Emma aime les vieux avec tendresse, et les mots avec passion. Elle travaille comme animatrice en loisirs au Paradis sur terre. Et pour joindre les deux bouts, elle propose à des résidentes désireuses de laisser une trace de leur passage sur terre de rédiger leur biographie. Jusqu’à ce que la nouvelle directrice lui interdise de poursuivre sa démarche, l’accusant d’extorsion de fonds.
Un jour, sa dernière cliente, madame Cohen, est retrouvée morte dans sa chambre. Une mort suspecte, d’autant que la vieille dame avait souvent évoqué l’idée d’avoir recours à l’aide à mourir. Rapidement, Emma est soupçonnée par l’enquêteur, alors qu’elle jure n’avoir rien à se reprocher.
Dans une atmosphère de travail de plus en plus délétère, Emma essaie de rester sereine malgré la persévérance de l’enquêteur et l’autorité abusive de sa patronne. Pour autant, elle devra faire face à ses tourments et affronter certaines vérités qui remettent en question sa propre identité.
Je mens, songe et m'en tire, une enquête policière enlevante servie à la sauce Hauy, soit dans une langue savoureuse alliant humour, finesse et plaisir des mots.
Monique Hauy vit au Québec depuis 1975. France, Baie James, Tunisie sont des régions du monde qu’elle a habitées. En 2007, elle publie aux Éditions David un premier roman intitulé C’est fou ce que les gens peuvent perdre. Elle a écrit plusieurs nouvelles, un conte pour enfants et des pièces de théâtre.
N’ayant connu aucun de mes grands-parents, j’aime me plonger dans les ouvrages qui abordent la vie dans des centres d’accueil pour personnes âgées. J’aime découvrir leur monde, peuplé de souvenirs, de croyances, de malheurs, de joies, d’histoires d’amour romanesques…
Monique Hauy dépeint avec beaucoup de sensibilité et de tendresse, cet univers si feutré, si clôturé, de ces espaces dédiés à nos anciens. À travers le quotidien d’Emma, animatrice au centre « Le Paradis sur Terre », on s’attache à certaines personnalités, touchantes, attendrissantes, grinçantes parfois, mais qui enrichissent chacune de ses journées de travail. Ayant contracté des dettes assez conséquentes, Emma propose également aux résidents d’écrire leur biographie. Ainsi, elle tisse des liens forts, étroits et intimes avec ces personnes désireuses de laisser leur trace, leur empreinte et leur passage en ce monde.
Emma apprécie tous ces moments avec ses résidents. Jusqu’au jour où la directrice adorable au possible est remplacée par une créature certainement venue tout droit des Enfers… C’est un véritable choc de voir cette personne si peu encline à l’empathie, à l’écoute et à la patience prendre possession des lieux ! Elle est tout ce qu’il y a de plus exécrable et d’antipathique. Comment vouloir s’investir dans un centre dédié au soin à la personne lorsque l’on est dénué d’empathie et que l’on ne pense qu’à l’argent ?
Emma doit cesser instamment l’écriture de toute biographie, accusée d’extorsion par cette directrice diabolique. Outre le gros problème financier qui s’annonce, c’est difficile de se priver de ce lien si particulier qui se noue lors de ces moments de confiance et de confidences…
Mais le chaos ne s’arrête malheureusement pas là pour Emma… Madame Cohen, sa dernière cliente en date, a été retrouvée morte dans sa chambre. Dans un centre consacré aux personnes âgées ou en fin de vie, vous me direz, on pouvait s’y attendre… Or le problème ici, c’est qu’il s’avère que la pauvre Madame Cohen a été empoisonnée. Le choc est d’autant plus violent pour l’établissement que la police est forcée d’intervenir et de commencer les interrogatoires.
Comment un tel bouleversement dans le quotidien de cette paisible institution va rentrer dans l’ordre ? Comment Emma va-t-elle gérer tout cela ?
C’est avec un grand attachement que j’ai lu ce livre. La fin de vie, la mort, les souvenirs, ce que l’on laisse derrière nous, la famille, le soin aux personnes nécessiteuses… Tant de thèmes cruciaux, intimes et préoccupants sont abordés… L’intelligence émotionnelle de l’auteure est palpable et rassurante. Une chaleur se dégage des pages. On a l’impression de vivre au Paradis sur Terre avec ces gens. On a envie de discuter, d’apprendre à travers leurs souvenirs et les épreuves traversées.
Je mens, songe et m’en tire, est un très joli roman, empli de force, de douceur et de réalisme. On embarque tendrement dans ce voyage apaisant, on se projette, peu importe notre âge, et l’on espère rencontrer une héroïne telle que cette chère Emma…