Cicatrices raconte une histoire d'amour entre deux collégiens, Kyonosuke et Akira, dans une petite ville de la campagne japonaise. Kyonosuke est un jeune garçon dont une partie du visage a subi une greffe de peau, et se voit traversée d'une importante cicatrice. Akira est une jeune fille trans de la même école. Kyonosuke fait face aux brimades de ses camarades tandis qu'Akira subit les coups de son père qui ne reconnaît pas son identité sexuelle. Leur rencontre et le début d'une relation amoureuse vont les amener à tenter de fuir cet environnement toxique. Mais sont-ils capables de s'accepter et d'accepter l'autre autant qu'ils le pensent ?
L'auteur aborde des sujets forts (harcèlement, transidentité, solitude...) avec délicatesse et intelligence et sait porter son attention sur chaque personnage.
Une très belle découverte. Une histoire assez surprenante aussi, je m’attendais à une histoire plutôt douce… très vite ont comprend que les thématiques abordées sont plutôt sombre (mais ceci dit, très touchante). J’ai hâte de voir comment le second tome se déroulera. J’espère y voir une amélioration dans le rythme, j’ai trouvé que le premier tome allait assez vite dans ses actions !
Il m’arrive parfois de lire « des mangas » écrits par des auteurs non-japonais mais je crois que c’est la première fois que je rencontre un auteur chilien. Je remercie donc les éditions Vega Dupuis d’élargir ainsi mon champ d’étude et de me permettre de voir comment est digérée l’influence de mangakas cultes ailleurs qu’au Japon.
Cicatrices est en effet la première série publiée de Brandon Arias, jeune auteur chilien, fan d’Inio Asano, de de Shuzo Oshimi ou encore de Keigo Shinzo, des auteurs qui font justement ce que je vais appeler du « manga d’auteur » et qui ne sont pas dans l’industrie mainstream qu’on aime tant nous vendre. Je trouve donc intéressant de voir comment ils ont été assimilés et comment ils ont influencé l’oeuvre de ce jeune artiste.
Avec son héros, copie conforme en plus jeune de BlackJack déjà l’auteur s’insère dans un certain héritage. Il ajoute à cela une dimension sociale à son oeuvre, qu’on trouve chez les trois mangakas précités, en utilisant la caractéristique de son héros, sa cicatrice, pour engager un dialogue sur le harcèlement. Rien que de très classique, c’est un sujet vu et revu dans le manga contemporain. Mais il vient y greffer, en plus, une dimension critique plus importante en parlant de la violence vécue par les enfants car soit battus par des parents alcooliques, soit rejetés par des parents réfractaires à leur identité de genre, soit brimés par des parents trop protecteurs. La vie n’est pas rose pour les enfants de cette histoire.
L‘influence de ses modèles est donc palpable dans ce canevas. Asano aime parler d’une jeune mal dans sa peau, à la dérive et aime faire des critiques intimes de notre société. Oshimi est dans la même veine mais avec une force de frappe plus importante, il aime torturer ses personnages et ses lecteurs, pour faire passer un message encore plus malaisant et dérangeant. Quant à Shinzo, lui, c’est plus la douceur qui prime, notamment grâce à des rencontres uniques. On la découvrira ici dans la relation que le héros, Kyonosuke, va tisser à la fois avec Akira, celle qui le sauvera des brimades, et avec Kenta, celui qui le martyrise mais n’a pas la vie rose non plus. Rien n’est blanc ou noir chez Brandon Arias et en cela, il s’inspire très bien de ses modèles.
Cependant, son oeuvre n’est-elle justement pas trop inspirée par celles qu’il a déjà lues ? J’avoue ne pas avoir ressenti la moindre surprise ici, pire j’ai trouvé l’émotion assez survolée. Tout est trop simple, trop déjà vu. L’intention est bonne mais un peu trop « gentille ». Oui, c’est pas bien de se moquer des gens différents. Oui, c’est pas bien les parents maltraitant. Oui, c’est mieux de tendre la main, d’être ouvert et d’aider les gens dans le besoin même ceux avec qui on ne s’entendait pas. Je trouve que c’est mignon mais un peu lisse tout ça… La seule chose que je trouve un tout petit peu originale et intéressante, c’est la transidentité d’Akira qu’on découvre en cours de route qui ne change rien pour Kyonosuke mais permet de montrer combien les familles même et les anciens sont récalcitrants face à cela.
Le trait même est très inspiré. Il reprend l’épure de ses modèles, leur quasi absence d’arrière-plan significatif et montre ainsi combien c’est sa petite vision de fan lointain du Japon qu’il propose. J’avoue que j’aurais aimé quelque chose de plus personnel, dans le trait et dans l’histoire. Ici, j’ai l’impression d’être face à une fanfiction…
Oeuvre de jeunesse peut-être pas assez personnelle, Cicatrices est une ode à la dénonciation des maltraitances vécues par les enfants dans et en dehors du foyer familial. Titre social, il reste un peu trop lisse car passant après bien des oeuvres plus fortes et incarnées par le sujet. Ici, ça sent le fan du Japon qui reprend les sujets clés de ses mangakas préférés pour proposer son interprétation, forcément un peu lisse et superficielle du sujet. Pourquoi vouloir réécrire ce qu’on connaît déjà et ne pas proposer une oeuvre plus personnelle ? Je reste sur ma faim.
Extrait : Nouvelle série chez Vega dupuis, avec Cicatrices, un titre qui porte assez bien son nom. Son protagoniste, Kyonosuke a une cicatrice apparente sur le visage, qui lui vaut évidemment des remarques de la part des autres. Jusqu'alors scolarisé chez lui, il va devoir retourner à l'école et affronter des camarades assez peu compréhensif. L'auteur aborde au travers de cette série des sujets forts, comme le harcèlement, la transidentité et l'amour incompris.
Ainsi, Kyonosuke doit remettre les pieds à l'école, évidemment dès son arrivée il se fait remarqué et prendre en grippe à cause de son visage. Ne souhaitant pas blesser ses parents, il leur cache alors ses déboires (ce qui augmente l'impact d'une autre scène, qui arrive bien plus tard, et où il se confie à ses parents qui se mettent alors à l'engueuler, en mode "pense un peu à nous"). Jusqu'à présent, son monde était surtout centré autour de ses parents, les seules personnes qui l'acceptent tel qu'il est. Puis il finit par faire la rencontre d'Akira, et son monde commence alors à s'agrandir, il découvre aussi l'amour. Celui-ci est partagé, mais malheureusement, Akira aussi a un secret et des parents pitoyables. Tous deux à bout à leurs égards, et ne pouvant plus se passer l'un de l'autre, ils décident alors de fuguer... Mais il est difficile de se cacher, lorsque l'on a le visage aussi marqué par la vie.
Comme indiqué, le titre parle de plusieurs thèmes assez difficiles, et d'une certaine manière cela pose un peu problème. Pas pour leur présence, mais plutôt pour le rythme avec lequel ils sont ajoutés à l'intrigue. Tout fini par s'enchaîner assez rapidement, si bien que j'ai l'impression que leur impact est diminué. Par exemple, pour le camarade de classe de Kyonosuke et Akira, et qui a tendance à les maltraiter, voire harceler pour Kyonosuke. Son petit moment de développement arrive de manière assez proche avec d'autres événements tout aussi marquants, si bien que je trouve son impact, bien moins impressionnant que s'il avait eu lieu à un autre moment. D'ailleurs, l'évolution de ce même personnage fait quand même assez plaisir à voir. Sans oublier que leur relation évolue tellement vite, que j'ai l'impression qu'ils ont fugués deux jours à peine après leur rencontre. Prendre le temps de poser et faire évoluer leur relation n'aurait pourtant fait qu'augmenter l'impact de leur décision. J'ai aussi l'impression qu'il manque certaines scènes pour développer les personnages, et que d'autres arrivent bien trop tôt.
Résumé : Le retour au collège de Kyonosuke après une longue absence (due à un accident qui lui a imposé une greffe de peau sur le visage) est une catastrophe ; le jeune garçon subit aussitôt les brimades de ses camarades, qui le rackettent et le rouent de coup en l’insultant. Heureusement, il rencontre une jeune fille, Akira, pour laquelle il développe rapidement des sentiments… et qui fait elle aussi face à des maltraitances, de la part de son père qui n’accepte pas sa transidentité. Face à cette violence constante, une seule solution s’impose ; fuir tous les deux…
Avis : Premier tome d’un mangaka chilien qui marque aussitôt par les esprits tant par les sujets difficiles qu’il aborde que par la sensibilité dont il fait preuve ; entre harcèlement physique et moral, transidentité, violences parentales, solitude, les personnages sont dépeints avec nuances, et on s’attache tout de suite à leur fragilité (même le harceleur provoque de la compassion, puisqu’il est lui aussi victime de son père). On a vraiment envie de savoir si ces jeunes vont s’en sortir, surtout qu’ils semblent trouver un peu de réconfort et de bienveillance sur la fin du tome. Plutôt pour les adultes.
"Cicatrices" est le premier tome d'une série qui s'annonce touchante et difficile. Arias Brandon aborde les thématiques du harcèlement scolaire, de la transidentité et de l'alcoolisme. Le mangaka met les pieds dans le plat mais aussi va construire une relation assez douce et attendrissante entre les protagonistes. Ils deviennent la bouée l'un de l'autre afin de mieux survivre malgré le quotidien, la souffrance et la violence qui les entourent. Une violence et une haine banalisées encore trop présentes dans notre société.
J'ai bien aimé le style de dessin et le scénario. Ça allait peut être un peu vite dans l'histoire mais au moins on balaye dès le premier tome plusieurs sujets très délicats à travers le portrait des personnages principaux. Attention tout de même, quelques trigger warnings sont de rigueur, comme la violence physique et psychologique ou encore la transphobie. En effet, les personnages sont de jeunes gens dont les parents ne sont pas compréhensifs voire d'une violence inouïe, selon les familles, entraînant un cercle vicieux de violences et de harcèlement.