence est de former, soutenir et protéger les enseignants, et favoriser la mixité scolaire, afin de sortir les élèves et les établissements d’un entre-soi social, ethnique et religieux mortifère.
J’ai détesté Les profs ont peur. J’ai trouvé ce livre anxiogène, peu nuancé et fondé sur des amalgames, notamment entre pratiques religieuses et radicalisation. Plutôt que d’aider à comprendre les difficultés de l’école, il m’a donné l’impression d’alimenter des peurs et des stigmatisations.
L’auteur associe fréquemment des pratiques religieuses ordinaires, comme le port du voile ou le fait de manger halal, à des phénomènes de radicalisation. Cette confusion me semble problématique, car elle contribue à instaurer un climat de suspicion autour de toute expression visible de l’islam. Or, des travaux en sciences sociales, notamment menés par le CNRS, montrent que la stigmatisation répétée d’un groupe peut pousser certains jeunes à se réfugier davantage dans une identité religieuse visible. Ce phénomène relève davantage d’une forme de résistance ou de réaffirmation de soi que d’une radicalisation.
Je considère également que la loi de 2004 peut être perçue comme raciste et islamophobe, dans la mesure où elle a des effets disproportionnés sur les musulmans, en particulier sur les femmes. Des organisations comme Amnesty International ainsi que le Défenseur des droits ont d’ailleurs souligné les risques de discrimination liés aux restrictions visant les signes religieux. Pour ma part, je ne comprends pas en quoi l’expression visible de convictions religieuses serait incompatible avec l’école. Ayant moi-même eu des professeurs voilés, cela n’a jamais nui à mon apprentissage ni à mon esprit critique.
En revanche, l’un des rares aspects que j’ai trouvés pertinents dans ce livre concerne la peur et l’autocensure ressenties par certains enseignants. Ce constat est inquiétant, mais il révèle surtout les limites d’un système scolaire qui ne protège pas suffisamment son personnel. Selon moi, le problème ne vient pas principalement des élèves ou de leurs pratiques religieuses, mais d’un cadre institutionnel mal adapté, qui laisse les enseignants seuls face à des situations complexes.
En conclusion, malgré l’importance des thèmes abordés, ce livre me semble simplifier excessivement des enjeux complexes et contribuer davantage à renforcer les tensions et les peurs qu’à favoriser une compréhension réelle et apaisée des difficultés de l’école